« Sup­pri­mer l’ISF est une énorme er­reur »

Ya­nis Va­rou­fa­kis, l’an­cien mi­nistre des Fi­nances grec, règle ses comptes avec les créan­ciers du pays. L’Al­le­magne est ci­blée, la France n’est pas épar­gnée.

Le Parisien (Seine et Marne) - - ÉCONOMIE - PROPOS RECUEILLIS PAR MAT­THIEU PELLOLI ET HEN­RI VERNET @Mat­thieuPel­lo­li @Hen­riVer­net

YA­NIS VA­ROU­FA­KIS, ex-mi­nistre des Fi­nances de la Grèce, pu­blie un ou­vrage dans le­quel il re­vient sur la crise grecque de 2015 et dé­voile les cou­lisses « si­nistres » de l’Union eu­ro­péenne. Votre ré­cit donne l’im­pres­sion que l’Eu­ro­groupe (NDLR : la réunion men­suelle des mi­nistres des Fi­nances de la zone eu­ro)

est une sorte de ca­bi­net se­cret…

YA­NIS VA­ROU­FA­KIS. L’Eu­ro­groupe n’existe pas dans les trai­tés eu­ro­péens. En l’ab­sence de règles, il peut donc dé­ci­der ce qu’il veut. D’au­tant qu’il n’existe au­cune trace écrite de ses réunions. Un vé­ri­table scandale !

C’est un théâtre de dupes ?

Oui, car les mi­nistres as­sis au­tour de la table ne sont pas les vrais dé­ci­deurs. Quand j’ai dû me pro­non­cer sur le bud­get de la France, per­sonne ne m’a four­ni d’in­for­ma­tion. De même, Mi­chel Sa­pin, mon ho­mo­logue fran­çais, n’avait au­cun élé­ment sur la Grèce. Nous étions dans le noir com­plet. De toute fa­çon, les dé­ci­sions avaient été préprogrammées par d’autres.

Vous avez ren­con­tré des per­son­na­li­tés « fas­ci­nantes » et d’autres « ba­nales ». A quelle ca­té­go­rie ap­par­tient Mi­chel Sa­pin ?

Il n’a rien de fas­ci­nant. Mais c’est sur­tout un hy­po­crite.

Pour­quoi ?

Lors de notre pre­mière ren­contre, j’ai pas­sé une heure et de­mie dans son bu­reau de Ber­cy. Nous étions comme des frères d’armes ! « Votre réus­site se­ra celle de la France », m’a-t-il lan­cé. Il sem­blait prêt à me prendre par le bras pour prendre la Bas­tille ! Mais, à la confé­rence de presse qui a sui­vi, j’ai eu l’im­pres­sion d’en­tendre un autre homme. Comme si Schaüble (NDLR : le sé­vère mi­nistre des Fi­nances

al­le­mand), s’ex­pri­mait par sa

bouche.

Vous le lui avez re­pro­ché ?

« Mais qui es-tu, qu’as-tu fait à mon Mi­chel ? » lui ai-je de­man­dé une fois la confé­rence ter­mi­née. « Ya­nis, tu dois com­prendre que la France n’est plus ce qu’elle était », m’a-t-il ré­pon­du. Ça ex­pli­quait tout.

Sa­pin et Hol­lande étaient sou­mis à Mer­kel ?

Ils étaient com­plè­te­ment à cô­té de la plaque. Plus tard, ce­la m’a beau­coup amu­sé quand j’ai en­ten­du Fran­çois Hol­lande pré­tendre qu’il avait sau­vé la Grèce !

Ch­ris­tine La­garde, la pa­tronne du FMI, vous a da­van­tage mar­qué ?

La­garde, c’est une main de fer dans un gant de ve­lours. A chaque dis­cus­sion, elle sem­blait heu­reuse de me don­ner rai­son… tout en m’ex­pli­quant qu’il fal­lait que je res­pecte le pro­gramme de sor­tie de crise du FMI. Je ne se­rais pas sur­pris qu’elle ait eu des am­bi­tions po­li­tiques en France à l’époque.

N’a-t-on pas plus de pou­voir à la tête du FMI qu’à l’Ely­sée ?

Non. Sauf si on s’ap­pelle Fran­çois Hol­lande, parce qu’il avait dé­ci­dé de ne pas être le pré­sident de la France. Les Fran­çais mé­ritent d’avoir comme pré­sident quel­qu’un qui res­sus­cite l’es­prit de De Gaulle, qui ait une am­bi­tion pour leur pays.

Ma­cron est-il ce­lui-là ?

Il peut l’être. Mais je n’ai au­cune confiance dans sa ca­pa­ci­té à y par­ve­nir.

Pour quelle rai­son ?

Parce qu’il n’a en­core rien fait, alors qu’il doit vite af­fron­ter An­ge­la Mer­kel et exi­ger un bud­get com­mu­nau­taire. Si l’Al­le­magne re­fuse, Ma­cron doit pra­ti­quer la po­li­tique de la chaise vide. Il y a ur­gence à oeu­vrer pour plus d’in­té­gra­tion eu­ro­péenne, car nous vi­vons dans une ver­sion post­mo­derne des an­nées 1930.

Ma­cron a-t-il rai­son de sup­pri­mer l’ISF ?

C’est une énorme er­reur. Cette ré­forme ne pous­se­ra pas les riches à in­ves­tir dans les en­tre­prises. Ils vont juste ache­ter plus d’ap­par­te­ments à Pa­ris et faire grim­per l’im­mo­bi­lier.

Com­ment va la Grèce au­jourd’hui ?

Chaque jour est pire que le pré­cé­dent. Les tra­vailleurs souffrent et les di­plô­més s’exilent, aux Etats-Unis, au Ca­na­da, et même, croyez-le ou pas, au Ban­gla­desh !

DE TOUTE FA­ÇON, LES DÉ­CI­SIONS AVAIENT ÉTÉ PRÉPROGRAMMÉES PAR D’AUTRES

* « Conver­sa­tions entre adultes », Ed. LLL, 525 p, 26 €.

Pa­ris, hier. Ya­nis Va­rou­fa­kis, ex-mi­nistre des Fi­nances grec, pu­blie un livre sur la crise de 2015.

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