Ce ba­teau car­bure aux dé­chets plas­tique

Inau­gu­ré au­jourd’hui, ce ca­ta­ma­ran fe­ra en 2020 un tour du monde avec pour seule éner­gie des dé­chets en plas­tique. Trans­for­més à bord en car­bu­rant, ils fe­ront tour­ner les mo­teurs.

Le Parisien (Seine et Marne) - - SOCIÉTÉ - PAR FRÉDÉRIC MOUCHON

À FORCE de sillon­ner les mers et les océans du globe, Si­mon Bernard avait presque fi­ni par se ré­si­gner à croi­ser sur sa route des ré­si­dus de plas­tique. Mais, lorsque cet of­fi­cier de la ma­rine mar­chande a fait un jour es­cale à Da­kar, il a eu un dé­clic. « Ce jour-là, beau­coup de gens se mas­saient près du ba­teau à la re­cherche d’un pe­tit bou­lot et il y avait des plas­tiques aban­don­nés par­tout sur les plages et le long du lit­to­ral, ra­conte son col­lègue of­fi­cier Alexandre De­che­lotte. Il s’est de­man­dé si on ne pour­rait pas réuti­li­ser ces dé­chets et leur don­ner une se­conde vie pour créer une éco­no­mie lo­cale. »

Voi­là comment est née entre les deux hommes, et deux de leurs co­pains in­gé­nieurs, l’idée de créer le pre­mier na­vire de la pla­nète ca­pable d’avan­cer grâce à des dé­chets en plas­tique. La se­cré­taire d’Etat à l’Eco­lo­gie, Brune Poir­son, se dé­place au­jourd’hui à Con­car­neau (Fi­nis­tère) pour inau­gu­rer un pro­to­type de ce ba­teau ré­vo­lu­tion­naire dont la ver­sion gran­deur na­ture fe­ra un tour du monde en 2020. Ex­té­rieu­re­ment, rien ne dis­tingue a prio­ri cette pe­tite em­bar­ca­tion de 6 m de long d’un ca­ta­ma­ran clas­sique. Mais, à re­gar­der de plus près les en­trailles d’« Ulysse » — c’est son pe­tit nom —, on com­prend pour­quoi il est unique au monde.

UN LITRE D’ES­SENCE AVEC UN KI­LO DE RÉ­SI­DUS

Grâce à la tech­nique de la py­ro­lyse, les dé­chets en plas­tique ré­col­tés par le ba­teau se­ront trans­for­més en car­bu­rant pour ali­men­ter les mo­teurs du na­vire. « Avec 1 kg de dé­chets en plas­tique, nous se­rons en me­sure de pro­duire un litre de die­sel et d’es­sence », ex­plique le co­fon­da­teur du pro­jet Plas­tic Odys­sey, Alexandre De­che­lotte. Même si 18 t de dé­chets plas­ti­fiés sont re­je­tées chaque mi­nute dans l’océan, seule­ment une in­fime par­tie se re­trouve en sur­face. Le reste coule ou se frag­mente en mi­cro­par­ti­cules et ne peut donc pas être ré­cu­pé­ré.

Le ba­teau ne joue­ra donc pas les as­pi­ra­teurs à plas­tique dans les océans. Il se conten­te­ra d’al­ler cher­cher sa ma­tière pre­mière sur les plages et le long du lit­to­ral au cours de ses es­cales au­tour du monde. « Nous irons ra­mas­ser les dé­chets avec les ha­bi­tants et ra­mè­ne­rons tous ces plas­tiques à bord, dé­taille Alexandre De­che­lotte. Une par­tie de ces plas­tiques se­ra re­cy­clée à l’in­té­rieur du na­vire, trans­for­mée en tubes ou en plaques qui se­ront réuti­li­sés par l’in­dus­trie lo­cale. Le reste des dé­chets, non re­cy­clables, se­ra trans­for­mé en car­bu­rant. »

Objectif de l’ex­pé­di­tion fran­çaise : faire prendre conscience aux po­pu­la­tions lo­cales que le plas­tique a de la va­leur. « Notre ba­teau est une sorte de dé­mons­tra­teur, un ate­lier flot­tant de re­cy­clage du plas­tique, ex­plique Alexandre De­che­lotte. Notre but est d’in­ci­ter par­tout dans le monde à la créa­tion de mi­cro-usines ca­pables, comme Ulysse, de don­ner une deuxième vie aux plas­tiques usa­gés. »

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