Rien n’ar­rê­tait Har­vey Wein­stein

Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR - PAR RE­NAUD BARONIAN

Gran­deur et décadence. Avant de des­cendre en chute libre de­puis quelques jours, Har­vey Wein­stein a été au som­met du ci­né­ma. Grand pro­duc­teur à gros ci­gare, or­ga­ni­sa­teur de fêtes somp­tueuses pour mon­trer sa toute-puis­sance, quitte à abu­ser de jeunes ac­trices qui rêvent de paillettes.

Pour­tant, Har­vey Wein­stein a dé­bu­té tout pe­tit. Né en 1952 au sein d’une fa­mille juive dans le Queens, il se pas­sionne, dès les an­nées 1970, pour le ci­né­ma, tout comme son frère ca­det, Bob. Tous deux se lancent dans la dis­tri­bu­tion de films, puis créent Mi­ra­max, des pré­noms de leurs pa­rents, Mi­ra et Max, en 1979 : leurs pre­miers suc­cès vien­dront dix ans plus tard, avec « Sexe, Men­songe et Vi­déo » de Ste­ven So­der­bergh, Palme d’or à Cannes, puis de Quen­tin Ta­ran­ti­no, sa­cré sur la Croi­sette en 1994 avec « Pulp Fiction ».

BON PÈRE DE FA­MILLE ET PAR­RAIN DE HOLLYWOOD

Sui­vront d’autres films pres­ti­gieux et ré­com­pen­sés aux Os­cars : « le Pa­tient an­glais » (1996), « Will Hun­ting » (1997), « Fah­ren­heit 9/11 » en 2004, là en­core Palme d’or.

A par­tir de là, l’in­fluence de Har­vey Wein­stein va gran­dis­sante. Il fait et dé­fait les car­rières à Hollywood. Puis­sant, dé­jà, au point de par­ve­nir à faire em­pê­cher la pu­bli­ca­tion d’une en­quête du « New York Times », se­lon l’an­cienne journaliste du quo­ti­dien qui avait ten­té de ré­vé­ler ses agres­sions sexuelles en 2004. Pen­dant ce temps, le pro­duc­teur s’af­fiche comme un bon époux et un bon père de fa­mille avec cinq en­fants de deux femmes dif­fé­rentes.

Il est aus­si connu pour ses co­lères lé­gen­daires et ses pra­tiques sans pi­tié dans le bu­si­ness du ci­né­ma, ca­pable de re­mon­ter un film dans le dos du réalisateur. Mais le suc­cès lui donne rai­son. Au sein de leur nou­velle so­cié­té, The Wein­stein Com­pa­ny, les frères triomphent avec : « John Ram­bo », « In­glo­rious Bas­terds », « le Dis­cours d’un roi »… Rien n’ar­rête Wein­stein qui as­soit son in­fluence en fi­nan­çant le Parti dé­mo­crate, de­ve­nant in­con­tour­nable dans le ci­né­ma comme en po­li­tique.

« Tous les élé­ments du na­bab hol­ly­woo­dien des an­nées 1950 sont pré­sents, note l’his­to­rien du ci­né­ma Pa­trick Brion, qui a pu­blié en 2013 un livre in­ti­tu­lé

les Se­crets d’Hollywood. Le ta­lent pour dé­ni­cher des hommes qui vont faire de grands films, la puis­sance, les dé­rives, et les ja­lou­sies. Wein­stein est un ex­cellent pro­duc­teur, comme d’autres à l’âge d’or de Hollywood, qui eux aus­si étaient connus pour avoir des com­por­te­ments dé­pla­cés. Mais je ne sa­vais pas qu’il pou­vait être un pré­da­teur à ce point. »

Los An­geles (Etats-Unis), en mars 1999. Har­vey Wein­stein et l’équipe de « Sha­kes­peare in Love » et no­tam­ment l’ac­trice Gwy­neth Pal­trow, qui a té­moi­gné contre le pro­duc­teur.

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