« C’est to­ta­le­ment dé­pri­mant »

Un ca­pi­taine à la re­traite, qui a quit­té l’ar­mée à cause de Sen­ti­nelle

Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR - PAR AVA DJAMSHIDI

IL A JE­TÉ L’ÉPONGE, après trente ans de car­rière dans l’ar­mée de terre. « Sen­ti­nelle, ça a été la goutte d’eau », souffle ce ca­pi­taine à la re­traite. « Quand on pa­trouille, on est sou­vent in­sul­tés et agres­sés. C’est ré­cur­rent, ra­conte-t-il. Il n’y a plus d’adé­qua­tion entre le dis­cours de l’Etat et les moyens qui sont en­ga­gés pour nous ai­der à ac­com­plir nos mis­sions. Em­ma­nuel Ma­cron s’ha­bille en mi­li­taire et en même temps il ra­bote notre bud­get. Pour­tant, on ne peut pas dire qu’on ait beau­coup de ma­té­riel. » Lui était trop « usé », comme il dit. « Phy­si­que­ment, mo­ra­le­ment. On en­chaî­nait les mis­sions Sen­ti­nelle puis à l’étran­ger­san­sa­voir­le­temps­de­prendre nos per­mis­sions. Et quand on est pris pour cible, les po­li­tiques viennent nous voir à l’hô­pi­tal, ils font des dé­pla­ce­ments et, qua­rante-huit heures après, on n’en parle plus. C’est to­ta­le­ment dé­pri­mant. Et si on n’a plus confiance, on ne peut pas ac­cep­ter de faire le sa­cri­fice ul­time pour eux. »

Ce­pè­re­de­fa­mil­lea­don­cre­non­céà por­ter son uni­forme, las­sé de se le­ver, « la boule au ventre », alors qu’il était chef de dé­ta­che­ment sur l’opé­ra­tion Sen­ti­nelle. « En plus, on n’a pas de droit à la pa­role. On est obli­gé de pas­ser par nos épouses pour dire ce qu’on a sur le coeur », sou­pire-t-il.

CIBLES EN UNI­FORME

Læ­ti­tia a en­dos­sé ce rôle joué par les conjoints des mi­li­taires avec l’éner­gie du déses­poir. Pré­si­dente du mou­ve­ment Femmes de mi­li­taires en co­lère, elle est scan­da­li­sée par leurs condi­tions de tra­vail. Sur les opé­ra­tions ex­té­rieures en gé­né­ral et Sen­ti­nelle en par­ti­cu­lier. « Cette force, c’est la blague du siècle. D’abord, les sol­dats n’ont pas de moyens. On a eu le cas de mi­li­taires lo­gés dans une mai­son dé- saf­fec­tée dans le Sud. Ils ont dû s’ache­ter une ma­chine à la­ver sur leurs propres de­niers ! » s’in­surge-telle. En­suite, cette épouse d’un of­fi­cier en exer­cice doute de l’uti­li­té de la mis­sion. « Nos ma­ris font de la fi­gu­ra­tion, pour ras­su­rer les gens. Ce sont avant tout des cibles en uni­forme. Se sen­tir aus­si­mal­dans­son­pro­pre­pays­quand on est sol­dat, c’est in­con­ce­vable. » Et d’at­ti­rer l’at­ten­tion des au­to­ri­tés : « On ne­peut­pas­con­ti­nuer. L’ar­mée,c’est­la co­lonne ver­té­brale de l’Etat. On est en train de la bri­ser. »

Le­val­lois-Per­ret, hier ma­tin.

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