Di­niz, la marche de l’em­pe­reur

Un an après son cal­vaire lors des Jeux de Rio, Yo­hann Di­niz a pris la plus belle des re­vanches en dé­cro­chant un pre­mier titre pla­né­taire sur le 50 km.

Le Parisien (Paris) - - ATHLÉTISME -

Il y a des jours comme ça où tout vous réus­sit, « des jours de plé­ni­tude », sou­ligne Yo­hann Di­niz. Per­sonne n’ou­blie­ra son émo­tion, ce sou­rire im­mense et ce poing le­vé au mo­ment de fran­chir la ligne d’ar­ri­vée, sous un ciel ma­gni­fi­que­ment bleu. A 39 ans, Di­niz est de­ve­nu cham­pion du monde du 50 km marche, et ça fait un bien fou.

Pour­tant, lorsque le Fran­çais a dé­ci­dé de se faire la belle après 4 km de course, on s’est de­man­dé — un peu comme lorsque Pierre-Am­broise Bosse avait fi­lé à 250 m de la ligne — quelle mouche l’avait pi­qué. «Mê­me­moi­je­me­suis­dit: » plai­sante Di­niz.

Les in­ter­nautes aus­si ont bien ri. Du moins au dé­but. Pen­dant trois heures, beau­coup se sont gaus­sés, ima­gi­nant que notre mar­cheur fou al­lait bas­cu­ler dans le même cal­vaire qu’à Rio, un an plus tôt. Au Bré­sil, l’image du mar­cheur au sol, ter­ras­sé par des pro­blèmes in­tes­ti­naux, avait bou­le­ver­sé. « Il ne faut pas re­gar­der dans le ré­tro­vi­seur, mais je me re­vois sous la tente à l’ar­ri­vée, je n’étais pas dans un bel état. Je me suis dit plus ja­mais ça. » Le Ré­mois dit qu’il a dû se re­cons­truire. « L’image de Rio avait été tel­le­ment dure. Je vou­lais mon­trer autre chose, de moi, de ma dis­ci­pline. » Un an après, Di­niz est al­lé au bout, lais­sant ses ad­ver­saires à plus de huit mi­nutes ! Sa côte cas­sée puis son ac­ci­dent de voi­ture au prin­temps n’ont pas en­ta­mé sa confiance.

« Di­niz n’est ja­mais aus­si fort que lors­qu’il a le cou­teau sur la gorge, s’amuse le nou­veau cham­pion. Quand je ne fais pas de 50 km dans la sai­son, voi­là ce que ça donne. J’ai eu cette pe­tite boule au 20e km, je l’ai eue aus­si hier soir je n’ai pas re­gar­dé la der­nière épreuve de Ke­vin Je me suis cou­ché comme si j’al­lais faire une longue sor­tie d’en- traî­ne­ment. Je sa­vais que c’était ma jour­née, je ne vou­lais pas gâ­cher ce mo­ment. »

Le bon­heur de Di­niz est conta­gieux. Lui qui se bat pour faire ai­mer la marche, et contre les pré­ju­gés — « com­bien de fois je me­suis­fai­tin­sul­ter­sur­les­bords de route lors de mes sor­ties parce que les gens ne trouvent pas la marche es­thé­tique » — touche en­fin son Graal. Ou presque. « Je suis dans l’eu­pho­rie et il ne faut pas prendre de dé­ci­sion à chaud. Par­tir sur un titre, c’est ce qu’il y a de plus beau, mais il me manque la plus belle des mé­dailles. Je sais que je suis ca­pable de me pré­ser­ver pour al­ler la cher­cher Après, la boucle se­ra bou­clée. »

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