La pas­sion au bout du fil

Bri­cas­ciences, bro­cante spé­cia­li­sée dans les ob­jets scien­ti­fiques, a lieu di­manche en Es­sonne. Ren­contre avec Pierre, mor­du de té­lé­phones an­ciens.

Le Parisien (Seine et Marne) - - LOISIRS - PAR PIERRE MAR­TIN, EX­PO­SANT PAU­LINE CONRADSSON

Pe­tit, il avait ins­tal­lé avec son pa­pa, grand bri­co­leur, une ligne té­lé­pho­nique au fond de son jar­din. Pour jouer. Est-ce à ce mo­ment-là qu’il a at­tra­pé le vi­rus ? Peut-être. Au­jourd’hui, Pierre Mar­tin pos­sède plus d’une cen­taine de té­lé­phones an­ciens. Il en ex­po­se­ra quelques-uns au sa­lon Bri­cas­ciences, di­manche, à Bu­res­sur-Yvette (Es­sonne). Pas tant pour vendre que pour échan­ger avec le pu­blic sur sa grande pas­sion.

« J’ai un lien vis­cé­ral avec mes ob­jets, re­con­naît cet an­cien tech­ni­cien dans l’élec­tro­nique de pointe. Sur­tout ceux de la fin du XIXe siècle, pé­riode de gloire des té­lé­com­mu­ni­ca­tions. Mon plai­sir, c’est de com­prendre com­ment ils ont été fa­bri­qués. » Tout son temps libre, il le passe dans son ate­lier, amé­na­gé au sous­sol de son pa­villon, dans les Yvelines, à bi­douiller, tour­ne­vis à la main, un Ader, un Wich ou un Bell, pre­miers mo­dèles da­tant de la fin du XIXe siècle.

Son ga­rage, trans­for­mé en pe­tite salle d’ex­po­si­tion, est un vrai mu­sée. Les ap­pa­reils y sont soi­gneu­se­ment ali­gnés sur des éta­gères. « Voi­ci le pre­mier mo­dèle, qui date de 1850, lance-t-il fiè­re­ment en bran­dis­sant un long tube vert, qui res­semble étran­ge­ment à un tuyau d’ar­ro­sage. On uti­li­sait le sif­flet en bois, à chaque ex­tré­mi­té pour pré­ve­nir la per­sonne à l’autre bout, et on par­lait dans le tube ».

Avec pré­ci­sion, il ex­plique le fonc­tion­ne­ment de ses ma­chines. Les ai­mants, les piles, les vi­bra­tions de la voix dans la gre­naille de char­bon du mi­cro­phone pour pro­duire un cou­rant élec­trique. « Ce qui est for­mi­dable c’est que ce sys­tème a pré­va­lu jus­qu’aux fa­meux té­lé­phones gris des an­nées 1980. La vraie ré­vo­lu­tion est ar­ri­vée avec les por­tables, pas avant ! » s’en­thou­siasme-t-il.

Dans un coin, un vieux cen­tral té­lé­pho­nique rap­pelle la com­plexi­té d’alors pour pas­ser ce qui ap­pa­raît au­jourd’hui comme un simple coup de fil. « Jusque dans les an­nées 1960, il y avait par­fois une heure d’at­tente si le correspondant était très loin. On pas­sait de cen­tral en cen­tral, une opé­ra­trice éta­blis­sait les connexions ». Le 22 à As­nières (NDLR : cé­lèbre sketch de Fer­nand Rey­naud), ce n’est

pas si loin !

Ce grand col­lec­tion­neur a long­temps fait les bro­cantes, lampe de poche à la main, à 4 heures du ma­tin, pour dé­ni­cher la perle rare. « On choi­sis­sait nos des­ti­na­tions de va­cances en fonc­tion des bro­cantes », se sou­vient ce pas­sion­né. Com­pré­hen­sives et bien­veillantes, sa femme et ses deux filles sui­vaient.

Sa plus belle ac­qui­si­tion ? Le pre­mier Ader, du nom du pion­nier de la té­lé­pho­nie en France. Il l’a dé­ni­ché, par ha­sard, chez un bro­can­teur pi­card, il y a trente ans. « J’en rê­vais de­puis long­temps », sou­rit-il, pu­dique. Même s’il écume moins les bro­cantes, pas de risque pour Pierre de s’en­nuyer. Les éta­gères de son ate­lier sont en­core pleines de caisses rem­plies de té­lé­phones à res­tau­rer.

« JUSQUE DANS LES AN­NÉES 1960, IL Y AVAIT PAR­FOIS UNE HEURE D’AT­TENTE SI LE CORRESPONDANT ÉTAIT TRÈS LOIN. »

Pierre Mar­tin, qui fait par­tie des ex­po­sants de Bri­cas­cience, pos­sède plu­sieurs cen­taines té­lé­phones an­ciens, dont un mo­dèle de 1850.

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