Ces si dis­crets « se­cré­taires d’Etat à rien »

Sans no­to­rié­té, sans at­tri­bu­tion… mais pas sans tra­vail, as­surent les se­conds cou­teaux de l’équipe d’Edouard Phi­lippe. A dé­faut de s’être fait un nom, ils ont em­pi­lé les mis­sions.

Le Parisien (Seine et Marne) - - LA UNE - PAR OLI­VIER BEAU­MONT @oli­vier­beau­mont

« C’EST VRAI qu’il y a un pro­blème de no­to­rié­té », ad­met un proche d’Em­ma­nuel Ma­cron, sur­pris de consta­ter que beau­coup de Fran­çais ne connaissent tou­jours pas la plu­part des mi­nistres un an après leur prise de fonc­tion. Que dire alors des se­cré­taires d’Etat, dont cer­tains n’ont même pas eu d’at­tri­bu­tion, ni de fonc­tions propres au mo­ment de leur no­mi­na­tion !

Jean-Bap­tiste Le­moyne, Ge­ne­viève Dar­rieus­secq, Del­phine Gé­ny-Ste­phann… Sept au to­tal, ame­nés à évo­luer dans l’ombre d’une fonc­tion sou­vent plus tech­nique que po­li­tique et ra­re­ment in­vi­tés à la table du Conseil des mi­nistres. Des « ju­niors », comme les avait qua­li­fiés un jour Ch­ris­tophe Cas­ta­ner, alors porte-pa­role du gou­ver­ne­ment. « Des se­cré­taires d’Etat à rien », cham­brait même un par­le­men­taire en dé­but de man­da­ture.

La pique un peu fa­cile ne les dé­frise pas. Entre em­plois du temps sur­char­gés et ré­formes lourdes à por­ter, les « ju­niors » as­sument ce sta­tut in­grat. « Mon ego n’est pas du tout at­teint. Mais à mon âge (NDLR : elle a 62 ans), je pense quand même être plu­tôt se­nior… », s’amuse Dar­rieus­secq, se­cré­taire d’Etat de Flo­rence Parly aux Ar­mées.

COU­TEAUX SUISSES

« Et ça n’est pas parce qu’on in­té­resse moins les mé­dias qu’on ne fait rien », as­sure Jean-Bap­tiste Le­moyne. Cet ex-LR ral­lié à Em­ma­nuel Ma­cron pen­dant la cam­pagne pré­si­den­tielle, puis rat­ta­ché aux mi­nis­tères des Af­faires étran­gères de Jean-Yves Le Drian, af­fiche ef­fec­ti­ve­ment quelques ki­lo­mètres au comp­teur : 32 dé­pla­ce­ments à l’étran­ger de­puis un an, sou­vent pour pré­pa­rer en amont les ren­dez­vous du chef de l’Etat. Par­fois, c’est lui qui porte la voix de la France au sein des grandes or­ga­ni­sa­tions in­ter­na­tio­nales. Ce fut le cas le 28 mars der­nier à New York, où il est in­ter­ve­nu à la place de Le Drian au Conseil de sé­cu­ri­té de l’ONU pour par­ler des opé­ra­tions de main­tien de la paix.

Ce rôle se­con­daire va de pair avec un pé­ri­mètre très flou. Alors que Bru­no Le Maire (Eco­no­mie et Fi­nances) passe 60 % de son temps à l’étran­ger, c’est sa se­cré­taire d’Etat Del­phine Gé­ny-Ste­phann qui le sup­plée ré­gu­liè­re­ment pour les la­bo­rieuses séances par­le­men­taires. Ge­ne­viève Dar­rieus­secq, elle, a ré­cu­pé­ré le dos­sier des an­ciens com­bat­tants — « moins ven­deur pour les mé­dias na­tio­naux, mais très re­pris en presse quo­ti­dienne ré­gio­nale », as­sure son en­tou­rage —, les ser­vices de san­té des ar­mées ou en­core le chan­tier du ser­vice na­tio­nal uni­ver­sel. « C’est ça aus­si de ne pas avoir d’at­tri­bu­tion spé­ci­fique. On doit pou­voir être po­ly­va­lent, être comme des cou­teaux suisses », abonde Le­moyne.

MON­TER AU FRONT

« Mais la po­li­tique, c’est une mis­sion. Et c’est très com­pli­qué de don­ner une mis­sion sans es­pace. C’est aus­si pour ce­la que cer­tains ont des dif­fi­cul­tés à exis­ter », tacle une par­le­men­taire ma­cro­niste, scep­tique sur ce sta­tut in­édit de­puis les an­nées Chi­rac. « On as­sume d’avoir des gens moins connus. Ce qui compte, c’est leur ef­fi­ca­ci­té, leur ex­per­tise », dé­fend Ma­ti­gnon, tout en re­je­tant le manque d’in­car­na­tion : « Sur la ré­forme de la fonc­tion pu­blique, qui peut dire que ce n’est pas Oli­vier Dus­sopt (NDLR : se­cré­taire d’Etat à l’Ac­tion pu­blique, sous l’égide de Gé­rald Dar­ma­nin) qui l’in­carne ? », mar­tèle ce proche d’Edouard Phi­lippe. Quelques-uns par­viennent tout de même à ti­rer leur épingle du jeu. Comme les deux se­cré­taires d’Etat du su­per­mi­nis­tère de la Tran­si­tion éco­lo­gique de Ni­co­las Hu­lot : Brune Poir­son et Sé­bas­tien Le­cor­nu. Mais aus­si Ju­lien De­nor­man­die (Co­hé­sion des ter­ri­toires, au cô­té de Jacques Mé­zard), dont la loi Lo­ge­ment a été adop­tée mar­di à l’As­sem­blée na­tio­nale, après des heures pas­sées en séances et en com­mis­sion. « Ju­lien ? C’est lui qui a por­té la loi à bout de bras pen­dant que Mé­zard re­gar­dait pas­ser les trains », per­sifle un mi­nistre.

Le­cor­nu s’est lui aus­si re­trou­vé au front sur plu­sieurs su­jets brû­lants, comme Fes­sen­heim et Notre-Dame-des-Landes. « On a été fou­tus dans le grand bain… et l’eau était as­sez froide », iro­nise ce der­nier, pour ra­con­ter leur bap­tême du feu res­pec­tif. A l’image du front des in­tem­pé­ries qu’il a dû éga­le­ment gé­rer ces der­niers jours avec Gé­rard Col­lomb : « Je suis peut-être se­cré­taire d’Etat à rien. Mais en ce mo­ment on m’ap­pelle le mi­nistre des inon­da­tions ! »

“EN CE MO­MENT, ON M’AP­PELLE LE MI­NISTRE DES INON­DA­TIONS SÉ­BAS­TIEN LE­COR­NU

Sé­bas­tien Le­cor­nu et Brune Poir­son(ici en 2017), tous deux se­cré­taires d’état au­près du mi­nistre de la Tran­si­tion éco­lo­gique et so­li­daire, Ni­co­las Hu­lot, ar­rivent à ti­rer leur épingle du jeu mal­gré un manque de vi­si­bi­li­té sur le de­vant de la scène po­li­tique.

Jean-Bap­tiste Le­moyne (Eu­rope et Af­faires étran­gères) et Ge­ne­viève Dar­rieus­secq (Ar­mées) sont dans l’ombre leurs mi­nistres de tu­telle.

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