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Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR PAS­CALE ÉGRÉ

« L’OPÉ­RA­TION SEN­TI­NELLE n’a eu au­cun ef­fet po­si­tif avé­ré sur la sé­cu­ri­té des Fran­çais, hor­mis l’ef­fet psy­cho­lo­gique de la vue de sol­dats. Elle a seule­ment four­ni des cibles aux illu­mi­nés de Daech. A l’ex­cep­tion du Ba­ta­clan, chaque fois que cette force a dû in­ter­ve­nir, au Louvre, à Or­ly ou à Le­val­lois, elle n’a fait que ré­pondre aux agres­sions qui la vi­saient. Le bi­lan né­ga­tif de ce dé­ploie­ment, in­édit par sa du­rée, est en re­vanche très im­por­tant. Sen­ti­nelle re­pré­sente un tiers des dé­ploie­ments de l’ar­mée. Le taux de ro­ta­tion des uni­tés a été ac­cé­lé­ré et nos troupes, en­ga­gées sur des théâtres ex­té­rieurs, n’ont plus le temps de conduire leurs en­traî­ne­ments. Il a fal­lu aus­si, pour di­mi­nuer la pres­sion, re­ti­rer des ef­fec­tifs d’autres opé­ra­tions. C’est une des rai­sons qui ont conduit au désen­ga­ge­ment de San­ga­ris en Cen­tra­frique. Sen­ti­nelle a donc un im­pact di­rect sur l’ef­fi­ca­ci­té de nos ar­mées. Autre consé­quence : le mo­ral de l’ar­rière — ce­lui des fa­milles — est en train de s’ef­fon­drer car l’ab­sence pro­lon­gée de la gar­ni­son d’un ma­ri ou d’un père ne cor­res­pond pas aux mo­tifs de leur en­ga­ge­ment.Pour la même rai­son, nombre de sol­dats ne ter­minent pas leurs contrats ou d’autres re­noncent à s’en­ga­ger - dé­fi­ler de­vant la tour Eif­fel ne les in­té­resse pas. Le rôle des sol­dats, en­traî­nés au com­bat, est d’al­ler ta­rir les sources de la vio­lence là où elles sont, au Moyen-Orient ou au Sa­hel. Tous sont op­po­sés à cette opé­ra­tion, contraire à leur vo­ca­tion et qui re­pré­sente une ga­be­gie en termes de ca­pa­ci­té opé­ra­tion­nelle et de coût. »

Vincent De­sportes AN­CIEN DI­REC­TEUR DE L’ECOLE DE GUERRE, LE GÉ­NÉ­RAL EST PRO­FES­SEUR AS­SO­CIÉ À SCIENCES-PO.

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