ALERTE AU GHB

La « drogue du vio­leur » est de plus en plus uti­li­sée comme un stu­pé­fiant clas­sique. Cette ba­na­li­sa­tion af­fole les or­ga­ni­sa­teurs de soi­rées et les au­to­ri­tés.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR EL­SA MA­RI AVEC AY­ME­RIC RENOU

ON LA CONNAÎT sous un jour sor­dide. Trois lettres pour dé­si­gner ce qu’on ap­pe­lait la drogue du vio­leur : GHB. Une sub­stance li­quide in­co­lore et ino­dore dont quelques gouttes peuvent plon­ger ce­lui qui en consomme dans un pro­fond co­ma. Son usage se ré­pand au­jourd’hui dans une « po­pu­la­tion mixte » et « de plus en plus jeune (17-25 ans) » en quête d’eu­pho­rie, de sen­ti­ment de bien-être, d’em­pa­thie, s’alarme l’Ob­ser­va­toire fran­çais des drogues et des toxi­co­ma­nies (OFDT).

INGÉRÉE SOUS FORME DE GBL, UN DÉCAPANT POUR JANTES AU­TO­MO­BILES

Dans la ca­pi­tale, au moins huit vic­times, dont une est dé­cé­dée, ont été re­cen­sées de­puis dé­cembre. Du ja­mais-vu ! Face à la mul­ti­pli­ca­tion des overdoses, le pré­fet de po­lice de Pa­ris a réuni hier au­to­ri­tés sa­ni­taires et re­pré­sen­tants des éta­blis­se­ments de nuit (lire ci-des­sous).

Cette drogue est ingérée sous forme de GBL, un sol­vant in­dus­triel uti­li­sé à l’ori­gine comme décapant pour jantes au­to­mo­biles. Consom­mée di­luée dans du so­da ou de l’eau, elle se trans­forme, une fois ingérée, en GHB. Et il suf­fit de quelques clics pour s’en pro­cu­rer. « Si de­puis le mi­lieu des an­nées 1990 elle est ap­pa­rue prin­ci­pa­le­ment dans la com­mu­nau­té gay, elle se ré­pand de­puis peu dans les clubs », se dé­sole Fred Bla­dou, en charge des drogues à l’as­so­cia­tion Aids. Et pas seule­ment dans la ca­pi­tale. « Lyon et Bor­deaux re­lèvent des phé­no­mènes sem­blables », note l’OFDT dans sa der­nière syn­thèse.

« Au­jourd’hui, c’est très fré­quent », confirme un or­ga­ni­sa­teur de soi­rées pa­ri­siennes. Le dan­ger est sou­vent sous-es­ti­mé. « Le GBL fait par­tie de ces sub­stances ap­pré­ciées par les adeptes du sexe sous in­fluence. En faible quan­ti­té, il dés­in­hibe et dé­cuple les per­for­mances. En plus forte quan­ti­té, c’est un puis­sant hal­lu­ci­no­gène et sé­da­tif qui, en cas de sur­do­sage, peut pro­vo­quer une perte de conscience et de pro­fonds co­mas », pré­vient le doc­teur Phi­lippe Ar­vers, mé­de­cin ad­dic­to­logue et cher­cheur à l’uni­ver­si­té Gre­noble-Alpes.

Le pro­duit, sur­tout quand il est mé­lan­gé à de l’al­cool, peut s’avé­rer mor­tel. « Si l’Etat a per­du la guerre contre les drogues à cause d’In­ter­net, se dé­sole Fred Bla­dou, on n’a pas per­du celle de la pré­ven­tion, il est tou­jours temps de ré­agir. »

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