Le so­cial se­lon Ma­cron

Très at­ten­du par sa ma­jo­ri­té sur sa po­li­tique so­ciale, le chef de l’Etat a pré­sen­té hier à Mont­pel­lier ses pro­jets de ré­forme. Mais sa vi­déo choc a fait ré­agir à gauche et à droite.

Le Parisien (Seine et Marne) - - POLITIQUE - PAR MY­RIAM ENCAOUA

À TOUS CEUX qui at­ten­daient que le pré­sident montre sa jambe gauche au congrès de la Mu­tua­li­té à Mont­pel­lier, Em­ma­nuel Ma­cron a lan­cé d’en­trée de jeu cet aver­tis­se­ment : « J’en­tends les com­men­ta­teurs nous dire : Il va al­ler de­vant les mu­tuelles et il va nous faire un grand tour­nant

so­cial. Mais moi, je n’ai pas le sen­ti­ment que lors­qu’on re­dresse l’éco­no­mie, on soit contre le mo­dèle so­cial ! »

Qui a donc pu oser lui de­man­der un ré­équi­li­brage, alors que toute sa po­li­tique concourt à plus de jus­tice, semble se de­man­der le chef de l’Etat ? Une par­tie de son camp, qui, de­puis près d’un mois, entre po­lé­miques et ca­fouillages sur les pres­ta­tions so­ciales, est en proie au doute. Ma­laise de cer­tains dé­pu­tés LREM, note confi­den­tielle si­gnée par trois éco­no­mistes de son pre­mier cercle… il y avait ur­gence à « re­don­ner de la co­hé­rence », comme on dit à l’Ely­sée.

IL CONVOQUE LA PA­NO­PLIE DU MA­CRO­NISME

Pour y par­ve­nir, le pré­sident a ré­ac­ti­vé tous les mar­queurs de sa cam­pagne. « Lutte contre l’as­si­gna­tion à ré­si­dence » des plus mo­destes, dé­non­cia­tion de « la so­cié­té de sta­tuts », com­bat contre les in­éga­li­tés « à la ra­cine », « éman­ci­pa­tion par le tra­vail », le chef de l’Etat convoque la pa­no­plie du ma­cro­nisme pour convaincre les siens de « ré­in­ven­ter l’Etat pro­vi­dence ».

Sur le fond, le ma­quis des pres­ta­tions so­ciales est, se­lon lui, in­ef­fi­cace et trop coû­teux. « La solution n’est pas de dé­pen­ser tou­jours plus d’argent », in­siste-t-il. L’in­jec­tion de mil­liards d’eu­ros dans la po­li­tique so­ciale ne per­met­trait pas de sortir de la pau­vre­té.

Vous n’avez pas sai­si ? Le pré­sident le mar­tèle plus clai­re­ment — et plus crû­ment — dans une vi­déo dé­li­bé­ré­ment pos­tée sur les ré­seaux so­ciaux dans la nuit par sa char­gée de com­mu­ni­ca­tion : « On met un po­gnon de dingue dans les mi­ni­ma so­ciaux et les gens ne s’en sortent pas ! » Un par­ler cash qui a hé­ris­sé, de LR jus­qu’à la France in­sou­mise… Clin d’oeil à la droite ? Stra­té­gie de di­ver­sion pour mas­quer la forte po­lé­mique avec l’Ita­lie ? Le pré­sident re­ven­dique, lui, de mettre les pieds dans le plat.

Face à ce diag­nos­tic, à Mont­pel­lier, le doc­teur Ma­cron veut « mieux pré­ve­nir », « res­pon­sa­bi­li­ser » les ac­teurs so­ciaux et sur­tout « mieux ac­com­pa­gner » les plus fra­giles. En clair, « in­ci­ter les pauvres à re­trou­ver un job quand c’est pos­sible, ré­sume un conseiller mi­nis­té­riel. Et conti­nuer à ai­der les plus abî­més par la vie ».

Une ligne de crête, donc. Le pré­sident prône tout à la fois la pré­ser­va­tion du sys­tème ac­tuel pour les plus faibles et sa « re­fon­da­tion ra­di­cale » pour les autres. A mi-che­min entre un Wau­quiez fus­ti­geant « le can­cer de l’as­sis­ta­nat » et des so­cia­listes ac­cros à la dé­pense pu­blique, la voie de Ma­cron est étroite.

L’al­lié cen­triste Fran­çois Bay­rou, qui ex­hor­tait le pré­sident, dans nos co­lonnes, à être « plus juste », y a trou­vé son compte. Le pré­sident du MoDem juge cette « re­con­fi­gu­ra­tion des aides so­ciales lé­gi­time ». Dis­si­pées, les cri­tiques des Mar­cheurs ? Pas si sûr.

Cette phi­lo­so­phie so­ciale doit main­te­nant pas­ser les fourches cau­dines de Ber­cy. Le gou­ver­ne­ment jure qu’il n’y au­ra pas de coup de ra­bot sur le dos des plus pauvres. Tout en re­con­nais­sant qu’il fau­dra faire des éco­no­mies dans les bud­gets so­ciaux. Les ar­bi­trages du plan Pau­vre­té se­ront pré­sen­tés en juillet. Dans la vi­déo pos­tée sur Twit­ter, Ma­cron ser­monne ses équipes char­gées de lui écrire son dis­cours. Ses plumes sont bien en peine de trou­ver « le fil di­rec­teur ». Sur le so­cial aus­si, le « en même temps » est com­plexe…

Mont­pel­lier (Hé­rault), hier. Em­ma­nuel Ma­cron prône la pré­ser­va­tion du sys­tème ac­tuel pour les plus faibles et sa « re­fon­da­tion ra­di­cale » pour les autres… Une voie étroite.

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