Saint Laurent en mode mu­sée

Dès de­main, l’an­cienne mai­son de cou­ture du créa­teur ex­pose ses vê­te­ments, ses car­nets d’es­quisses et ob­jets per­son­nels.

Le Parisien (Paris) - - LOISIRS - PAR YVES JAEGLÉ

On semble presque les aper­ce­voir, les gé­nies du lieu. Yves Saint Laurent, dis­pa­ru en 2008, et Pierre Ber­gé, son com­pa­gnon et as­so­cié de toute une vie, qui avait tant voulu, et conçu, ce mu­sée, dé­cé­dé le 8 sep­tembre, à quelques se­maines de l’inau­gu­ra­tion. Le mu­sée Yves-Saint-Laurent ouvre ses portes de­main, par une jour­née gra­tuite à Pa­ris, dans l’an­cienne mai­son de cou­ture du créa­teur.

Ber­gé, on en­tre­voit, sai­si, la plaque de son bu­reau his­to­rique au dé­tour d’une salle. Saint Laurent, on entre dans son antre, bu­reau-stu­dio re­cons­ti­tué à l’iden­tique, à son em­pla­ce­ment même : le grand mi­roir d’es­sayage, ses lu­nettes — les vraies — po­sées sur son pe­tit bu­reau, une pho­to de Ca­the­rine De­neuve, ses crayons à pa­pier et de cou­leurs, les des­sins qu’il semble avoir crayon­nés à l’ins­tant même et qui ont la ful­gu­rance d’es­quisses de Ma­tisse. On sa­vait Saint Laurent très grand des­si­na­teur, et les cou­leurs ir­ra­dient. De la feuille au tulle, il épure : les di­zaines de vê­te­ments pré­sen­tés — sé­lec­tion qui tour­ne­ra par­mi des mil­liers de pièces — tendent sou­vent au noir et blanc. Comme les grands pho­to­graphes.

LE POU­VOIR AUX FEMMES M comme mode et mu­sée. Dès 1982, Yves Saint Laurent ap­pose la lettre M, ou par­fois « Mu­sée », sur des pièces qu’il ne veut pas vendre mais conser­ver pour la pos­té­ri­té. « Avant lui, les pro­to­types de vê­te­ments étaient don­nés aux man­ne­quins ou ven­dus aux clientes. Il n’y avait pas du tout d’as­pect pa­tri­mo­nial dans la mode », sou­ligne Oli­vier Fla­via­no, le di­rec­teur du mu­sée Yves-SaintLaurent Pa­ris (un autre is­su de la même Fon­da­tion, ouvre le 16 oc­tobre à Mar­ra­kech, où le créa­teur ai­mait ré­si­der).

L’his­toire de la mode et des femmes : « Elles ont toutes por­té, même sans le sa­voir, du Yves Saint Laurent. Sans lui, on ne ven­drait pas au­tant de ca­bans, de trench-coat, dans les en­seignes les plus grand pu­blic, ajoute le di­rec­teur. C’est son hé­ri­tage le plus for­mi­dable. Comme di­sait Pierre Ber­gé, Cha­nel a li­bé­ré la femme, Yves Saint Laurent lui a don­né le pou­voir. »

Le cou­tu­rier voyait bien plus loin qu’un dé­fi­lé au­tom­ne­hi­ver : « J’ai­me­rais que, dans cent ans, on étu­die mes robes et mes des­sins », di­sait-il. C’est bien par­ti : l’éta­blis­se­ment inau­gu­ré par la mi­nistre de la Cul­ture, Fran­çoise Nys­sen, avant-hier, a re­çu le la­bel Mu­sée de France, qui rend ses col­lec­tions in­alié­nables. On ne peut plus les vendre ni les dis­per­ser. Sa robe Mon­drian fé­tiche est dé­sor­mais aus­si éter­nelle que le ta­bleau du peintre dont elle s’ins­pire.

Pa­ris (XVIe). Le mu­sée Yves-Saint-Laurent, inau­gu­ré jeu­di, offre une im­mer­sion dans l’in­ti­mi­té de la mai­son de cou­ture (à gauche, sa fa­çade, en 1982) et le pro­ces­sus créa­tif du cou­tu­rier de lé­gende.

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