Claude Chi­rac : « Mon père a droit au res­pect »

— dont la pa­role est rare — s’in­digne qu’un an­cien col­la­bo­ra­teur du pré­sident dé­crive sa vie d’au­jourd’hui dans un livre à pa­raître.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - MU­RIEL PLEYNET

PRO­POS RE­CUEILLIS PAR ALORS QUE SORT

jeu­di pro­chain en li­brai­rie « Pré­sident, la nuit vient de tom­ber » (Edi­tions du Cherche Mi­di ), un livre dans le­quel le jour­na­liste Ar­naud Ar­doin a re­cueilli le té­moi­gnage de Da­niel Le Conte, an­cien col­la­bo­ra­teur de Jacques Chi­rac qui l’a ac­com­pa­gné, y com­pris dans la ma­la­die, dé­cri­vant son quo­ti­dien d’homme amoin­dri, sa fille Claude Chi­rac dé­plore une dé­marche qui n’a pas re­çu l’as­sen­ti­ment de la fa­mille. Pour­quoi sou­hai­tez-vous au­jourd’hui prendre la pa­role ? CLAUDE CHI­RAC.

Ce n’est pas dans mes ha­bi­tudes de m’ex­pri­mer mais les prin­cipes sont très im­por­tants pour nous, même si ce n’est pas à la mode, quand au­jourd’hui, on ne res­pecte plus rien, ni per­sonne. Je ne veux pas po­lé­mi­quer mais je sou­haite dire — haut et fort — que ce livre a été fait à l’in­su de Jacques Chi­rac et de sa fa­mille. Nous en igno­rions ab­so­lu­ment tout. Ça a quand même été un choc as­sez violent d’en dé­cou­vrir l’exis­tence il y a quelques se­maines, comme de dé­cou­vrir, avant-hier, en al­lant ache­ter des ci­ga­rettes la cou­ver­ture de Pa­ris Match (NDLR : qui en pu­blie les bonnes feuilles). Vous igno­riez que Da­niel Le Conte, qui a tra­vaillé pen­dant des an­nées au cô­té de votre père, s’était confié à un jour­na­liste ? Nous igno­rions ab­so­lu­ment tout de cette dé­marche. Ce qui est im­por­tant pour nous aus­si, c’est de dire que c’est une dé­marche qui vient heur­ter de plein fouet les prin­cipes fon­da­men­taux TOUT CE­LA NOUS PLONGE DANS UNE EX­TRÊME TRIS­TESSE ” de di­gni­té, de res­pect, de re­te­nue qui ont tou­jours gui­dé l’exis­tence de mes pa­rents. Aus­si bien de Ber­na­dette que de Jacques Chi­rac et que, d’ailleurs, ils nous ont in­cul­qué, à ma soeur Lau­rence et à moi­même. Notre père nous a tou­jours dit qu’au re­gard des vraies souf­frances des hommes, il était in­dé­cent d’éta­ler en pu­blic le moindre état d’âme. On se tient droit. Vous ima­gi­nez donc bien que ja­mais il n’au­rait pu cau­tion­ner une telle dé­marche. Qui était Da­niel Le Conte pour vous, pour lui ? Les cir­cons­tances étant ce qu’elles sont (NDLR : Da­niel Le Conte est dé­cé­dé en juillet der­nier),

loin de moi l’idée de po­lé­mi­quer, ni bien en­ten­du par rap­port à Da­niel, ni même par rap­port à l’édi­teur ou à l’au­teur de ce livre mais je ne vous ca­che­rais pas que tout ce­la nous plonge dans une ex­trême tris­tesse. Votre père n’au­rait donc pas cau­tion­né la dé­marche ? Il a dé­ci­dé, il y a plu­sieurs an­nées dé­jà, de se re­ti­rer de la vie pu­blique, c’est quand même le droit de cha­cun de dé­ci­der ce que l’on veut pour ter­mi­ner sa vie. Confor­mé­ment aux prin­cipes qui l’ont tou­jours gui­dé, Jacques Chi­rac a dé­ci­dé d’être dans un quo­ti­dien qui, do­ré­na­vant, est stric­te­ment pri­vé, et je pense qu’il a le droit à ce res­pect-là comme n’im­porte qui. Cha­cun doit être res­pec­té dans ses choix, sur­tout à un mo­ment où l’on ter­mine sa vie… qu’on le veuille ou non. Mais vous com­pre­nez l’in­té­rêt que le pré­sident Chi­rac sus­cite tou­jours ? Les Fran­çais lui té­moignent, en ef­fet, tou­jours au­jourd’hui de dif­fé­rentes ma­nières beau­coup d’at­ta­che­ment, d’af­fec­tion, beau­coup de gen­tillesse. Ça n’est évi­dem­ment pas ça qui est en cause. Ça, c’est mer­veilleux. Ces der­nières an­nées, ça l’a beau­coup ré­con­for­té. Mais les Fran­çais n’ont pas be­soin, me semble-til, d’avoir quel­qu’un en cou­ver­ture d’un ma­ga­zine pour lui té­moi­gner de l’af­fec­tion. Com­ment va-t-il ? Com­ment vont vos pa­rents ? Ecou­tez, il va plu­tôt bien. Les mé­de­cins par­fois n’en re­viennent pas mais il va plu­tôt bien. Il a de la res­source, c’est le moins que l’on puisse dire… Et ma­man, après avoir pas­sé une an­née très dif­fi­cile, va mieux. Ils mènent une vie pai­sible tous les deux, et c’est bien comme ça. Ça a tou­jours été leur sou­hait.

Mu­sée du Quai Bran­ly, Pa­ris (VIIe), no­vembre 2010. Jacques et Claude Chi­rac après une cé­ré­mo­nie à la fon­da­tion Chi­rac.

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