FAUT-IL TOUT CHAN­GER ?

Fer­me­ture de chaînes, dé­parts non vo­lon­taires, éco­no­mies consé­quentes… Un rap­port confi­den­tiel du mi­nis­tère de la Culture évoque des me­sures dras­tiques pour ré­for­mer l’au­dio­vi­suel pu­blic.

Le Parisien (Seine et Marne) - - LA UNE - PAR YVES JAEGLÉ AVEC BE­NOÎT DARAGON

FAUT-IL DÉ­GRAIS­SER le mam­mouth, et par où com­men­cer la dé­coupe ? Le ser­pent de mer de la grande ré­forme de France Té­lé­vi­sions pour­rait fi­nir par rendre chèvre. Un rap­port confi­den­tiel éla­bo­ré au mi­nis­tère de la Culture, et ré­vé­lé par « le Monde », pro­pose, après d’autres mais en al­lant beau­coup plus loin, des me­sures dras­tiques au sein de l’au­dio­vi­suel pu­blic réunis­sant 17 000 sa­la­riés (France Té­lé­vi­sions, Arte, Ra­dio France, INA, RFI, France 24…). Il pré­co­nise la sup­pres­sion de cer­taines chaînes, comme France Ô, l’an­tenne des Ul­tra­ma­rins, ou leur bas­cu­le­ment sur In­ter­net — France 4 est vi­sée — et des re­grou­pe­ments de so­cié­tés. Mais aus­si, et c’est nou­veau, des dé­parts non vo­lon­taires qui « se­ront dif­fi­ciles à évi­ter », se­lon le rap­port. Des li­cen­cie­ments secs. Pour la pre­mière fois, par­mi les per­son­nels, de France 2 à France In­ter, on sent qu‘on n’y échap­pe­ra sans doute pas : « Les gens pensent que c’est sé­rieux, qu’il va se pas­ser quelque chose », confie-t-on en in­terne.

A la té­lé, le ser­vice pu­blic a long­temps été un mo­no­pole pro­té­gé de toute concur­rence : après tout, la pri­va­ti­sa­tion de TF 1 ne date que de 1987, et Ca­nal + a été lan­cée en 1984. Le na­vire ami­ral France Té­lé­vi­sions, sur­char­gé avec ses 9 840 sa­la­riés, sur une mer dé­mon­tée, où les vagues de nou­velles chaînes — et plates-formes comme Net­flix — se suc­cèdent, est som­mé de ré­duire sa voi­lure et ses coûts. Au-de­là d’éco­no­mies dé­jà en cours, où se trouvent les marges de ma­noeuvre ? Les pla­cards do­rés choquent mais ne concernent qu’une in­fime mi­no­ri­té. « Le ta­bou réel, ex­plique un an­cien res­pon­sable du groupe, se si­tue plu­tôt dans les an­tennes ré­gio­nales de France 3 et France Bleu, et sur les chaînes lo­cales outre-mer, qui em­ploient toutes, ef­fec­ti­ve­ment, beau­coup de per­son­nel… Mais po­li­ti­que­ment, qui ose­ra tou­cher à l’em­ploi en ré­gion ? »

Un autre ex­pert pas­sé par le groupe pointe aus­si l’in­sta­bi­li­té des pa­trons de l’au­dio­vi­suel pu­blic, nom­més par l’Etat et qui valsent en fonc­tion des élec­tions, quand, de TF 1 à M 6, les ma­na­geurs des chaînes pri­vées tra­vaillent sur des cycles longs : « C’est le prin­ci­pal pro­blème. Au moindre ac­croc, les gens jouent la montre et at­tendent le pro­chain pa­tron… » Le gouvernement a an­non­cé qu’en 2018, les di­ri­geants de l’au­dio­vi­suel se­raient nom­més par leur conseil d’ad­mi­nis­tra­tion, comme dans le pri­vé. Une ré­forme mais aus­si un nou­veau risque d’in­sta­bi­li­té : « Même si elle trou­vait le plan par­fait pour ré­for­mer, lâche un haut cadre, Del­phine Er­notte (NDLR : ac­tuelle

pa­tronne de France Té­lé­vi­sions), dé­jà sur un siège éjec­table, ne trou­ve­rait pas foule pour la suivre. C’est ça, la ma­lé­dic­tion de France Té­lé… »

« LE TA­BOU RÉEL SE SI­TUE PLU­TÔT DANS LES AN­TENNES RÉ­GIO­NALES » UN AN­CIEN RES­PON­SABLE DU GROUPE

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