Le sé­na­teur en­ten­du par l’Of­fice an­ti­cor­rup­tion

Vi­sé par une en­quête pré­li­mi­naire concer­nant l’em­ploi de ses filles, le sé­na­teur du Rhône, qui a été au­di­tion­né mer­cre­di par les po­li­ciers, au­rait aus­si fait tra­vailler son épouse.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR ÉRIC PELLETIER ET GEOFFROY TOM AS O VIT CH

MI­CHEL MER­CIER était-il à la tête d’une vé­ri­table PME fa­mi­liale ? Entre 2003 et 2014, le sé­na­teur (Mo­Dem) du Rhône a four­ni un re­ve­nu à ses deux filles en leur ac­cor­dant des em­plois d’at­ta­chées par­le­men­taires. La jus­tice, qui s’in­ter­roge sur la réalité des pres­ta­tions four­nies, en­quête pour sa­voir si cette si­tua­tion re­lève du dé­tour­ne­ment de fonds pu­blics.

C’est dans ce cadre que l’an­cien garde des Sceaux et ses filles ont été en­ten­dus mer­cre­di par l’Of­fice cen­tral de lutte contre la cor­rup­tion et les in­frac­tions fi­nan­cières et fis­cales (OCLCIFF), à Nan­terre (Hautsde-Seine), comme nous le ré­vé­lions hier sur notre site In­ter­net. Il s’agis­sait d’une au­di­tion libre, c’est-à-dire hors de la contrainte d’une garde à vue.

SON ÉPOUSE AU­RAIT ÉTÉ SA COLLABORATRICE DE 1995 À 2009

Se­lon « le Ca­nard en­chaî­né », Mi­chel Mer­cier a aus­si em­bau­ché son fils au con­seil dé­par­te­men­tal du Rhône qu’il pré­si­dait en 2007. Mais les in­ves­ti­ga­tions se sont ré­cem­ment élar­gies à d’autres membres du cercle fa­mi­lial. Se­lon nos in­for­ma­tions, il s’agit de vérifier si, outre deux de ses en­fants, le sé­na­teur du Rhône a re­cru­té son épouse Joëlle comme collaboratrice, sur une pé­riode en­core plus longue, al­lant de 1995 à 2009, et, si oui, dans quelles conditions. Toutes pro­por­tions po­li­tiques gar­dées, le dos­sier Mer­cier res­semble beau­coup à l’af­faire Fillon, le fa­meux Pe­ne­lo­pe­gate, qui fit bas­cu­ler la cam­pagne pré­si­den­tielle. Dans un cas comme dans l’autre, en­quê­teurs et ma­gis­trats s’ef­forcent de vérifier l’ef­fec­ti­vi­té du tra­vail de ter­rain cen­sé avoir été dé­vo­lu aux épouses.

L’af­faire Mer­cier a com­men­cé le 2 août. Ce jour-là, « le Ca­nard en­chaî­né » ré­vèle que l’élu a em­ployé l’une de ses filles, Vé­ro­nique, dans des mi­nis­tères et au Sé­nat de 2003 à 2012, ain­si que son autre fille, Del­phine, pour un temps par­tiel au Sé­nat de sep­tembre 2012 à avril 2014 pour un sa­laire men­suel brut de 2 000 €. Le jour même, lors d’une au­di­tion de­vant ses pairs de la com­mis­sion des Lois au Sé­nat, l’in­té­res­sé ri­poste, pro­tes­tant alors de sa bonne foi. Il in­siste sur la lé­ga­li­té d’une telle pra­tique, ef­fec­ti­ve­ment as­sez ré­pan­due chez les par­le­men­taires avant que la loi sur la confiance dans la vie po­li­tique (en­core ap­pe­lée loi sur la mo­ra­li­sa­tion de la vie pu­blique) soit vo­tée mer­cre­di der­nier, jus­te­ment le jour où Mi­chel Mer­cier était dis­crè­te­ment en­ten­du par l’OCLCIFF.

Lors de cet in­ter­ro­ga­toire, ce­lui-ci au­rait in­sis­té sur l’ef­fec­ti­vi­té du tra­vail de ses proches, son épouse étant char­gée se­lon lui de faire le lien avec sa terre d’élec­tion dans le Rhône. Il n’a pas don­né suite à nos mes­sages hier. Rat­tra­pé par la po­lé­mique sur l’em­ploi de ses filles, ce proche de l’éphé­mère mi­nistre de la Jus­tice Fran­çois Bay­rou a dû re­non­cer à sa no­mi­na­tion au Con­seil consti­tu­tion­nel. Celle-ci avait pour­tant été pu­bliée au « Jour­nal of­fi­ciel ». « Je consi­dère au­jourd’hui que je ne pour­rais pas sié­ger avec la sé­ré­ni­té né­ces­saire », a in­di­qué Mer­cier dans un com­mu­ni­qué. Re­je­tant toute « in­ten­tion frau­du­leuse », il a choi­si de conser­ver son poste de sé­na­teur.

Lors de son au­di­tion mer­cre­di der­nier par l’Of­fice cen­tral de lutte contre la cor­rup­tion et les in­frac­tions fi­nan­cières et fis­cales (OCLCIFF), Mi­chel Mer­cier a as­su­ré que le tra­vail de ses proches à son ser­vice était ef­fec­tif.

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