« C’est un chal­len­geur très sé­rieux pour 2020 »

Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR - JEAN-ÉRIC BRANAA, maître de confé­rences à Pa­ris-II, Jean-Eric Branaa est spé­cia­liste de la po­li­tique amé­ri­caine. PRO­POS RE­CUEILLIS PAR CY­PRIEN PÉZERIL

Mark Zu­cker­berg peut-il se­lon vous être can­di­dat à la Mai­son-Blanche ?

JEAN-ÉRIC BRANAA. Oui, tout est plus que ja­mais pos­sible. C’est un chal­len­geur très sé­rieux pour 2020. Son avan­tage, c’est qu’il est dé­jà connu avant même de dé­bu­ter sa cam­pagne. Comme l’était Trump. Et c’est es­sen­tiel quand on est can­di­dat. Les deux sont dé­jà ap­pa­rus dans des épi­sodes des « Simp­son », le sum­mum de la culture po­pu­laire amé­ri­caine. C’était pa­reil pour Ma­cron : mi­nistre, il avait une pe­tite no­to­rié­té qu’il a réus­si à ex­ploi­ter. Pour­tant, il nie être can­di­dat… Jus­te­ment ! Le fait de nier le rend plus cré­dible. Les can­di­dats dé­cla­rés au­jourd’hui ne sont pas des can­di­dats sé­rieux, ils n’ont pas de réelles chances de l’em­por­ter. Il ne peut pas te­nir une cam­pagne pen­dant trois ans. Il pour­rait se déclarer of­fi­ciel­le­ment can­di­dat entre mai et juin 2019, c’est-à-dire un an avant la pri­maire du Par­ti dé­mo­crate. « L’INCARNATION DU RÊVE AMÉ­RI­CAIN » Quels sont les signes d’une éven­tuelle can­di­da­ture ? Il y a la tour­née qu’il fait en ce mo­ment dans tous les Etats amé­ri­cains, le re­cru­te­ment de proches d’Oba­ma ou de Clin­ton… Il a aus­si vi­si­té une usine Ford en avril, comme s’il était en cam­pagne. Et puis Zu­cker­berg s’était tou­jours dé­fi­ni comme athée. De­puis quelques mois, il ne l’est plus. Or, aux Etats-Unis, un pré­sident ne peut pas être sans re­li­gion. Si ce n’est pas un signe… La can­di­da­ture de Zu­cker­berg cas­se­rait les codes de la po­li­tique… Oui. Il ne veut pas être em­bri­ga­dé dans les par­tis po­li­tiques. Il est au-de­là des vieux mo­dèles. Pour lui, les fron­tières se tra­versent, le monde est de­ve­nu plus pe­tit et les per­son­na­li­tés qui comptent ne sont plus hors de por­tée. Et en même temps, c’est l’incarnation la plus clas­sique du rêve amé­ri­cain : aux EtatsU­nis, on dit à chaque en­fant qu’il peut de­ve­nir pré­sident. Mais il n’est pour l’ins­tant qu’un en­tre­pre­neur ? Non, il a dé­jà les deux pieds dans la po­li­tique. Il fait par­tie de ces moins de 35 ans qui ont gran­di avec l’idée que le monde est in­juste et qu’il faut le mo­di­fier. Il prend po­si­tion face au Mus­lim Ban, au re­trait des ac­cords de Pa­ris. Il a aus­si un poids po­li­tique avec le choix des ini­tia­tives qu’il fi­nance. Etre pa­tron de Fa­ce­book et can­di­dat à la pré­si­den­tielle ne po­se­rait-il pas un pro­blème ? Son ad­ver­saire pour­rait le lui re­pro­cher, à juste titre. C’est une puis­sance ter­rible. Il se­rait le pre­mier can­di­dat à vrai­ment maî­tri­ser les ré­seaux so­ciaux, et for­cé­ment à pou­voir les tour­ner à son avan­tage.

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