En­quête sur la nou­velle vie de Mu­rielle Bolle

Ce­lui qui l’hé­berge dans la Nièvre, loin des Vosges, nous ra­conte le quo­ti­dien du prin­ci­pal té­moin de l’af­faire Gré­go­ry, li­bé­ré sous contrôle ju­di­ciaire strict la se­maine der­nière.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR ÉRIC PELLETIER ET NI­CO­LAS JACQUARD, AVEC GEOF­FROY TOMASOVITCH

C’EST UNE JO­LIE mai­son­nette en pierre de taille, dont les vo­lets blancs ouvrent sur la campagne. Ses trois ni­veaux sont di­vi­sés en au­tant d’ap­par­te­ments. Au rez-de-chaus­sée : ce­lui de Mu­rielle Bolle.

En met­tant à sa dis­po­si­tion bé­né­vo­le­ment un lo­ge­ment loin des Vosges, cet homme est ce­lui qui a per­mis au té­moin clé de l’af­faire Gré­go­ry de re­cou­vrer la li­ber­té. Fi­gure lo­cale, il l’hé­berge de­puis le 4 août, date à la­quelle Mu­rielle Bolle quit­tait la pri­son de Di­jon. Il a ac­cep­té de nous ex­pli­quer ses mo­ti­va­tions et de nous ra­con­ter la nou­velle vie de Mu­rielle Bolle. Quelque part dans la Nièvre.

SEULE ET À L’ABRI DE LA PRESSE DE­PUIS CINQ JOURS

« Elle est ar­ri­vée ven­dre­di, dans une BMW conduite par son fils, se re­mé­more le sep­tua­gé­naire. Pour des rai­sons de dis­cré­tion, je leur ai per­mis de la ga­rer dans un de mes ga­rages, dont l’ou­ver­ture est ac­tion­née par une té­lé­com­mande. Je lui ai ap­por­té ce qu’il fal­lait pour dî­ner. Elle était fa­ti­guée. Je ne lui ai po­sé au­cune ques­tion. » De­puis, dit-il, il se fait un de­voir de lui chan­ger les idées, en lui ache­tant no­tam­ment « des écre­visses, son plat fa­vo­ri, pré­pa­rées à la sauce amé­ri­caine, de chez mon ami restaurateur à Anost

(Saône-et-Loire). Je suis aus­si al­lé lui cher­cher des brioches et un pa­ris-brest à la bou­lan­ge­rie ». De­puis cinq jours, Mu­rielle Bolle vit re­cluse, à l’abri de la presse, « seule dans un ap­par­te­ment de 55 m2 en­vi­ron, avec deux chambres, sé­jour, salle de bains et par­quet, sans vis-àvis ». Au mur : des pho­tos en­ca­drées de Jean Ga­bin, Bel­mon­do et Bour­vil. « Je crois qu’elle s’y trouve bien, même si la si­tua­tion reste dif­fi­cile à vivre. » De l’avis de son lo­geur, Mu­rielle Bolle « sort très peu, re­garde beau­coup la té­lé­vi­sion ».

L’un de ses seuls sou­haits, ra­pi­de­ment exau­cé, fut de chan­ger de vi­sage. Ses boucles rousses ont été cou­pées. Comme pour lais­ser der­rière elle cette épreuve de la pri­son. Sur l’af­faire elle-même, et ses mul­tiples re­bon­dis­se­ments, « croyez bien que je ne lui de­mande rien, pré­vient ce­lui qui l’hé­berge. D’une ma­nière gé­né­rale, elle ne se montre pas très ex­pan­sive. Bien en­ten­du, comme tout le monde, j’ai vé­cu avec cette af­faire. Trente-deux ans que ce­la dure ! S’il n’y avait pas eu au­tant de ten­sion entre la gen­dar­me­rie et la PJ, on n’en se­rait cer­tai­ne­ment pas là au­jourd’hui », dé­plore-t-il. Verve haute et re­gard droit, ce­lui qui se pré­sente comme un bon sa­ma­ri­tain a vé­cu mille vies.

ELLE DOIT POINTER DEUX FOIS PAR SE­MAINE À LA BRI­GADE DE GEN­DAR­ME­RIE

Mar­chand de biens, à la tête d’un im­por­tant pa­tri­moine im­mo­bi­lier, cet homme is­su d’une fra­trie de six en­fants, dé­co­ré très jeune de l’ordre na­tio­nal du Mé­rite, est par­ti de rien. Au­jour- d’hui, il vient en aide, dis­crè­te­ment, à plu­sieurs per­sonnes dans le be­soin, qu’il es­time mé­ri­tantes. « Dans mon exis­tence, j’ai été ou­vrier et entrepreneur. Puis j’ai été maire. Si bien qu’à 75 ans je pré­tends connaître la vie, les gens et l’ad­mi­nis­tra­tion. » Pour lui, « Mu­rielle est vic­time d’une in­jus­tice. Alors, quand j’ai ap­pris que même l’Eglise n’était pas en me­sure de l’ai­der, moi qui ne suis pas l’ab­bé Pierre, je me suis po­sé des ques­tions. Fi­na­le­ment, ce­la m’a sem­blé na­tu­rel de lui pro­po­ser cette so­lu­tion d’at­tente. C’est un acte d’hu­ma­ni­té. J’en ai par­lé à mon avo­cat, il m’a en­cou­ra­gé». Craint-il pour sa ré­pu­ta­tion en hé­ber­geant un sus­pect dans une af­faire cri­mi­nelle d’une telle en­ver­gure ? « Je n’ai pas honte, as­sène-t-il. Au fond, je me fous de ce que les gens pensent de moi. Plus l’en­quête se­ra ra­pide, plus vite Mu­rielle Bolle quit­te­ra la com­mune. Soit elle re­tour­ne­ra en pri­son, ce que je ne pense pas, soit elle re­trou­ve­ra son chez-elle, ce que je lui sou­haite. »

En at­ten­dant, puis­qu’elle reste mise en exa­men pour en­lè­ve­ment sui­vi de mort, elle doit pointer deux fois par se­maine à la bri­gade de gen­dar­me­rie lo­cale. In­co­gni­to.

J’AI ÉTÉ OU­VRIER ET ENTREPRENEUR. PUIS J’AI ÉTÉ MAIRE. SI BIEN QU’À 75 ANS JE PRÉ­TENDS CONNAÎTRE LA VIE, LES GENS

L’AD­MI­NIS­TRA­TION.” ET L’HÉBERGEUR DE MU­RIELLE BOLLE

Gran­ges­sur-Vo­logne (Vosges), le 21 juin. Mu­rielle Bolle est dans le jar­din de sa mai­son, avant son ar­res­ta­tion.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.