Et si Trump ap­pli­quait la « stra­té­gie du fou » ?

Et si l’im­pré­vi­si­bi­li­té in­quié­tante du pré­sident amé­ri­cain, qui mul­ti­plie les dé­cla­ra­tions va-t-en-guerre, re­le­vait d’une théo­rie conçue il y a qua­rante ans par Nixon ?

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR QUEN­TIN LAURENT

IMPULSIF. CO­LÉ­RIQUE. Emo­tion­nel. Dans l’ana­lyse des faits, gestes ou tweets in­tem­pes­tifs du tur­bu­lent pré­sident amé­ri­cain Do­nald Trump, il est ra­re­ment ques­tion de rai­son. Quand, il y a quelques jours, il s’est en­core mon­tré dra­ma­tique, pro­met­tant « le feu et la co­lère » au dic­ta­teur nord-co­réen Kim Jong-un qui me­na­çait d’at­ta­quer l’île amé­ri­caine de Guam, le monde s’est une nou­velle fois cris­pé, re­dou­tant une es­ca­lade (nu­cléaire !) mor­ti­fère pro­vo­quée par un coup de sang du mil­liar­daire de­ve­nu pré­sident.

Et si tous ceux qui s’alarment de son in­co­hé­rence se trom­paient lour­de­ment ? Et si Trump était en vé­ri­té plus stra­tège que Do­nald n’est ré­pu­té in­con­trô­lable ? C’est un bond en ar­rière de plus de qua­rante ans qui per­met — peut-être — d’éclai­rer la conduite en ap­pa­rence er­ra­tique du lea­deur amé­ri­cain. Nous sommes au­tour de 1970, et le pré­sident Ri­chard Nixon éla­bore avec son in­fluent conseiller Hen­ry Kis­sin­ger une tac­tique pour ten­ter de re­prendre la main au Viêt Nam, où l’ar­mée amé­ri­caine est en­li­sée. « J’ap­pelle ça la théo­rie de l’homme fou. Je veux que les Nord-Viet­na­miens pensent que j’ai at­teint le point où je pour­rais faire n’im­porte quoi pour ar­rê­ter la guerre », au­rait théo­ri­sé Nixon au­près de l’un de ses col­la­bo­ra­teurs. Faire croire à l’en­ne­mi qu’on est dé­nué de rai­son, jus­qu’au-bou­tiste et donc plus dan­ge­reux.

Même s’il s’était van­té d’avoir réus­si, grâce à cette po­li­tique, à faire re­ve­nir les Nord-Viet­na­miens à la table des né­go­cia­tions, l’his­toire ne lui a pas don­né rai­son, puisque les EtatsU­nis ont fi­ni par perdre la guerre…

Aux Etats-Unis, il est no­toire que l’ac­tuel lo­ca­taire de la Mai­son-Blanche ap­pré­cie cette « mad man theo­ry ». « Je veux être im­pré­vi­sible » : voi­là une phrase qu’il a maintes fois pro­non­cée, comme un man­tra. Le coup de se­monce en­voyé ven­dre­di soir au pré­sident vé­né­zué­lien Ni­co­las Ma­du­ro, le me­na­çant d’in­ter­ven­tion ar­mée, peut aus­si jouer ce rôle. Trump au­rait ain­si plus de chances d’ob­te­nir ce qu’il sou­haite en se fai­sant pas­ser pour un dés­équi­li­bré.

DES PSYCHIATRES AMÉ­RI­CAINS RÉ­CLAMENT SA DESTITUTION

« Il est pos­sible que Trump veuille ap­pa­raître comme un fou pour ter­ri­fier les autres, les obli­ger à plier », ob­serve Phi­lippe Mo­reau-De­farges, cher­cheur à l’Ins­ti­tut fran­çais des re­la­tions in­ter­na­tio­nales (Ifri). Cette pos­ture n’a en tout cas pas man­qué d’in­quié­ter les di­ri­geants des prin­ci­pales puis­sances du globe, mal­gré la ten­ta­tive du se­cré­taire d’Etat Rex Tiller­son d’éteindre — comme il en a l’ha­bi­tude — l’in­cen­die al­lu­mé par son pa­tron, en as­su­rant que les Etats-Unis ne se vou­laient « pas une me­nace » pour la Corée du Nord.

Mais à la dif­fé­rence de Nixon, qui n’a ja­mais eu la ré­pu­ta­tion d’être dé- sé­qui­li­bré, le ca­rac­tère impulsif de Trump est connu bien au-de­là de ses fron­tières.

Et si ce­lui que certains psychiatres amé­ri­cains ont qua­li­fié de « nar­cis­sique mal­veillant », de­man­dant sa destitution dans une pé­ti­tion, était da­van­tage fou que stra­tège ? « Quand quel­qu’un joue la fo­lie, on ne sait pas tou­jours dans quelle me­sure il est ou n’est pas fou… », re­marque Phi­lippe Mo­reau-De­farges. Dans le cas de Trump, le doute reste en­tier.

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