La mort de Chao­lin avait ré­vol­té la com­mu­nau­té asia­tique

Deux ado­les­cents sont ju­gés au­jourd’hui à Bo­bi­gny pour un vol qui avait en­traî­né la mort de ce cou­tu­rier chi­nois à Au­ber­vil­liers. La com­mu­nau­té asia­tique avait mas­si­ve­ment ma­ni­fes­té, s’es­ti­mant vic­time de racisme.

Le Parisien (Seine et Marne) - - FAITS DIVERS - PAR

C’ÉTAIT EN SEP­TEMBRE 2016, place de la Ré­pu­blique, à Pa­ris. Ils étaient des mil­liers d’Asia­tiques réunis sous une pho­to, ta­chée de sang et une ques­tion « Zhang Chao­lin, mort pour rien, qui se­ra le pro­chain ? ». Agé de 49 ans, ce père de fa­mille d’Au­ber­vil­liers (Seine-Saint-De­nis), cou­tu­rier chi­nois, ve­nait de mou­rir des suites d’un violent vol à l’ar­ra­ché, d’une sa­coche qui ne conte­nait que des bon­bons et une re­charge de té­lé­phone. Ju­gés à par­tir d’au­jourd’hui par la cour d’as­sises des mi­neurs de Bo­bi­gny, deux ado­les­cents, âgés de 16 et 19 ans à l’époque des faits, en­courent la ré­clu­sion à per­pé­tui­té.

Ce di­manche 7 août 2016, Chao­lin et un ami sor­taient d’un bar à Au­ber­vil­liers. Fouet­té par un coup de pied bru­tal, Chao­lin Zhang a vio­lem­ment chu­té au sol, son ami a été frap­pé d’un coup de poing et la sa­coche de ce der­nier, vo­lée. Trau­ma­tisme crâ­nien ir­ré­ver­sible pour Chao­lin Zhang, mort quatre jours plus tard. Son dé­cès a dé­clen­ché une grande mo­bi­li­sa­tion de la com­mu­nau­té asia­tique en Ile-de-France contre « le racisme an­ti-asia­tique ».

Les po­li­ciers de la sû­re­té de Sei­neSaint-De­nis ont ra­pi­de­ment mis un vi­sage sur les agres­seurs. Fait rare, ils avaient été fil­més par une ca­mé­ra du quar­tier, avant et après le vol. La ca­mé­ra avait d’ailleurs été fra­cas­sée à coups de mar­teau trois jours après l’agres­sion, mais les images avaient pu être ré­cu­pé­rées par des ex­perts.

Les trois ado­les­cents de 15, 16 et 19 ans à l’époque ont fi­ni, au fil des mois d’ins­truc­tion, par as­su­mer leur rôle res­pec­tif : le vol de la sa­coche pour le plus jeune, le coup de poing pour le deuxième et le coup de pied de boxeur pour le plus âgé. Mais pas ces pro­pos que leur im­pu­tait l’ami de Chao­lin : « Chi­nois, ar­gent. »

« CE N’EST PAS LE DOS­SIER SYM­BO­LIQUE DE LA HAINE D’UNE COM­MU­NAU­TÉ EN­VERS UNE AUTRE, CE QUI MO­TIVE L’AGRES­SION EST LE VOL, LA BÊTISE, MAIS PAS LA HAINE RA­CIALE » Me MAR­LÈNE VIALLET, AVO­CATE D’UN AC­CU­SÉ

Crime ra­ciste ou agres­sion qui tourne mal ? « Le seul cri­tère de l’agres­sion est phy­sique, c’est la lé­gende qu’ils ont construite sur les Asia­tiques qui font du bu­si­ness et ont de l’ar­gent sur eux », sou­tient Me Ra­chel Lin­don, avo­cate de la Li­cra (Ligue in­ter­na­tio­nale contre le racisme et l’an­ti­sé­mi­tisme) qui s’est consti­tuée par­tie ci­vile.

Le ca­rac­tère ra­ciste a dé­jà été rete- nu contre le plus jeune du trio, condam­né à cinq de pri­son dont trois avec sur­sis en no­vembre der­nier. Il a été ju­gé par le tri­bu­nal pour en­fants, comme la loi le pré­voit pour les moins de 16 ans.

« On veut faire un exemple de cette af­faire, mais il est mal­heu­reux de faire croire aux vic­times qu’il existe une fat­wa sur les Asia­tiques, les vols à l’ar­ra­ché sont un sport lo­cal à Au­ber­vil­liers et touchent tout le monde ! conteste Me Steeve Ru­ben, l’avo­cat de l’un des deux ac­cu­sés. Le ca­rac­tère ra­ciste n’est pas re­te­nu contre les agres­seurs de tou­ristes asia­tiques, pour­quoi le se­rait-il ici ? »

Son client est ac­cu­sé du fa­meux coup de pied. Après un contrat écour­té dans l’ar­mée, il était ins­crit à Pôle em­ploi et im­pli­qué dans d’autres af­faires de vols avec vio­lence. « Il a été condam­né de­puis pour un seul fait », in­dique son avo­cat. Il est dé­te­nu de­puis près de deux ans.

« Ce n’est pas le dos­sier sym­bo­lique de la haine d’une com­mu­nau­té en­vers une autre, ce qui mo­tive l’agres­sion est le vol, la bêtise, mais pas la haine ra­ciale », mar­tèle aus­si Me Mar­lène Viallet, avo­cate du deuxième ac­cu­sé. La peine en­cou­rue par son client passe à vingt ans si l’ex­cuse de mi­no­ri­té est re­te­nue.

Une nou­velle épreuve pour la fa­mille de Chao­lin Zhang et l’ami res­ca­pé. « On at­tend une peine juste, à la hau­teur des im­pli­ca­tions de cha­cun », tem­père leur avo­cat Me Calvin Job, rap­pe­lant à quel point ils avaient été dé­çus de la pre­mière condam­na­tion. Le ver­dict est at­ten­du mar­di.

Pa­ris, sep­tembre 2016. Un mois après le meurtre du cou­tu­rier Zhang Chao­lin à Au­ber­vil­liers, des mil­liers de membres de la com­mu­nau­té asia­tique avaient ma­ni­fes­té pour dé­non­cer le racisme dont ils s’es­timent vic­times

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