Le pré­fet du Rhône sanc­tion­né

A la suite d’un rap­port sur les condi­tions de la re­mise en li­ber­té du meur­trier la veille de l’at­taque, le mi­nistre de l’In­té­rieur a re­gret­té des « dys­fonc­tion­ne­ments ».

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - JEAN-MI­CHEL DÉCUGIS ET ÉRIC PELLETIER (AVEC CA­THE­RINE LAGRANGE À LYON)

la po­lé­mique, les sanc­tions… Le mi­nistre de l’In­té­rieur a ti­ré les consé­quences des « dys­fonc­tion­ne­ments » ob­ser­vés lors de la re­mise en li­ber­té de l’homme qui al­lait de­ve­nir, le di­manche 1er oc­tobre, l’« assassin de la gare Saint-Charles ».

Bien qu’en si­tua­tion ir­ré­gu­lière et pla­cé en garde à vue pour vol à Lyon (Rhône), comme nous l’avions ré­vé­lé, Ah­med Ha­na­chi, 29 ans, n’avait pas été conduit au centre de ré­ten­tion mais re­mis en li­ber­té. Le len­de­main, à Mar­seille, il tuait deux jeunes femmes à coups de cou­teau aux cris de « Al­la­hou ak­bar ».

Hier en fin d’après-mi­di, Gé­rard Col­lomb a an­non­cé des chan­ge­ments à la pré­fec­ture du Rhône au pro­fit d’« une équipe […] pro­fon­dé­ment re­nou­ve­lée, qui se­ra nom­mée au Con­seil des mi­nistres ». En clair, l’ac­tuel pré­fet, Hen­ri-Mi­chel Co­met, et le se­cré­taire gé­né­ral de la pré­fec­ture, Xa­vier In­gle­bert, vont perdre leur poste.

Dès le len­de­main de l’at­taque ter­ro­riste, Col­lomb confiait une mis­sion à l’ins­pec­tion gé­né­rale de l’ad­mi­nis­tra­tion (IGA). Dans l’en­tou­rage du mi­nistre, on ex­plique que ce der­nier a été mor­ti­fié par la ré­ac­tion des fa­milles de Lau­ra et Mau­ranne, celles-ci n’ayant pas sou­hai­té sa pré­sence aux ob­sèques en rai­son des er­reurs de l’Etat.

Ci­tant le rap­port, Gé­rard Col­lomb a ex­pli­qué hier n’avoir « pas iden­ti­fié de faute in­di­vi­duelle » tout en sou­li­gnant « un en­semble de dys­fonc­tion­ne­ments graves du dis­po­si­tif d’éloi­gne­ment ». Le sa­me­di 30 sep­tembre, la po­lice aux fron­tières (PAF) en­vi­sage de ren­voyer Ha­na­chi en Tu­ni­sie, pays dont il est res­sor­tis­sant. Se­lon le rap­port, la per­sonne de per­ma­nence de la pré­fec­ture ce jour-là dis­pose d’une « très bonne connais­sance des pro­cé­dures ». Mais « il peut lui être re­pro­ché de ne pas avoir pris l’ini­tia­tive d’ap­pe­ler le sous-pré­fet de per­ma­nence ». Quant à ce der­nier, absent, il par­ti­ci­pait à une cé­ré­mo­nie mi­li­taire, une pré­sence pro­to­co­laire qui lui avait été im­po­sée.

La PAF, char­gée du vo­let ad­mi­nis­tra­tif de la pro­cé­dure, est sai­sie ce même sa­me­di dès 8 h 20. Le dos­sier com­plet de la garde à vue lui est trans­mis à 11 h 51. Le dos­sier est en­suite consul­té à par­tir de 14 heures par l’agent de per­ma­nence à la pré­fec­ture, af­fai­ré à un autre cas. Il reste en­vi­ron cinq heures avant l’ex­pi­ra­tion de la garde à vue pour prendre une me­sure d’éloi­gne­ment. Il s’agis­sait, ex­plique le rap­port, d’« une af­faire simple avec des alias, des an­té­cé­dents de stu­pé­fiants et de droit com­mun, et un ar­rê­té pré­fec­to­ral de re­con­duite à la fron­tière ». Ha­na­chi pou­vait donc faire l’ob­jet d’une obli­ga­tion de quit­ter le ter­ri­toire fran­çais et d’un pla­ce­ment en ré­ten­tion. Or ce­la n’a pas été dé­ci­dé et, à 15 h 40, il était li­bé­ré.

Le rap­port pointe du doigt des « er­reurs de ju­ge­ment ». Et, pa­ral­lè­le­ment, un « pro­blème d’or­ga­ni­sa­tion » : ab­sence de places (elles sont li­mi­tées à 64 hommes) au centre de ré­ten­tion, manque de moyens et d’ef­fec­tifs ad­mi­nis­tra­tifs, de sur­croît in­suf­fi­sam­ment en­ca­drés. Gé­rard Col­lomb a pro­mis à l’ave­nir « un meilleur sui­vi » des po­li­tiques d’éloi­gne­ment.

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