Grâce à Cé­dric, Ma­ria connaît le mot « ex­tra­or­di­naire »

Un dis­po­si­tif ori­gi­nal, qui per­met aux plus di­plô­més d’ai­der les plus faibles au sein d’une même en­tre­prise, a été pré­sen­té hier.

Le Parisien (Seine et Marne) - - SOCIÉTÉ - PAR

LUI EST INFORMATICIEN chez L’Oréal, elle fait le mé­nage dans les lo­caux du géant des cos­mé­tiques à Cli­chy (Hauts-de-Seine). Quand il com­mence sa jour­née de la­beur, elle est sur le point de la fi­nir. Sans l’as­so­cia­tion Stop Illettrisme*, Cé­dric, 43 ans, n’au­rait ja­mais dis­cu­té avec Ma­ria, 53 ans. Il l’aide gra­cieu­se­ment à mieux écrire et à com­prendre ce qu’elle lit. « Je suis dans la bien­veillance, l’en­thou­siasme, la gé­né­ro­si­té », dé­crit-il. « Ce­la a chan­gé ma vie », ap­plau­dit-elle.

Lan­cé en 2013, ce dis­po­si­tif, pré­sen­té hier lors des Jour­nées na­tio­nales d’ac­tion contre l’illettrisme per­met, chaque an­née, à 150 bé­né­fi­ciaires d’en­tre­prises par­te­naires (la Poste, Orange, Manpower, Cré­dit agri­cole…) de se ré­con­ci­lier avec la langue de Mo­lière.

Ces sa­la­riés illet­trés qui suivent, pa­ral­lè­le­ment, une for­ma­tion pro­fes­sion­nelle sont ain­si ac­com­pa­gnés par trois tu­teurs bé­né­voles. Ces bonnes âmes donnent ain­si un peu de leur temps à rai­son d’une à deux heures par se­maine. « Ils ne jouent pas le rôle du prof mais de l’ange gar­dien », ré­sume Sa­mi­ra Djoua­di, pré­si­dente de Stop Illettrisme. « Les plus di­plô­més, les plus forts tendent la main aux plus faibles. Les deux par­ties sont en po­si­tion d’éga­li­té. Ils ap­prennent à se connaître alors qu’ils ne se di­saient même pas bon­jour », pour­suit Jean-Claude Le­grand, di­rec­teur du dé­ve­lop­pe­ment in­ter­na­tio­nal des res­sources hu­maines chez L’Oréal.

Au me­nu, des dic­tées, des ate­liers cui­sine avec lec­ture de re­cettes, la ré­dac­tion de CV et de lettres de mo­ti­va­tion, un coup de main pour rem­plir un for­mu­laire de la Sé­cu­ri­té so­ciale, des cours de gram­maire, des le­çons de conju­gai­son, des re­cherches sur In­ter­net, l’ou­ver­ture d’un compte Fa­ce­book…

« JE LISAIS MAIS JE NE COM­PRE­NAIS PAS TOUT. CE­LA ME MET­TAIT MAL À L’AISE. » MA­RIA, 53 ANS

Ces coups de pouce sont am­bi­tieux : ils doivent en­cou­ra­ger les « élèves » à pas­ser (et à réus­sir) des di­plômes of­fi­ciels, no­tam­ment le di­plôme ini­tial de langue fran­çaise (Dilf).

Cette dé­marche so­li­daire a mé­ta­mor­pho­sé Ma­ria, qui tra­vaille chez GSF, pres­ta­taire de mé­nage de L’Oréal. Ori­gi­naire du Cap-Vert où elle est al­lée en clas- se seule­ment jus­qu’au CM 2, cette agente de ser­vice a dé­bar­qué dans l’Hexa­gone il y a trente ans. Pen­dant très long­temps, cette em­ployée de l’aube, do­mi­ci­liée à Ar­gen­teuil (Val-d’Oise), s’est re­trous­sé les manches sans sa­voir ce que conte­nait pré­ci­sé­ment son contrat. En étant per­due à chaque fois qu’une consigne

Cli­chy (Hautsde-Seine), hier. Cé­dric, 43 ans, aide Ma­ria, 53 ans, à mieux écrire et à mieux com­prendre ce qu’elle lit, dans le cadre d’un dis­po­si­tif mis en place avec l’as­so­cia­tion Stop Illettrisme.

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