« C’est ça, la li­ber­té »

Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR -

EN F I N, ils sonts libres. Ecra­sésE de fa­tigue,fa Isa­belle,b 56 ans, ete Eric, 535 ans, ont dé­ci­déd que c’enc était as­sez.s Alors, il y a deux mois, il­sil ont don­né à unu re­pre­neur lesle clés de leur res­tau­rant-r bar-ta­bacb de Chan­te­merle- C lès-Gri­gnan,lè dansd la Drôme pro­ven­çale,p à uneu heure trente de La Grande-Motte. Ven­du Ven­du, c’était fi­ni. Im­pos­sible de conti­nuer ces jour­nées de la­beur de 18 heures, 6 jours sur 7. Une charge de tra­vail re­dou­blée l’été lors des soi­rées moules-frites, face au ter­rain de pé­tanque, avec près de 150 vil­la­geois. Six ans sans va- cances. Il fal­lait chan­ger de vie. C’est donc sur leur pe­tit ba­teau à mo­teur, sur le pon­ton B de La Grande-Motte, que les deux quin­qua­gé­naires, à bout de force, se pré­lassent dans leur lo­ge­ment es­ti­val.

Le couple, fa­mille re­com­po­sée de quatre en­fants, avait ache­té le « Li­lou 2 », ce ba­teau d’un peu plus de 8 m, il y a quatre ans. Chaque mar­di, seul mo­ment de re­pos, ils fon­çaient en voi­ture re­joindre ce pe­tit pa­ra­dis à quai.

JOUR­NÉES SANS CONTRAINTES

De­puis le dé­but de l’été, ils ont dé­lais­sé leur ap­par­te­ment de la Drôme. Et dé­couvrent la lé­gè­re­té des jour­nées sans contraintes, ni­chés au mi­lieu des voi­liers dans le si­lence de la mer. Mais une pe­tite frus­tra­tion vient en­ta­cher ce bout de li­ber­té, la tête dans le ciel bleu : le bud­get.

L’ar­gent de la vente de leur com­merce est blo­qué pen­dant quatre mois, comme l’im­pose la loi. « On ne le sa­vait pas », ad­met Isa­belle. En at­ten­dant, il faut se ser­rer la cein­ture. Pas plus de 40 € par jour, leurs pa­quets de ci­ga­rettes quo­ti­diens com­pris. Le temps des pla­teaux de fruits de mer, le mar­di, est loin. Les sor­ties au large, du cô­té de l’Es­pi­guette, aus­si. « Il faut dire que ça tête, là-des­sous », rit Eric, en mon­trant le mo­teur.

Peu im­porte, à bord, ils ont tout : le mi­cro-ondes, le gaz, la té­lé, et un sa­lon trans­for­mé en chambre, ber­cée par les flots. A la ren­trée, ils ra­chè­te­ront sû­re­ment un autre com­merce. « Cette fois, avec des ho­raires fixes », aver­tit Eric, che­mise rose ou­verte sur le torse. L’heure n’est pas aux né­go­cia­tions, plu­tôt à l’apé­ro.

Le soir, lorsque le vent fait co­gner les drisses le long des grands mâts, ils s’as­soient sur les ban­quettes blanches et dé­bouchent une bou­teille de ro­sé, leurs deux chiens ado­rés à leurs pieds. Ils le ré­pètent : « C’est ça, la li­ber­té. »

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