As­sad a tou­jours… la Lé­gion d’hon­neur

Mal­gré les crimes dont il est ac­cu­sé, le dic­ta­teur ne s’est pas vu re­ti­rer sa dé­co­ra­tion.

Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR -

mi­li­taires dé­clen­chées en Sy­rie par les al­liés oc­ci­den­taux, il y a un autre moyen — plus sym­bo­lique — de pu­nir Ba­char al-As­sad : lui re­ti­rer sa Lé­gion d’hon­neur. Le pré­sident sy­rien est plus pré­ci­sé­ment grand-croix, soit la plus haute dis­tinc­tion pos­sible de cet ordre créé par Na­po­léon.

Cette dé­co­ra­tion lui avait été re­mise — dis­crè­te­ment — en 2001 des mains de Jacques Chi­rac, alors pré­sident de la Ré­pu­blique, qui pen­sait que le fils se­rait plus ou­vert aux idées dé­mo­cra­tiques que son père Ha­fez. « La Lé­gion d’hon­neur est aus­si un ins­tru­ment di­plo­ma­tique. C’est un usage de dé­co­rer des per­son­na­li­tés étran­gères pour pou­voir plus fa­ci­le­ment dis­cu­ter en­suite », ex­plique Ber­trand Ga­li­mard Fla­vi­gny, au­teur d’une « His­toire des dé­co­ra­tions » (Ed.Per­rin).

Sauf qu’As­sad, bour­reau de son peuple de­puis sept ans (la guerre ci­vile, où sa res­pon­sa­bi­li­té est im­mense, a dé­jà fait 350 000 morts de­puis mars 2011) est ac­cu­sé d’avoir de nou­veau uti­li­sé des armes chi­miques pour bom­bar­der la zone re­belle de la Ghou­ta. Lar­ge­ment as­sez pour ne plus mé­ri­ter la dis­tinc­tion fran­çaise. D’au­tant qu’un dé­cret de 2010 per­met de dé­choir plus fa­ci­le­ment un étran­ger qui a « com­mis des actes contraires à l’hon­neur ».

As­sad ne se­rait d’ailleurs pas le pre­mier. Le cy­cliste Lance Arm­strong, convain­cu de do­page mais qui, lui, n’a tué per- sonne, l’a per­due tout comme le sty­liste bri­tan­nique John Galliano en 2011 après qu’il a te­nu des pro­pos an­ti­sé­mites. Con­cer­nant les Fran­çais, la Lé­gion d’hon­neur est au­to­ma­ti­que­ment re­ti­rée à qui­conque est condam­né à au moins un an de pri­son ferme. Mau­rice Pa­pon a ain­si été dé­chu après sa condam­na­tion à dix ans de pri­son pour com­pli­ci­té de crimes contre l’hu­ma­ni­té.

Une pé­ti­tion ci­toyenne pour « re­ti­rer la Lé­gion d’hon­neur à As­sad », lan­cée sur In­ter­net en no­vembre der­nier, a re­cueilli (seule­ment) 2 130 si­gna­tures. Mais la dé­ci­sion de lan­cer une pro­cé­dure de des­ti­tu­tion re­vient au grand maître de la Lé­gion d’hon­neur, c’est-à-dire à Em­ma­nuel Ma­cron. Après avis consul­ta­tif du mi­nistre des Af­faires étran­gères et du conseil de l’ordre de la Lé­gion d’hon­neur, le chef de l’Etat dé­cide seul. En no­vembre, Ma­cron avait d’ailleurs lan­cé les dé­marches pour dé­choir le pro­duc­teur amé­ri­cain Har­vey Wein­stein, quelques se­maines après des ac­cu­sa­tions aux Etats-Unis d’agres­sions sexuelles et de viols. Pour quel ré­sul­tat ? La pro­cé­dure de des­ti­tu­tion étant confi­den­tielle, on ne sait pas si elle a dé­jà abou­ti ou non.

« As­sad a com­mis des crimes in­croyables. Il y a une co­hé­rence mo­rale à avoir. Les sym­boles comptent aus­si dans les rap­ports de force », s’agace Jean-Pierre Fi­liu, his­to­rien spé­cia­liste du Moyen-Orient, qui a pu­blié plu­sieurs tri­bunes pour ré­cla­mer qu’on lui re­tire sa dé­co­ra­tion. Il y a moins de six mois, le porte-pa­role du gou­ver­ne­ment, Chris­tophe Cas­ta­ner, af­fir­mait trou­ver la « ques­tion lé­gi­time ». De­puis, le Quai d’Or­say ren­voie la balle à l’Ely­sée qui, ven­dre­di, n’était pas en me­sure d’ap­por­ter des pré­ci­sions sur une éven­tuelle pro­cé­dure.

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