« Il m’a pro­po­sé d’être sa maî­tresse quelques jours par an »

Flo­rence Darel, 49 ans, co­mé­dienne

Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR PIERRE VAVASSEUR

Ré­vé­lée par Eric Roh­mer dans « Conte de prin­temps » en 1989, Flo­rence Darel, qui a en­suite tour­né avec Claude Ber­ri ou Jacques Ri­vette mais aus­si dans de nom­breuses sé­ries, a su­bi les avances du pro­duc­teur amé­ri­cain alors qu’elle avait 26 ans. Quand avez-vous ren­con­tré Har­vey Wein­stein ?

FLO­RENCE DAREL. En 1994. J’avais fait un pe­tit film en France, « Faus­to », qui avait été ache­té par Mi­ra­max, sa so­cié­té. Il y avait eu une avant-pre­mière à New York. Il n’avait pas ces­sé de m’ap­pe­ler pour que je le re­joigne après la fête. Comme je me dou­tais de ses in­ten­tions, j’ai pré­tex­té que j’étais en couple avec l’ac­teur prin­ci­pal du film. Pour qu’il me lâche. La se­conde fois, à Pa­ris, ce de­vait être au dé­but de 1995, il avait fait ap­pe­ler chez mes pa­rents pour si­gna­ler qu’il vou­lait me voir. Comme j’avais re­fu­sé, il était pas­sé par mon agent qui m’avait dit : « Tu ne peux pas faire l’éco­no­mie d’y al­ler. » Le ren­dez-vous avait lieu dans une suite au Ritz. Il gueu­lait parce qu’il n’y avait pas de ja­cuz­zi dans la chambre. Sa femme était à cô­té. Il m’a par­lé d’un film qu’il vou­lait faire sur la guerre 39-45 puis il s’est mis à me dire qu’il me trou­vait très at­ti­rante et qu’il vou­lait avoir des re­la­tions avec moi. Je lui ai dit que j’étais très amou­reuse de mon com­pa­gnon. Il m’a ré­pon­du que ça ne le gê­nait pas du tout et m’a pro­po­sé d’être sa maî­tresse quelques jours par an. Comme ça, on pour­rait tra­vailler en­semble. En gros, si tu veux conti­nuer en Amé­rique, passe par moi. Qu’avez-vous fait ? Je lui ai dit : « Je suis dé­so­lée, il faut que je parte », et je me suis sau­vée. Sa car­rière est fi­chue ? Ah oui ! Vous croyez que ça va chan­ger quelque chose ? Mal­heu­reu­se­ment, je ne pense pas. Tout le monde, ne se­rait-ce que les or­ga­ni­sa­teurs de fes­ti­vals, est aux pre­mières loges pour sa­voir ce qui se passe dans les hô­tels. Pour­quoi est-ce que les agents en­voient des ac­trices à des pré­da­teurs ? Pour­quoi es­ton cen­sées al­ler ren­con­trer des pro­duc­teurs dans des chambres d’hô­tel ? Il n’y a pas de gar­de­fous parce qu’il y a cette es­pèce de non-dit qui sous-en­tend : « Si tu veux faire ce mé­tier, tu dois coucher de temps en temps. »

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