En Sy­rie, un raid mais « pas la guerre »

Em­ma­nuel Ma­cron a jus­ti­fié les frappes me­nées en Sy­rie en se fé­li­ci­tant de leur suc­cès, no­tam­ment dans le rap­port de forces avec la Rus­sie. Dé­sor­mais, place à la diplomatie…

Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR - PAR AVA DJAMSHIDI

LE PRÉ­SIDENT ÉVASIF SUR LES PREUVES D’AT­TAQUES CHI­MIQUES PAR AS­SAD

UNE FRAPPE MI­LI­TAIRE… au­tant que di­plo­ma­tique ! Pour sa pre­mière prise de pa­role de­puis la mis­sion aé­rienne qu’il a or­don­née en Sy­rie (avec les Amé­ri­cains et les An­glais), Em­ma­nuel Ma­cron est lon­gue­ment re­ve­nu sur le sens de ce raid « de re­pré­sailles » contre Ba­char alAs­sad. Un raid me­né dans la nuit de ven­dre­di à sa­me­di, qui ci­blait trois sites im­pli­qués dans la mise en oeuvre d’armes chi­miques.

Le pré­sident a tou­te­fois bien pris soin d’ex­pli­quer que pour au­tant la France et ses al­liés « n’ont pas dé­cla­ré la guerre » au raïs de Da­mas. Mais, à l’en­tendre, il n’avait d’autre choix que d’agir après avoir pu­bli­que­ment an­non­cé que le re­cours à des sub­stances toxiques consti­tuait une ligne rouge pour la France.

« De là où je suis, on ne peut pas se conten­ter de don­ner des le­çons de mo­rale », a-t-il cin­glé contre l’un des in­ter­vie­weurs. Peut-être aus­si une pique des­ti­née à son pré­dé­ces­seur Fran­çois Hol­lande au­tant que la vo­lon­té de ré­ha­bi­li­ter la pa­role de la rance sur la scène di­plo­ma­tique.

Il l’avait dit jeu­di sur TF 1, il l’a ré­pé­té hier soir : « Je fais ce que dit. Je suis d’une cons­tance ex­trême. » Et d’in­vo­quer la voix par­ti­cu­lière de la France, ca­pable de par­ler à toutes les par­ties de ce conflit… au­tant que de sor­tir l’ar­tille­rie lourde comme sa­me­di.

D’un point de vue tech­nique, le chef de l’Etat a ain­si van­té la qua­li­té de ses ar­mées. « L’opé­ra­tion a été par­fai­te­ment conduite comme très peu d’ar­mées au monde peuvent le faire », s’est-il fé­li­ci­té, avant d’en­cen­ser la « qua­li­té de nos équi­pe­ments ». Sur les trois sites ci­blés par Wa­shing­ton, Londres et Pa­ris, un (près de Homs) a été dé­truit par les seuls mis­siles fran­çais, a-t-il dé­voi­lé.

Autre mo­tif de ré­jouis­sance pour le chef de l’Etat : les mis­siles tri­co­lores n’au­raient pas se­mé la mort. « Au dire des au­to­ri­tés russes et sy­riennes, il n’y a eu au­cune vic­time. C’est exac­te­ment ce que nous vou­lions », at-il in­sis­té. Voi­là pour­quoi les Oc­ci­den­taux avaient dé­ci­dé de frap­per en pleine nuit.

Place en­suite aux in­ter­ro­ga­tions le­vées par ce raid noc­turne. No­tam­ment les preuves d’uti­li­sa­tion d’armes chi­miques par le ré­gime sy­rien. Em­ma­nuel Ma­cron n’a ex­pri­mé au­cun doute… tout en res­tant évasif. Dans quel cadre ju­ri­dique s’est-elle ins­crite ? Le pré­sident a évo­qué son ca­rac­tère lé­gi­time et mul­ti­la­té­ral, in­vo­quant les trois membres du Conseil de sé­cu­ri­té de l’ONU qui l’ont me­née.

Une frappe « di­plo­ma­tique », à bien l’en­tendre. « Nous avons ré­ac­quis de la cré­di­bi­li­té à l’égard des Russes », a ex­pli­qué le pré­sident, qui doit ren­con­trer Vla­di­mir Pou­tine fin mai à SaintPé­ters­bourg. « La prio­ri­té est de construire la paix », a-t-il in­sis­té, alors que la France se­ra à l’ini­tia­tive au­jourd’hui d’un nou­veau pro­jet de ré­so­lu­tion au Conseil de sé­cu­ri­té de l’ONU. Sa prio­ri­té est de pré­pa­rer une « so­lu­tion po­li­tique », en convain­quant Russes et Turcs de re­ve­nir à la table des né­go­cia­tions de ce conflit mon­dia­li­sé. La mis­sion s’an­nonce ar­due.

Bar­zeh (Sy­rie), sa­me­di. Un mi­li­taire sy­rien ins­pecte les ruines d’un site ci­blé par les frappes aé­riennes me­nées par la France, les Etats-Unis et le Royaume-Uni dans la nuit de ven­dre­di à sa­me­di.

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