Le clip tour­né en pri­son fait le buzz

Deux enquêtes ont été ou­vertes par la jus­tice afin de dé­ter­mi­ner les conditions de tour­nage d’un clip de rap en pri­son qui tourne sur les ré­seaux so­ciaux.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR NI­CO­LAS JACQUARD

DÉ­JÀ TOUT PE­TIT, JE BI­CRA­VAIS (DEA­LAIS)

LE­GO” MES LES PA­ROLES D’« AFRO­RATE », CHAN­SON DE BIBICRAVEUR

IL S’AP­PELLE BIBICRAVEUR. Un rap­peur gre­no­blois de se­conde ca­té­go­rie, qui pour­rait tou­te­fois si­gner le tube de la fin d’été. Au moins en pri­son.

C’est en ef­fet à Ai­ton, centre pé­ni­ten­tiaire si­tué non loin de Cham­bé­ry (Sa­voie), que Bibicraveur est in­car­cé­ré. C’est là aus­si qu’il pour­suit sa car­rière mu­si­cale de­puis sa cel­lule, et qu’il vient de tour­ner le clip de son der­nier mor­ceau, « Afro­rate ». Sur In­ter­net, la vi­déo flirte avec les 300 000 vues. Sur un rythme cha­lou­pé, on y voit une quin­zaine de dé­te­nus os­cil­ler en ca­dence, cer­tains torse nu, d’autres vi­sage dis­si­mu­lé, tous hi­lares. En bande-son, Bibicraveur enchaîne les rimes, par­fois ap­proxi­ma­tives. « Dé­jà tout pe­tit, je bi­cra­vais (NDLR :

dea­lais) mes Le­go », scande le Gre­no­blois, qui avance avoir été condam­né à une peine de plu­sieurs an­nées.

La pri­son, « on va tous en par­tir […],y a que les murs et les ma­tons qui res­tent. » En at­ten­dant, le rap­peur et ses co­dé­te­nus semblent à l’aise dans leur uni­vers. Les sé­quences s’en­chaînent : pri­son­niers char­pen­tés mul­ti­pliant les pompes ou trac­tions, quand d’autres moins spor­tifs s’en­traînent à la PlayS­ta­tion ou roulent ce qui res­semble à s’y mé­prendre à des joints de can­na­bis.

« T’as l’im­pres­sion qu’ils sont à la fête des voi­sins, sans pres­sion », com­mente un in­ter­naute sur le site Ac­tu pé­ni­ten­tiaire. C’est cette page, la­quelle agrège comme son nom l’in­dique l’ac­tua­li­té du mi­lieu car­cé­ral, qui a re­pé­ré la pre­mière la vi­déo mise en ligne ces der­niers jours. « On me l’a en­voyée, et j’ai vite iden­ti­fié l’éta­blis­se­ment », ra­conte Oli­vier*, son ad­mi­nis­tra­teur.

« Mal­heu­reu­se­ment, je ne suis pas sur­pris, sou­pire un sur­veillant que nous avons pu joindre par ailleurs. On sait qu’il y a beau­coup de por­tables en pri­son. Mais ça n’en reste pas moins cho­quant et dé­plo­rable. Ça illustre le manque de moyens pour em­pê­cher cer­taines mar­chan­dises de ren­trer dans les éta­blis­se­ments. »

ILS RISQUENT LE QUAR­TIER DISCIPLINAIRE

Dès le clip connue, le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique d’Al­bert­ville a di­li­gen­té une en­quête, confiée à la gen­dar­me­rie. Dans le même temps, des in­ves­ti­ga­tions in­ternes se­ront conduites par l’ad­mi­nis­tra­tion pé­ni­ten­tiaire. « Elles vi­se­ront à iden­ti­fier les dé­te­nus pré­sents à l’image et leur res­pon­sa­bi­li­té, in­di­quait hier soir un porte-pa­role. Ceux qui se­ront confon­dus se­ront tra­duits en com­mis­sion de dis­ci­pline. » Ils ris­que­ront alors jus­qu’à qua­torze jours de pla­ce­ment en quar­tier disciplinaire. Quant aux éven­tuels pos­ses­seurs de té­lé­phone qui se fe­raient prendre, ils en­courent cette fois jus­qu’à cinq ans de dé­ten­tion sup­plé­men­taire.

« Al­lez, tape des mains, la sec­tion se­ra peut-être fouillée de­main », fan­fa­ronne en musique Bibicraveur. L’ave­nir proche de­vrait cer­tai­ne­ment lui don­ner rai­son. D’au­tant que le rap­peur n’en était pas à son coup d’es­sai. De­puis jan­vier, en at­teste sa page Fa­ce­book, il avait dif­fu­sé et re­ven­di­qué plu­sieurs mor­ceaux « cli­pés, en­re­gis­trés et mon­tés en pri­son ». * Le pré­nom a été chan­gé.

Centre pé­ni­ten­tiaire d’Ai­ton (Sa­voie). Ci­ga­rette aux lèvres, au­tour d’un buf­fet, Bibicraveur et ses co­dé­te­nus dansent au rythme d’« Afro­rate »… une tranche de vie en pri­son qui flirte avec les 300 000 vues sur In­ter­net.

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