Pour le chêne, ça sent le sa­pin

Se­lon un rap­port pu­blié au­jourd’hui, les feuillus de nos fo­rêts, dé­trô­nés par les ré­si­neux, sont mal ex­ploi­tés. Ce pou­mon vert est en dan­ger.

Le Parisien (Paris) - - SOCIETE - ÉMI­LIE TORGEMEN

est un nau­frage… pour les fo­rêts aus­si. Nos mas­sifs prennent de l’âge et ne rem­plissent plus leur rôle de pou­mon de la pla­nète. Seuls les bois jeunes en ef­fet sont ca­pables d’ab­sor­ber le CO2 de notre air pol­lué pour li­bé­rer de l’oxy­gène. Pa­ra­doxa­le­ment, pour avoir une fo­rêt éco­lo, il faut donc cou­per des arbres dé­cré­pits… et en­suite mieux les re­plan­ter.

« Or en­vi­ron la moi­tié de la pro­duc­tion de la fo­rêt n’est pas ex­ploi­tée ! Au­tre­ment dit, on pour­rait scier deux fois plus de bois », s’énerve Jean-Ma­rie Bal­lu, in­gé­nieur gé­né­ral ho­no­raire des Ponts, des Eaux et des Fo­rêts, et l’au­teur d’une étude ren­due pu­blique au­jourd’hui. Le pro­blème tient à une équa­tion simple : deux tiers de nos bosquets sont com­po­sés d’arbres feuillus (chêne, hêtre, orme), mais ces es­sences ne comptent que pour un quart des coupes. te en France, on les im­porte des grandes ex­ploi­ta­tions syl­vi­coles de Suède ou d’Al­le­magne. Avec le bi­lan car­bone qu’on ima­gine », pré­cise, amer, JeanMa­rie Bal­lu. Feuillus et ré­si­neux n’ont pas les mêmes usages « et pas les mêmes prix, fait re­mar­quer Ber­trand Blaszcyk, courtier en bois. Comp­tez 2 600 €/m3 pour du chêne quand le sa­pin se né­go­cie plu­tôt au­tour de 570 € ». Mais cet écart de prix n’est pas une fa­ta­li­té, « on peut struc­tu­rer la fi­lière de ma­nière à pro­po­ser des ta­rifs com­pé­ti­tifs », as­sure Jean-Ma­rie Bal­lu qui mi­lite pour qu’on ex­ploite en­fin cet or vert.

Autre avan­tage dans le camp des ré­si­neux, les épi­céas ger­ma­niques sont ré­pu­tés plus ro­bustes. Du coup, les constructeurs se tournent plus fa­ci­le­ment vers ces es­sences.

Par ailleurs, les ex­ploi­tants fran­çais font peu cer­ti­fier la so­li­di­té de leurs troncs pour des rai­sons de coût. Or cette étape est in­dis­pen­sable pour ob­te­nir de ser­vir de ma­tière pre­mière dans la cons­truc­tion. Mieux or­ga­ni­sés, les Al­le­mands et les Sué­dois n’hé­sitent pas à in­ves­tir dans ces tests pour leurs ré­si­neux.

Les der­nières re­cherches montrent pour­tant que les chênes, comme leurs cou­sins feuillus qui poussent dans nos fo­rêts, font d’ex­cel­lents matériaux de cons­truc­tion, y com­pris pour éle­ver d’im­menses grat­te­ciel. Le ca­bi­net d’ar­chi­tectes Ri­chez planche sur un concept de tour à par­tir de pan­neaux mas­sifs d’hêtre pou­vant grim­per jus­qu’à 35 étages. Et dans la scie­rie de Cré­cy-la-Cha­pelle (Seine-etMarne), on traite 90 % de chênes. Ces arbres pluricentenaires sont cou­pés dans la fo­rêt do­ma­niale voi­sine. « C’est sur­tout une ques­tion de ra­pi­di­té, je livre en deux jours en­vi­ron mes clients pa­ri­siens », ex­plique Ar­mand de Lau­brière, le pa­tron. Sa clien­tèle est lar­ge­ment consti­tuée de char­pen­tiers des Mo­nu­ments de France qui of­fi­cient sur des chan­tiers d’exception. His­to­ri­que­ment, toutes les char­pentes en France étaient faites à par­tir de bois lo­caux

Le grand pu­blic peut aus­si ai­der à ré­gé­né­rer nos fo­rêts en fa­vo­ri­sant le chêne, le châ­tai­gnier ou le frêne pour sa dé­co. « Lo­cal, moins cher et aus­si jo­li, le châ­tai­gnier rem­place avan­ta­geu­se­ment le teck et les es­sences tro­pi­cales pour les ter­rasses », sug­gère ain­si Ber­trand Blaszcyk. Des eu­ro­dé­pu­tés ont ré­cla­mé hier une com­mis­sion d’en­quête sur les Mon­san­to Pa­pers, des do­cu­ments met­tant au jour les re­la­tions de la firme amé­ri­caine Mon­san­to avec les scien­ti­fiques. Les échanges or­ga­ni­sés après une au­di­tion sur l’éva­lua­tion du gly­pho­sate, un her­bi­cide contro­ver­sé, ont sus­ci­té « un nombre im­por­tant de ques­tions », af­firment les dé­pu­tés so­cia­listes Eric An­drieu (France) et Marc Ta­ra­bel­la (Bel­gique). In­vi­té, Mon­san­to a re­fu­sé de s’ex­pri­mer.

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