Quand le bal­lon se joue des dif­fé­rences

Nas­ser Ha­mi­ci est ani­ma­teur spor­tif au club des En­fants de la Goutte-d’Or. Mais pas seule­ment. Faire jouer toutes re­li­gions et ori­gines so­ciales sur un même ter­rain est pour lui plus qu’un de­voir.

Le Parisien (Paris) - - SPORTS - ÉRIC MI­CHEL

les yeux, on de­vine la cou­pole du Sa­cré-Coeur. Le stade de foot est coin­cé entre des barres d’im­meubles et le bou­le­vard pé­ri­phé­rique. Bien­ve­nue à la Goutte-d’Or (XVIIIe), un des quar­tiers les plus po­pu­laires de Pa­ris où vivent plus de 28 000 ha­bi­tants. 30 % d’entre eux sont de na­tio­na­li­té étran­gère. Le double de la moyenne (17 %) dans la ca­pi­tale. Le quar­tier, no­tam­ment au­tour de Bar­bès, n’est pas à l’abri des tra­fics illé­gaux. Et dans ses rues par­fois étroites, toutes les confes­sions re­li­gieuses co­ha­bitent.

Nas­ser Ha­mi­ci tra­vaille ici de­puis trente ans. Quand il est ar­ri- vé, il ne par­lait pas un mot de fran­çais. « J’avais 9 ans, je ve­nais d’Al­gé­rie et je ne connais­sais per­sonne. Quel­qu’un m’a pris par la main et m’a em­me­né jouer au foot dans son club. C’était un édu­ca­teur des En­fants de la Gout­ted’Or. C’est là que j’ai ap­pris le fran­çais, que je me suis fait mes meilleurs co­pains. A l’école, on se mo­quait de mon accent. Pas au foot. Au­jourd’hui, je suis de­ve­nu l’édu­ca­teur qui vient en aide à l’en­fant dé­mu­ni que j’étais alors », confie-t-il.

Ha­mi­ci est un ani­ma­teur spor­tif comme il en existe des mil­liers dans les clubs hexa­go­naux. Sauf qu’ici plus qu’ailleurs, le foot a une di­men­sion so­ciale spé­ciale et l’en­traî­neur un rôle par­ti­cu­lier qui ne se li­mite pas à la seule com­po­si­tion d’équipe. Le bal­lon rond ouvre des portes que l’école ni même la cel­lule fa­mi­liale ne peuvent sou­vent même pas at­teindre. « On ne parle pas de faire de nos ga­mins des stars du foot. Un môme trop gros ou qui a les pieds car­rés, je lui dis au contraire de ve­nir chez nous parce qu’il ne joue­ra nulle part ailleurs. Cet en­fant, on l’ac­com­pa­gne­ra bien au­de­là du foot pour qu’il réus­sisse sa vie », confie Ha­mi­ci qui gère 300 li­cen­ciés sans dis­tinc­tion de re­li­gion, d’ori­gine so­ciale ou eth­nique. L’ac­com­pa­gner si­gni­fie l’ai­der à trou­ver un em­ploi pour qu’il ne parte pas à la dé­rive dans un quar­tier où les ten­ta­tions abondent. Nas­ser Ha­mi­ci en a plei­ne­ment conscience. « L’édu­ca­tion et l’in­té­gra­tion par le sport ne sont pas ins­crites dans le rè­gle­ment, mais dans mon ADN. Le foot est une base d’édu­ca­tion. Quand nos plus pe­tits ga­mins ar­rivent, on leur ap­prend à dire bon­jour et mer­ci. Plus tard, quand leurs ma­mans se de­mandent par­fois ce qu’elles fe­ront d’eux, on les ac­com­pagne dans leur for­ma­tion pro­fes­sion­nelle. S’ils n’ont pas d’ave­nir, ils peuvent par­tir dans des sys­tèmes pa­ral­lèles. Les ques­tions de drogue, de laï­ci­té, d’in­té­grisme se posent à 14-15 ans. Nous sommes là avec le foot pour qu’ils restent dans le droit che­min. »

Pour par­faire son ba­gage, Ha­mi­ci a pas­sé des di­plômes en sciences hu­maines et so­ciales. Les bre­vets d’Etat à la pra­tique du foot ont des li­mites dans un stade où il faut faire jouer en­semble

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