« Th­ree Girls », la mi­ni­sé­rie bou­le­ver­sante

Ce soir, la mi­ni-sé­rie bri­tan­nique « Th­ree Girls » re­trans­crit l’his­toire vraie de trois ado­les­centes prises au piège d’un ré­seau de pros­ti­tu­tion. Une fic­tion qui nous a bou­le­ver­sés.

Le Parisien (Seine et Marne) - - LA UNE - PAR STÉ­PHA­NIE GUERRIN

LE PRO­JET ÉTAIT ÉPI­NEUX, le ré­sul­tat est ma­gis­tral. En trois épi­sodes de cin­quante mi­nutes, « Th­ree Girls », dif­fu­sé ce soir sur Arte à par­tir de 20 h 55, plonge les té­lé­spec­ta­teurs au coeur de l’af­faire des viols col­lec­tifs de Ro­ch­dale. Dans cette ville de la ban­lieue de Man­ches­ter, un tra­fic sexuel de jeunes ado­les­centes par des hommes, en grande ma­jo­ri­té d’ori­gine pa­kis­ta­naise, a fait des di­zaines de vic­times de 2004 à 2010.

La sé­rie, réa­li­sée par Phi­lip­pa Low­thorpe (« The Crown », « Five Daugh­ters »), se place du cô­té de trois d’entre elles, met­tant en exergue les mé­ca­nismes qui les ont en­traî­nées dans cet en­fer ain­si que les énormes failles des sys­tèmes so­ciaux, po­li­ciers et ju­di­ciaires qui ont mis plu­sieurs an­nées avant de prendre leur pa­role en compte. Et de dé­cou­vrir que les mêmes faits se pro­dui­saient dans de nom­breux autres en­droits du pays.

La scé­na­riste Ni­cole Tay­lor (« In­dian Sum­mers », « The Hour ») a tra­vaillé pen­dant plus de trois ans pour par­ve­nir à la ver­sion fi­nale de la mi­ni-sé­rie. « Quand une des pro­duc­trices m’a d’abord ap­pro­chée pour ce pro­jet, j’ai dit non. Elle a dû me re­de­man­der plu­sieurs fois avant que j’ac­cepte. Parce que le su­jet est si dif­fi­cile que j’avais peur de m’y at­te­ler. Mais, comme beau­coup de monde, j’avais en­vie de com­prendre comment ce­la avait pu se pas­ser, à Ro­ch­dale et dans tant d’autres villes. Et puis, dans les mé­dias, les vic­times étaient ano­nymes : on par­lait de la fille A, la fille B, la fille C. Trans­po­ser cette his­toire en fic­tion per­met­tait de vrai­ment mon­trer qui sont les per­sonnes concer­nées, en fai­sant res­sen­tir ce qu’elles ont vé­cu de l’in­té­rieur. » La grande force de « Th­ree Girls », c’est exac­te­ment ça. Grâce à un in­croyable tra­vail de re­cherche et de re­cueil des té­moi­gnages, les évé­ne­ments sont re­trans­crits avec un réa­lisme stu­pé­fiant, sans ja­mais tom­ber dans le sen­sa­tion­na­lisme.

« Très ra­pi­de­ment, j’ai ren­con­tré les filles en ques­tion, se sou­vient Ni­cole Tay­lor. Elles étaient si jeunes, si vul­né­rables, igno­rées par tout le monde alors qu’elles avaient tant à ra­con­ter. Elles m’ont fait confiance et ont sui­vi le pro­jet en re­li­sant des pre­mières ver­sions du scé­na­rio, en ve­nant sur le tour­nage et en nous don­nant de nou­velles in­di­ca­tions. Pa­reil pour Mag­gie, la po­li­cière, ou pour Sa­ra, la conseillère du centre de pré­ven­tion sur la sexua­li­té, qui s’est bat­tue pour ces vic­times. Il y avait quelque chose de ca­thar­tique pour elles à se li­vrer comme elles l’ont fait pour que cette sé­rie voie le jour. »

On ne va pas vous men­tir, « Th­ree Girls » est une oeuvre éprou­vante. Mais c’est une pro­duc­tion per­cu­tante et cou­ra­geuse. « C’est la chose la plus dif­fi­cile que j’ai faite et pro­ba­ble­ment la plus dure que j’écri­rai dans ma car­rière, avoue Ni­cole Tay­lor. Avant la dif­fu­sion, j’étais ter­ri­fiée, et per­sonne n’au­rait ima­gi­né qu’on tou­che­rait au­tant de gens. »

Car outre-Manche, plus de 8 mil­lions de per­sonnes ont re­gar­dé « Th­ree Girls » sur la BBC, et la mi­ni-sé­rie a ob­te­nu 5 prix aux Baf­ta Awards, équi­va­lents bri­tan­niques des Cé­sars qui ré­com­pensent éga­le­ment la té­lé­vi­sion. Au­tant d’ar­gu­ments pour ne pas pas­ser à cô­té de la per­for­mance dé­chi­rante des trois jeunes ac­trices (Mol­ly Wind­sor, Ria Zmi­tro­wicz et Liv Hill), qui va vous trans­per­cer le coeur.

UN SUC­CÈS IN­AT­TEN­DU EN AN­GLE­TERRE

Le ré­seau de pros­ti­tu­tion avait été dé­man­te­lé grâce à la per­sé­vé­rance de trois vic­times.

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