« Nous l’avons tra­duit en sept jours »

Le Parisien (Seine et Marne) - - LOISIRS ET SPECTACLES - Pro­pos re­cueillis par RENAUD BARONIAN

ELLE A TRA­DUIT les tomes I et III de « Cin­quante Nuances de Grey », et c’est elle qui a en par­tie tra­duit et su­per­vi­sé la tra­duc­tion de « Grey ». De­nyse Beau­lieu re­vient sur la ra­pi­di­té de l’adap­ta­tion fran­çaise. Com­ment s’est dé­rou­lée la tra­duc­tion de « Grey », sa­chant que la sor­tie a été avan­cée de deux mois ? DE­NYSE BEAU­LIEU. J’avais dé­jà tra­vaillé de fa­çon in­ten­sive, mais à ce rythme, ja­mais. Nous étions trois, et nous avons tra­duit les 560 pages en… sept jours ! Nous avons re­çu le texte le 17 juin au ma­tin. Cha­cun s’est mis à sa par­tie, au rythme de douze heures par jour. Nous nous étions fixé des conven­tions entre nous sur la tra­duc­tion de cer­tains termes an­glais, et en­suite nous avons beau­coup com­mu­ni­qué par mails. Cer­tains termes sexuels vous ont-ils po­sé des dif­fi­cul­tés ? Nous avons dis­cu­té entre nous de cer­tains d’entre eux. Par exemple, E.L. James em­ploie le mot « vulve », et j’ai tout de suite ex­pri­mé que ça n’était pas pos­sible, car trop tech­nique. Nous l’avons à l’una­ni­mi­té rem­pla­cé par « sexe ». Pour « cock », on a uti­li­sé « queue ». Ce qua­trième vo­let vous a amu­sé ? Avec les deux autres tra­duc­teurs, nous étions im­pa­tients de dé­cou­vrir com­ment l’his­toire du tome I était ra­con­tée par la voix de Ch­ris­tian Grey. Pour le reste, je laisse à vos lec­teurs le plai­sir de dé­cou­vrir ce que ça donne. Mais c’est le livre de plage idéal, et je le conseille éga­le­ment aux mes­sieurs, his­toire de les ins­pi­rer un peu… Ceux qui ont lu le pre­mier tome en an­glais et en fran­çais es­timent que vous avez « amé­lio­ré » le texte ori­gi­nal. Com­ment avez-vous tra­vaillé ? C’était un best-sel­ler in­ter­na­tio­nal, je n’al­lais pas m’amu­ser à jouer avec ! Mais, en même temps, les ha­bi­tudes lit­té­raires fran­çaises to­lèrent beau­coup moins la ré­pé­ti­tion du même mot à deux lignes près. Par exemple, on ré­pète moins, en fran­çais, l’équi­valent de termes comme « shit » et « fuck ». Par ailleurs, comme le per­son­nage de Ch­ris­tian Grey s’ex­ta­siait sur son in­so­lence, j’ai don­né, sans tra­hir le texte ori­gi­nal, plus d’ironie à Anas­ta­sia, qui est sup­po­sée être certes in­no­cente, mais étu­diante en lettres : il fal­lait qu’elle ait plus de ré­par­tie… Et puis, les Fran­çais ont une vi­sion plus raf­fi­née de l’éro­tisme, et c’est là que le tra­vail d’adap­ta­tion du tra­duc­teur in­ter­vient au ni­veau du lan­gage. Vous êtes spé­cia­li­sée dans la tra­duc­tion de ro­mances ? J’ai tra­duit beau­coup de ce qu’on nom­mait avant la « chick lit », cette lit­té­ra­ture lé­gère à des­ti­na­tion du pu­blic fé­mi­nin. Mais j’ai plu­sieurs cas­quettes. Juste après le pre­mier tome de « Cin­quante Nuances », j’ai tra­duit un es­sai de po­li­to­lo­gie post­marxiste. Com­ment ex­pli­quez-vous l’im­mense suc­cès de la trilogie ? C’est son cô­té conte de fées sexy. Certes, beau­coup de ro­mances éro­tiques re­prennent ce ca­ne­vas, mais la di­men­sion sa­do­ma­so a, je pense, beau­coup joué. D’au­tant qu’elle de­meure re­la­ti­ve­ment soft : l’interdit qui y est évo­qué re­lève da­van­tage du fris­son. Les lec­trices ont sans doute ado­ré ce cô­té « je n’ai rien à faire pour prendre mon pied », avec ce type qui dé­barque de son hé­li­co­ptère, touche un bout de sein d’Anas­ta­sia et lui pro­cure un or­gasme : mais quel fan­tasme ! On nous dit que l’on doit jouir sans en­traves, mais tout le monde sait qu’en réa­li­té la sexua­li­té re­lève de quelque chose de plus com­plexe. Pour vous, ce triomphe lit­té­raire a-t-il des re­tom­bées fi­nan­cières ? Oui : le tra­duc­teur touche, en droits d’au­teur, un pour­cen­tage qui n’est évi­dem­ment pas équi­valent à ce­lui de l’au­teur, mais mon ban­quier me re­garde de­puis d’un oeil très tendre… Bob­bi Kris­ti­na Brown, fille unique de la lé­gende de la pop Whit­ney Hous­ton et du chan­teur Bob­by Brown, est dé­cé­dée di­manche à l’âge de 22 ans. Elle est morte dans un centre de soins de Du­luth (Géor­gie). Elle avait été trou­vée in­cons­ciente dans sa bai­gnoire le 31 jan­vier à son do­mi­cile d’At­lan­ta. Ra­ni­mée par des équipes d’ur­gence, elle avait per­du une par­tie im­por­tante de ses fonc­tions cé­ré­brales et était res­tée dans le coma ces six der­niers mois. L’ac­ci­dent — lié ap­pa­rem­ment à une over­dose se­lon une source ci­tée par « En­ter­tain­ment To­night », émis­sion de té­lé­vi­sion amé­ri­caine spé­cia­li­sée dans les nou­velles people — rap­pelle étran­ge­ment ce­lui de sa mère, trou­vée morte dans une bai­gnoire dans un hô­tel de Los An­geles le 11 fé­vrier 2012.

« Les Fran­çais ont une vi­sion plus raf­fi­née

de l’éro­tisme »

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