Lan­fran­co Det­to­ri, por­trait d’un jo­ckey pas­sion­né

Jo­ckey de la fa­vo­rite du Prix de l’Arc de Triomphe, ENABLE, Lan­fran­co Det­to­ri a connu une vie mou­ve­men­tée.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - HALIM BOUAKKAZ

DI­MANCHE À CHAN­TILLY PAR LA LÉ­GENDE

lui tend les bras. Lan­fran­co Det­to­ri (47 ans) pour­rait de­ve­nir, avec cinq vic­toires, le jo­ckey le plus ti­tré dans le re­nom­mé Prix de l’Arc de Triomphe. Mais tout au­rait pu s’ar­rê­ter le 1er juin 2000. Ce jour-là, un avion pri­vé de­vant le trans­por­ter de New­mar­ket (Grande-Bre­tagne) à Good­wood, se crashe peu après le dé­col­lage. Le pi­lote n’y sur­vi­vra pas. Le jo­ckey, lui, par­vient à s’ex­tir­per de l’en­gin en flammes, qui ex­plo­se­ra quelques ins­tants plus tard, grâce à l’aide de Ray Co­chrane, l’autre jo­ckey à bord de ce vol pri­vé. Les se­cours et en­quê­teurs an­glais parlent alors de « mi­racle ».

Dix-sept ans plus tard, Lan­fran­co Det­to­ri uti­lise tou­jours ce moyen de trans­port, con­trai­re­ment à Den­nis Berg­kamp, an­cien joueur de son club de coeur, Ar­se­nal, qui a man­qué la Coupe du monde de foot­ball 2002 à cause de cette pho­bie. « Le vol al­ler vers la France est tou­jours un mo­ment com­pli­qué, car les jo­ckeys n’ont pas le droit de boire d’al­cool avant les courses, re­late un in­time des ves­tiaires fran­çais. Mais, comme il reste pro­fon­dé­ment mar­qué, il ne se prive pas avant le re­tour pour éva­cuer ce trau­ma­tisme. » Ce ter­rible mo­ment pour­rait ré­su­mer à lui seul la lé­gende Det­to­ri. Le plus an­glais des Ita­liens se re­lève de tout ! Son âge, éle­vé pour un jo­ckey, ne se voit ni sur son vi­sage, sans cesse bar­ré d’un sou­rire, ni dans ses per­for­mances, tou­jours som­mi­tales. « EN PLUS DE MON AMOUR POUR LES CHE­VAUX, CE SONT AUS­SI LES CHAM­PIONS QUE J’AI LA CHANCE DE MON­TER QUI ME MOTIVENT » LAN­FRAN­CO DET­TO­RI

Alors qu’il a éco­pé d’une sus­pen­sion de six mois pour usage de sub­stance pro­hi­bée fin 2012, qui a en­gen­dré son évic­tion d’une pres­ti­gieuse écu­rie du­baïote après dix-huit ans de col­la­bo­ra­tion, cer­tains pro­nos­ti­quaient dé­jà sa fin. Il n’en est rien puis­qu’il se­ra le grand fa­vo­ri de l’Arc de Triomphe di­manche, 4 Avec 4 suc­cès (1995, 2001, 2002 et 2015), Lan­fran­co Det­to­ri est, avec 6 autres jo­ckeys, le re­cord­man de vic­toires dans le Prix de l’Arc de Triomphe. ENABLE. « Je suis un pas­sion­né, j’aime mon tra­vail, in­dique l’homme qui a rem­por­té les sept courses d’une même réunion le 28 sep­tembre 1996, ce qui lui a va­lu d’avoir sa sta­tue éri­gée sur le cé­lèbre hip­po­drome an­glais d’As­cot. En plus de mon amour pour les che­vaux, ce sont aus­si les cham­pions que j’ai la chance de mon­ter qui me motivent. »

Les dé­mons de ce­lui qui cé­lèbre ses vic­toires par un saut an­gé­lique semblent der­rière. Exit donc cette ar­res­taa­vec tion en mai 1993, à la sor­tie de Wem­bley après une fi­nale de Coupe de la Ligue rem­por­tée par « son » Ar­se­nal, en pos­ses­sion de co­caïne. Père de cinq en­fants et près de trente ans après sa pre­mière par­ti­ci­pa­tion au Prix de l’Arc de Triomphe, il ré­pète fré­quem­ment que sa lon­gé­vi­té « est due au tra­vail ».

Et ses confrères, mais sur­tout ri­vaux, ne ta­rissent pas d’éloges à son su­jet : « C’est quel­qu’un qui fait l’una­ni­mi­té, com­mente le Fran­çais Oli­vier Pes­lier. En piste ou en de­hors, c’est un grand pro­fes­sion­nel. Qu’il gagne ou perde, il a le fair­play en lui, et la pla­nète en­tière pour­rait vous le confir­mer, car il est le même sur tous les hip­po­dromes du monde. » Et comme un cham­pion, qui plus est mi­ra­cu­lé, ne peut at­teindre de tels som­mets sans avoir un ego im­por­tant, si­non dé­me­su­ré, Det­to­ri conclut : « Mon se­cret ? C’est que je crois en moi ! »

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