La fo­lie com­mu­ni­ca­tive de Pierre-Am­broise Bosse

Le mé­daillé d’or du 800 m n’est tou­jours pas re­tom­bé de son nuage. Le cou­reur, sym­pa et plein d’hu­mour, pour­rait de­ve­nir la co­que­luche du pu­blic fran­çais.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - DENOTREENVOYÉESPÉCIALE SAN­DRINE LE­FÈVRE À LONDRES (ROYAUME-UNI)

UNEINTERVIEW dePierre-Am­broise Bosse com­mence tou­jours avec hu­mour. « Je vous ai tous men­ti après ma course, lâche-t-il d’em­blée. J’ai bu bien moins que pré­vu, seule­ment deux bières. » De­puis mar­di, et son double tour de piste vic­to­rieux, un vent nou­veau souffle sur l’ath­lé­tisme fran­çais. Non seule­ment PAB ose, mais il gagne et bous­cule les codes. Son hu­mour dé­ca­lé crée le buzz. « C’est une per­son­na­li­té qu’on n’avait en­core ja­mais eue dans l’ath­lé­tisme, note Virgile Caillet, spé­cia­liste en mar­ke­ting spor­tif. On a connu des mecs un peu hau­tains, des pro­vo­ca­teurs, des jeu­nes­pas­for­cé­ment­dans­la­re­cherche de proxi­mi­té. Lui ap­porte vrai­ment quelque chose de nou­veau, une fraî­cheur. Cet hu­mour à la fois dé­ca­lé et in­tel­li­gent en fait un client ex­cep­tion­nel pour les mé­dias et c’est ap­pré­cié du pu­blic, car il y a une connexion qui se fait. Il y a peu d’ath­lètes pour qui on est en em­pa­thie, pour qui on se dit : tiens, ça pour­rait être mon pote ! » Bosse jure que rien n’est cal­cu­lé. « C’est plus de l’im­pro­vi­sa­tion qu’autre chose, ce se­rait dom­mage de pré­pa­rer une interview, et puis j’ai en­vie de me mar­rer, comme mar­di. »

Au mi­cro, il a évo­qué une drôle his­toire de bou­teille d’eau ren­ver­sée sur son lit et de sè­che­che­veux. « Mais je vous as­sure que la der­nière fois que j’ai pen­sé à ma fi­nale, c’était pen­dant que je sé­chais mes draps ! » For­cé­ment, on rit. « Tout ça, c’est du jeu, re­prend-il. Et puis, il ne faut pas ou­blier que, dans ces mo­ments-là, je viens de fi­nir un 800m.Je­me­sens­bi­zarre,comme al­coo­li­sé. Sauf que ce n’est pas de l’al­cool, c’est de l’en­dor­phine. On joue, ça fait le buzz de­puis deux se­maines, et c’est ter­mi­né. » Pas sûr, car le nou­veau cham­pion est en passe de deve- nir un vrai phé­no­mène. « L’ath­lé­tisme fran­çais avait eu un peu de fraî­cheur avec Marc Ra­quil qui était comme lui, un peu éba­hi de­vant ses per­for­mances, ajoute Virgile Caillet. Les mé­dias l’ado­raient, mais il ne dé­pas­sait pas le cadre de l’ath­lé. Dia­ga­na était un ex­cellent client, dé­pas­sait son sport, mais il n’avait pas cette ca­pa­ci­té à être com­plice avec la presse et donc avec le pu­blic. Bosse a tout pour dé­pas­ser les fron­tières. De plus, il est dans la réa­li­té de son époque, à l’aise avec les ré­seaux so­ciaux, il fait le buzz de ma­nière spon­ta­née, ins­tinc­tive et, der­rière, il ar­rive à le ra­tio­na­li­ser, à l’ex­ploi­ter, à en faire un bu­si­ness. »

Le cou­reur a ain­si créé une ap­pli­ca­tion de ren­contres. Son chat, Rab’s, dont il avait par­lé après la fi­nale des Jeux, a des tee-shirts à son ef­fi­gie. Et, pour­tant, Bosse s’in­ter­roge. « Ça me fait bi­zarre de sus­ci­ter au­tant d’in­té­rêt, j’ai l’im­pres­sion d’être dans la peau de quel­qu’un d’autre. J’ai peur de de­ve­nir ce­lui qui est re­con­nu dans la rue, j’aime bien être dis­cret. » On pointe que l’image qu’il ren­voie est à l’op­po­sé de ce qu’il dit être. « C’est très contra­dic­toire, je sais. Je ré­agis avec des émo­tions, c’est comme ça que je vois ma vie. Il y a une émo­tion qui passe et j’ai en­vie de faire ça, comme un gosse. Et puis, à un mo­ment, ça suf­fit, je me casse, j’ai en­vie d’être tout seul. J’en­chaîne des cycles, comme ça. »

Pas sûr que Bosse re­trouve de la tran­quilli­té dans les pro­chains jours. « Moi, je suis an­non­ceur, for­cé­ment, un pro­fil comme ça m’in­té­resse, ter­mine Virgile Caillet. Après, il faut que ça dure, il faut qu’il y ait de la conti­nui­té dans les ré­sul­tats et il ne faut pas qu’il se crame. S’il en fait trop, der­rière, ça au­ra moins de va­leur, moins d’in­té­rêt. »

« IL A TOUT POUR DÉ­PAS­SER LES FRON­TIÈRES. IL EST DANS LA RÉA­LI­TÉ DE SON ÉPOQUE, À L’AISE AVEC LES RÉ­SEAUX SO­CIAUX VIRGILE CAILLET, SPÉ­CIA­LISTE EN MAR­KE­TING SPOR­TIF

Lon­don Sta­dium (Royaume-Uni), mar­di. Plus que son titre sur 800 m, c’est la per­son­na­li­té de Pierre-Am­broise Bosse qui a cre­vé l’écran.

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