Comment le vi­rus a plom­bé Trump

Au dé­but de l’an­née, l’af­faire se pré­sen­tait bien pour le pré­sident amé­ri­cain. Mais le « vi­rus chi­nois », comme il l’a en­suite qua­li­fié, a dé­tra­qué la ma­chine.

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE - DE NOTRE COR­RES­PON­DANT MARC CHALAMET À NEW YORK (ÉTATS-UNIS)

NUL DOUTE que si le pré­sident Trump perd l’élec­tion à la Mai­son-Blanche dans un peu plus de deux se­maines, il s’en pren­dra à ce « vi­rus chi­nois » qui lui au­ra vo­lé sa ré­élec­tion. Il n’est évi­dem­ment pas res­pon­sable du vi­rus, mais, de­puis le dé­but de la crise, il s’est en­tê­té dans une stra­té­gie in­com­pré­hen­sible. Contre­dit par les évé­ne­ments, contre­dit par ses propres ex­perts mé­di­caux, contre­dit par des membres de son ca­bi­net, contre­dit par l’Or­ga­ni­sa­tion mon­diale de la san­té, il a toujours re­fu­sé d’ac­cep­ter la gra­vi­té de la pan­dé­mie. « Il a trai­té la crise du vi­rus comme un pro­blème de re­la­tions pu­bliques », l’ac­cuse main­te­nant Ben Sasse, sé­na­teur ré­pu­bli­cain du Ne­bras­ka, qui s’in­quiète d’un « bain de sang » pour la ma­jo­ri­té au Congrès.

Il y a neuf mois, une éter­ni­té en po­li­tique, l’éco­no­mie ron­ron­nait comme un chat re­pu, le chô­mage était au plus bas, la Bourse bat­tait des re­cords. A l’étran­ger, pas de pro­blèmes ma­jeurs. Même son pro­cès en des­ti­tu­tion s’an­non­çait bien puis­qu’il pou­vait comp­ter sur sa ma­jo­ri­té ré­pu­bli­caine au Sé­nat… Main­te­nant que le vent a tour­né, ses par­ti­sans font va­loir que ce « pro­cès in­jus­ti­fié » l’a em­pê­ché de se concen­trer comme il l’au­rait fal­lu sur le co­ro­na­vi­rus.

Im­pos­sible de nier le bi­lan

Sa fa­meuse pre­mière in­ter­ven­tion pu­blique sur le su­jet, le 22 jan­vier, lui a été sou­vent re­pro­chée : « C’est une per­sonne qui ar­rive de Chine. On contrôle la si­tua­tion. Ça va al­ler. » Et cette éva­lua­tion op­ti­miste de la si­tua­tion, ce re­fus obs­ti­né d’en ac­cep­ter la gra­vi­té, consti­tue­ront pen­dant de longs mois le fon­de­ment de sa stra­té­gie. « Je sa­vais que c’était grave, mais je ne vou­lais pas af­fo­ler le pu­blic », se jus­ti­fie­rat-il bien plus tard au­près du cé­lèbre jour­na­liste Bob Wood­ward. Mal lui en a pris…

Pour­tant, fin jan­vier, son conseiller à la po­li­tique in­té­rieure, Joe Gro­gan, pré­ve­nait dé­jà : « Une épi­dé­mie pour­rait coû­ter sa ré­élec­tion au pré­sident. » Trump ne l’écoute pas. Le vi­rus fait chu­ter Wall Street puis grippe l’éco­no­mie en­tière. Le PIB en­re­gistre une chute ver­ti­gi­neuse (- 35 % au deuxième tri­mestre !), le mar­ché du tra­vail est si­nis­tré. « En deux mois, l’éco­no­mie passe du ni­veau de chô­mage le plus bas au plus haut ni­veau de­puis quatre-vingt-dix ans », ré­sume Je­rome Po­well, le pré­sident de la Ré­serve fé­dé­rale. Trump, lui, mul­ti­plie les dé­cla­ra­tions op­ti­mistes et ras­su­rantes, mais rien ne marche. Le bi­lan sa­ni­taire de­vient ca­tas­tro­phique. Le pays est dé­sor­mais, de loin, le plus en­deuillé de la pla­nète avec près de 220 000 vic­times à ce jour. Les élec­teurs se­niors, les plus me­na­cés par la pan­dé­mie, cri­tiquent sa stra­té­gie et sont nom­breux à l’aban­don­ner (lire ci-des­sous) .

Face au vi­rus, le pré­sident al­terne dé­sin­vol­ture et ma­chisme. Là en­core, l’échec est pa­tent. Comme un sym­bole, il est in­fec­té dé­but oc­tobre, son épouse et leur fils Bar­ron éga­le­ment. Certes il est sor­ti ra­pi­de­ment de l’hô­pi­tal pour re­prendre sa cam­pagne sur un rythme ef­fré­né. Hier, le mil­liar­daire a fait un tour dans le Mi­chi­gan puis le Wis­con­sin, deux Etats dé­mo­crates qu’il avait rem­por­tés en 2016, et en­fin Las Ve­gas (Ne­va­da) dans la soi­rée ! Tout faire pour rat­tra­per son lourd re­tard dans les son­dages sur Joe Bi­den.

Mais à ce stade, il est im­pos­sible de nier le bi­lan, alors il ré­pète qu’il a évi­té le pire, qu’avec un autre pré­sident on dé­plo­re­rait au moins 1 mil­lion de morts, et qu’il n’y a que lui qui peut re­lan­cer l’éco­no­mie. Pa­roles, pa­roles, pa­roles ? Le 3 no­vembre, les Amé­ri­cains ren­dront leur ver­dict.

Des Moines, Io­wa, mer­cre­di. Sor­ti de l’hô­pi­tal, Do­nald Trump a re­pris sa cam­pagne sur un rythme ef­fré­né. Mais le bi­lan de sa ges­tion de crise, avec 220 000 vic­times du co­ro­na­vi­rus, se­ra dif­fi­cile à ef­fa­cer.

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