« Les élèves nous ra­content leur soi­rée té­lé »

Au­ré­lie De­renne, pro­fes­seur d’une classe de CM 1-CM 2

Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR - CH.B. ET JOFFREY VOVOS

DANS LES LIVRETS d’ac­cueil de l’école élé­men­taire Mou­raud, à Pa­ris, la di­rec­trice Co­lette Cof­fin a fait ap­po­ser un pe­tit mot pour rap­pe­ler que « le som­meil est un élé­ment es­sen­tiel au bon dé­ve­lop­pe­ment » de l’en­fant. « La ques­tion nous pré­oc­cupe », confie-t-elle.

« Des élèves qui se couchent sur la table ou som­nolent après la ré­cré, c’est notre quo­ti­dien, souffle Vincent Go­mez, pro­fes­seur des écoles de­puis dix ans dans le Lot. Cer­tains ont be­soin de re­char­ger les bat­te­ries, et il m’ar­rive de leur dire d’al­ler se re­po­ser dans le coin lec­ture, quinze ou vingt mi­nutes. »

Sté­phane, qui fait classe à des CE 1 dans les Ar­dennes, s’est ré­so­lu à s’adap­ter à l’at­ten­tion fluc­tuante de ses élèves. « Le lun­di ma­tin, de 8 h 30 à 10 heures, on ne peut pra­ti­que­ment pas tra­vailler : on sent qu’ils sont en­core en week-end et ont peut-être fait la fête avec leurs pa­rents », avance-t-il.

TROP D’ÉCRANS

« On a aus­si des en­fants qui re­gardent la té­lé jusque tard. On le sait parce qu’ils nous ra­content leur soi­rée de­vant des sé­ries po­li­cières qu’ils ne de­vraient par voir à leur âge. Beau­coup ont aus­si un ac­cès illi­mi­té à toutes sortes d’écran : ta­blette, or­di­na­teur, smart­phone », se dé­sole Au­ré­lie De­renne, pro­fes­seur d’une classe de CM 1-CM 2, dans le centre-ville de La­val (Mayenne).

En ma­ter­nelle, les pe­tits sont aus­si par­fois sur les ro­tules, sou­vent pour les mêmes rai­sons. Ai­mée, ins­ti­tu­trice en moyenne sec­tion dans le XXe ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris, le voit bien à leurs visages par­fois très mar­qués. « J’ai des pa­rents qui rentrent tard du tra­vail et culpa­bi­lisent de ne pas voir leurs en­fants. Du coup, ils dé­calent l’heure du cou­cher d’une heure ou deux », dé­plore-t-elle. Pour la jeune femme, « sou­vent, si l’en­fant n’est pas rai­son­nable par lui-même, ce ne sont pas les pa­rents qui le se­ront pour lui, quelle que soit la classe so­ciale ».

Même constat de Luc Bé­ni­zeau, di­rec­teur d’une grosse école de 14 classes à Ville­juif (Val-de-Marne). L’en­sei­gnant ra­conte cette anec­dote pour lui ré­vé­la­trice : « A Ar­cueil, où j’ai été prof pen­dant dix ans, une col­lègue a fait un son­dage dans sa classe de CP. Eh bien, elle s’est ren­du compte que sur 24 en­fants, 16 avaient la té­lé dans leur chambre. »

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