Nos en­fants ont be­soin de som­meil

Une étude réa­li­sée à la de­mande du mi­nis­tère de l’Edu­ca­tion montre que les en­fants ont per­du qua­rante mi­nutes de som­meil en trente ans. Avec des consé­quences fâ­cheuses sur leur san­té et leur sco­la­ri­té.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR CHRISTEL BRIGAUDEAU

L’ÉROSION EST si­len­cieuse, mais réelle : les nuits des pe­tits s’ef­fi­lochent. Len­te­ment, mais suf­fi­sam­ment pour in­quié­ter les spé­cia­listes, les éco­liers perdent des mi­nutes sur l’oreiller. C’est le constat que dressent trois cher­cheurs des uni­ver­si­tés de Tours et d’Or­léans, mis­sion­nés en 2016 par le mi­nis­tère de l’Edu­ca­tion na­tio­nale pour éva­luer les ef­fets des nou­veaux rythmes sco­laires (lire ci­contre). Leur rap­port, que « le Pa­ri­sien » - « Aujourd’hui en france » s’est pro­cu­ré, n’a ja­mais été ren­du pu­blic.

Re­né Cla­risse, Na­dine Le Floch et Ch­ris­tine Main­tier ont pas­sé en re­vue les rythmes de 778 en­fants, de 5 à 10 ans, is­sus d’un échan­tillon re­pré­sen­ta­tif d’écoles. On y ap­prend qu’en quinze ans, les élèves de grande sec­tion de ma­ter­nelle et de CP, âgés de 5 et 6 ans, ont per­du en moyenne « 15 à 20 mi­nutes de som­meil par nuit ». Ce ré­sul­tat est une nou­velle perle à un cha­pe­let d’études, qui toutes des­sinent le même phé­no­mène : les nuits sont gri­gno­tées. Sur un siècle, c’est une heure en moins dans les bras de Mor­phée, pour les moins de 18 ans, avec pour consé­quences des dif­fi­cul­tés de concen­tra­tion à l’école et des chan­ge­ments de com­por­te­ment, ren­dant cer­tains en­fants apa­thiques, ou au contraire agi­tés à l’ex­trême.

BALLOTTÉS ENTRE LES RYTHMES DE SE­MAINE ET DE WEEK-END

Les cher­cheurs re­lèvent aus­si le « jet lag so­cial » des pe­tits, ballottés entre deux rythmes : ce­lui de la se­maine et ce­lui du week-end, fait de cou­chers tar­difs et de grasses ma­ti­nées, faus­se­ment ré­pa­ra­trices. « Le som­meil n’est pas plas­tique, sou­ligne Na­dine Le Floch. Le temps qu’on manque le soir n’est pas ré­cu­pé­ré en dor­mant plus long­temps le ma­tin. » Mais les pa­rents ne le savent pas. Pire : ils semblent pen­ser, pa­ra­doxa­le­ment, que leurs en­fants passent plus de temps que né­ces­saire sous la couette. L’étude re­lève en ef­fet un écart de « 30 à 50 mi­nutes » entre le temps de som­meil né­ces­saire es­ti­mé par les pa­rents et ce­lui ef­fec­ti­ve­ment consta­té.

Cette mé­con­nais­sance, al­liée à des rythmes de tra­vail des adultes qui bous­culent les dî­ners et soi­rées en fa­mille, se­rait un fac­teur des re­tards du mar­chand de sable. L’autre grand en­ne­mi des nuits en­fan­tines — l’écran — dort sou­vent dans la même chambre que les pe­tits. Se­lon une en­quête, me­née l’an der­nier dans l’aca­dé­mie de Tou­louse, près d’un éco­lier de grande sec­tion de ma­ter­nelle sur cinq (19 %) pos­sède dans sa chambre un or­di­na­teur ou une té­lé­vi­sion.

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