Ma­rine Le Pen à l’of­fen­sive

Ma­rine Le Pen fus­tige la com­mu­ni­ca­tion « presque in­dé­cente » d’Em­ma­nuel Ma­cron, « l’agi­ta­tion parlementaire » de Jean-Luc Mé­len­chon et sou­haite une cla­ri­fi­ca­tion de Flo­rian Phi­lip­pot.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PROPOS RECUEILLIS PAR OLI­VIER BEAUMONT ET VA­LÉ­RIE HACOT PHO­TOS : OLI­VIER ARANDEL @oli­vier­beau­mont @vha­cot1

ABSENTE du dé­bat po­li­tique de­puis les lé­gis­la­tives, Ma­rine Le Pen re­part à l’of­fen­sive à l’heure où son par­ti tra­verse une crise d’iden­ti­té ma­jeure et est confron­tré à des di­vi­sions in­ternes. Dans ce contexte dif­fi­cile, la chef fron­tiste ne veut pas lais­ser le mo­no­pole de l’op­po­si­tion à Jean-Luc Mé­len­chon.

Vous êtes très cri­tique à l’égard d’Em­ma­nuel Ma­cron sur la ges­tion de l’ou­ra­gan Ir­ma. Sur le fond comme sur la forme ?

MA­RINE LE PEN. Le voir comme ça en bras de che­mise, scé­na­ri­ser son som­meil dans un lit de camp, ça n’est même plus de la com­mu­ni­ca­tion, mais presque de la ma­ni­pu­la­tion ! Ça en de­vient presque in­dé­cent. Qu’il y aille, c’est bien. Mais le ci­né­ma au­tour, ça me choque. Et je ré­itère ma de­mande de com­mis­sion d’en­quête car, in­con­tes­ta­ble­ment, il y a eu dé­faillance de l’Etat dans ce drame qui au­rait pu être an­ti­ci­pé au ni­veau des be­soins de la po­pu­la­tion.

On a beau­coup en­ten­du Jean-Luc Mé­len­chon s’op­po­ser aux or­don­nances qui vont ré­for­mer le Code du Tra­vail, vous beau­coup moins…

On est moins au­dibles parce qu’on n’a pas de groupe à l’As­sem­blée. Mon­sieur Mé­len­chon, avec ses cra­vates et ses pa­quets de nouilles, est dans l’agi­ta­tion parlementaire. Nous, nous ef­fec­tuons un tra­vail sé­rieux pour s’op­po­ser et dé­cryp­ter la po­li­tique de mon­sieur Ma­cron. Il veut une France no­made, éphé­mère. Nous, nous dé­fen­dons une France du­rable.

Ne faut-il rien gar­der de ce pro­jet qui, pour­tant, ré­pond aux at­tentes de nom­breux pe­tits pa­trons ?

Seuls les grands groupes, qui pour­ront faire des li­cen­cie­ments col­lec­tifs plus sim­ple­ment et plus ra­pi­de­ment, vont ti­rer leur épingle du jeu. Les TPE-PME ne bé­né­fi­cie­ront pas de la sim­pli­fi­ca­tion at­ten­due. Cette loi ne crée­ra pas d’em­plois. Elle va sus­ci­ter des li­cen­cie­ments et créer des tra­vailleurs pré­caires. Les contrats de mis­sion, par exemple, c’est la trans­for­ma­tion du contrat de tra­vail en contrat de mer­ce­na­riat. C’est une ré­gres­sion très lourde.

On va peut-être da­van­tage vous en­tendre sur le pro­jet de loi sur la sé­cu­ri­té in­té­rieure ? Quels amen­de­ments pré­pa­rez-vous ?

Je ne peux pas vous don­ner le dé­tail des amen­de­ments que nous al­lons dé­po­ser. Mais contrai­re­ment à Ma­cron, les Ré­pu­bli­cains et la France in­sou­mise, nous consi­dé­rons que le ter­ro­risme n’est pas un crime comme un autre. Il doit faire l’ob­jet d’une lutte spé­ci­fique. Il fau­drait pro­ba­ble­ment qu’il existe une ju­ri­dic­tion dé­diée. Pour­quoi pas l’équi­valent de l’an­cienne Cour de sû­re­té de l’Etat ? Car le ter­ro­risme, c’est un acte de guerre.

Ni­co­las Du­pont-Ai­gnan plaide pour une grande re­fon­da­tion de la droite, de LR au FN. Est-ce une op­tion pour vous aus­si ?

La grande avan­cée de la re­com­po­si­tion po­li­tique fran­çaise ac­tuelle, c’est d’être sor­ti du cli­vage gauche-droite. Alors ça n’est pas pour le re­cons­ti­tuer main­te­nant ! Moi, je m’adresse à tous les pa­triotes, qu’ils viennent de droite ou de gauche. L’union des droites… c’est une vieille illusion. Et une trop pe­tite am­bi­tion.

Robert Mé­nard s’in­ter­roge pour sa part sur votre « ca­pa­ci­té à por­ter le FN au pou­voir »…

Robert Mé­nard a un par­ti qui s’ap­pelle com­ment dé­jà ? « Oz ta droite », c’est ça ? Qu’il s’en oc­cupe. J’ac­cepte d’en­tendre les cri­tiques, pour peu qu’elles soient as­so­ciées à des pro­po­si­tions construc­tives et ne ve­nant pas de gens qui font de la seule cri­tique une vé­ri­table pro­fes­sion.

Et sur le fond, vous lui ré­pon­dez quoi ?

Le FN est en plein pro­ces­sus de re­fon­da­tion et il va y avoir un dé­bat d’idées. Il se­ra même peut-être vif. Mais j’en­ten­drai les cri­tiques et je les écou­te­rai. Je vais même faire une tour­née des fé­dé­ra­tions. Et puis, il y au­ra un vote au con­grès. Ça s’ap­pelle la dé­mo­cra­tie in­terne.

Vos élec­teurs parlent en­core beau­coup de ce fa­meux dé­bat d’entre-deux-tours…

Je n’ai pas at­ten­du les cri­tiques pour sa­voir que ce dé­bat ne s’était pas bien pas­sé. En tout cas, qu’il n’avait pas été bien per­çu. Mais moi, je donne ren­dez-vous aux Fran­çais. Beau­coup ont pen­sé que mes cri­tiques avaient été trop vi­ru­lentes à l’égard de mon­sieur Ma­cron. En at­ten­dant, toutes les craintes que nous avions formulées à son égard sont en train de se pro­duire. Et les Fran­çais com­mencent même à s’en rendre compte vu sa dé­grin­go­lade dans les son­dages…

Laurent Wau­quiez peut-il

TOUTES LES CRAINTES QUE NOUS AVIONS FORMULÉES À L’ÉGARD DE MA­CRON SONT EN TRAIN DE SE PRO­DUIRE

si­phon­ner les voix du FN ?

Ce coup-là a été fait cent fois ! Mon­sieur Wau­quiez a beau dur­cir son dis­cours et mon­trer ses muscles, on sait très bien qu’une fois élu à la tête des Ré­pu­bli­cains, il aban­don­ne­ra tout ce qu’il a dit. Comme les autres.

Flo­rian Phi­lip­pot, qui cu­mule sa fonc­tion de vice-pré­sident du FN et de pré­sident du mou­ve­ment les Pa­triotes, doit-il cla­ri­fier sa si­tua­tion ?

Oui. Qu’il y ait des think tanks, ça ne me pose au­cun sou­ci. Mais nous sommes tout de même au coeur de la re­fon­da­tion du mou­ve­ment. Je sou­haite donc que tous les di­ri­geants du FN se re­con­centrent sur cette re­fon­da­tion et qu’ils ap­portent leurs ré­flexions à l’in­té­rieur du mou­ve­ment.

Il y a de la dis­tance entre vous ?

Il n’y a pas de dis­tance. Cha­cun a eu le temps d’en­cais­ser les ré­sul­tats des élec­tions. Je sou­haite main­te­nant qu’une nou­velle page s’ouvre.

On a l’im­pres­sion qu’il cherche à jouer sa propre par­ti­tion…

Vous sa­vez, j’en ai vu d’autres.

En op­po­si­tion à Phi­lip­pot, Ni­co­las Bay ap­pelle le par­ti à re­ve­nir vers ses fon­da­men­taux, à sa­voir les ques­tions d’im­mi­gra­tion et d’iden­ti­té. A-t-il rai­son ?

Il y a beau­coup de gens qui es­saient de me ti­rer d’un cô­té de la manche ou de l’autre. Mais ils ont ou­blié que je suis d’une grande so­li­di­té. Je pré­sen­te­rai aux adhé­rents une ligne qui est celle que je dé­fends de­puis bien long­temps : équi­li­brée entre ces fa­meux fon­da­men­taux et en même temps cette as­pi­ra­tion à pro­té­ger nos pa­triotes. Je ne change rien de ce que je pense. Je suis comme je suis.

Con­cer­nant le nou­veau nom, où en est votre ré­flexion ?

J’ai quelques idées de noms qui me plaisent.

Les­quelles ?

Je ne vous les di­rai pas. (Rires.) J’ai bien pris soin de faire dé­po­ser les noms à l’INPI (NDLR : l’Ins­ti­tut na­tio­nal de la pro­prié­té in­tel­lec­tuelle) par des gens tel­le­ment ano­nymes que vous ne les trou­ve­rez ja­mais !

Et le dé­mé­na­ge­ment du siège ?

Le bail s’achè­ve­ra en 2018. Comme on a dit qu’on al­lait chan­ger le par­ti du sol au pla­fond, je ne vois pas pour­quoi nous ne chan­ge­rions pas de lo­caux. En tout cas, ce pro­jet est aus­si dans les ta­blettes.

L’UNION DES DROITES… C’EST UNE VIEILLE ILLUSION. ET UNE TROP PE­TITE AM­BI­TION.

Pa­ris (VIIe), hier. Ma­rine Le Pen confirme que la re­fon­da­tion du Front na­tio­nal pas­se­ra no­tam­ment par un chan­ge­ment de nom et de siège.

Pa­ris (VIIe), hier. Ma­rine Le Pen n’a que peu goû­té la vi­site du pré­sident Ma­cron aux An­tilles après l’ou­ra­gan Ir­ma. « Ça n’est même plus de la com­mu­ni­ca­tion, mais presque de la ma­ni­pu­la­tion ! » tonne-t-elle.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.