« John­ny, c’était mon grand frère »

Mi­chael Hal­li­day, avec un i, a été éle­vé avec le chan­teur, son cou­sin. A l’oc­ca­sion de la messe de ses 75 ans, il le ra­conte.

Le Parisien (Seine et Marne) - - LOISIRS - PAR ÉRIC BU­REAU @Eric_Bu­reau

La cé­ré­mo­nie pour le 75e an­ni­ver­saire de John­ny Hal­ly­day à l’église de la Ma­de­leine dé­bu­te­ra ce ma­tin, vers 11 heures, par un dis­cours de son cou­sin, Mi­chael Ket­cham Hal­li­day. Hal­li­day avec un i, comme le nom d’ar­tiste du père adop­tif de Jean-Phi­lippe Smet, Lee Hal­li­day. Ket­cham comme le vrai nom de son père. A la veille de la cé­ré­mo­nie et la messe qui vont réunir plu­sieurs cen­taines de fans à Pa­ris, cet en­tre­pre­neur de 56 ans, res­té dans l’ombre, ra­conte sa vie avec et sans ce­lui qu’il consi­dé­rait comme son « grand frère ».

Quel est votre lien de pa­ren­té avec John­ny ?

MI­CHAEL KET­CHAM HAL­LI­DAY. Je suis le fils de Lee Hal­li­day et Des­ta, le pe­tit-fils d’Hé­lène Mar, qui a éle­vé John­ny. Quand Léon Smet est par­ti, Hu­guette Clerc a eu un pas­sage dif­fi­cile et a de­man­dé à ma grand-mère — la tante pa­ter­nelle de John­ny — de s’oc­cu­per de lui. Elle en était per­sua­dée : « Cet en­fant au­ra un des­tin. » J’ai vingt ans de moins que John­ny. Il me consi­dé­rait comme son pe­tit frère. Et pour moi, c’était un grand frère.

Son nom d’ar­tiste vient de vos pa­rents…

Ils avaient un duo de danse acro­ba­tique, The Hal­li­days. C’était le nom, en Ok­la­ho­ma, où est né mon père, d’un mé­de­cin qui por­tait chance. Quand mon père a eu l’idée d’amé­ri­ca­ni­ser le nom de John­ny, il a trans­for­mé Jean en John­ny et Smet en Hal­li­day. Le y est une faute de frappe que mon père lui a dit de gar­der : « Ça fe­ra ta dif­fé­rence. »

Quelle image re­te­nez-vous de lui ?

Je me re­vois ga­min pen­dant ses concerts. Quand il hur­lait à ge­noux, je l’en­ten­dais crier « pa­pa, ma­man, pi­tié, ai­dez-moi, je souffre ». J’en­ten­dais sa peine, sa so­li­tude, ses peurs. Il les a gar­dées toute sa vie. Il me par­lait tout le temps de la mort. Il a très long­temps dor­mi avec la lu­mière al­lu­mée. C’est pour ça qu’il re­pous­sait l’heure du cou­cher au pe­tit ma­tin.

Pour­quoi sor­tir de l’ombre au­jourd’hui ?

Mon père, qui vit à Londres, a 91 ans et sort de trois can­cers. Il m’a de­man­dé à la mort de John­ny de dé­fendre l’hon­neur de notre fa­mille.

L’hon­neur de votre fa­mille est ba­foué ?

L’hon­neur de John­ny, oui. Il y a tant de gens qui parlent et qui ne savent rien de lui. C’est mon de­voir de rap­pe­ler quel homme mer­veilleux et gé­né­reux il a tou­jours été. John­ny était ti­mide à la té­lé, tai­seux comme un Hal­li­day, mais il avait l’in­tel­li­gence d’un fé­lin et vous scan­nait en un re­gard. Il n’a ja­mais lais­sé tom­ber sa fa­mille. J’ai des di­zaines d’exemples. Quand je suis res­té un mois dans le co­ma, juste après son propre co­ma, il ap­pe­lait tous les jours ma femme. Quand ma mère a été ma­lade d’Alz­hei­mer, il a payé son trai­te­ment. Sans ja­mais s’en van­ter. Et per­sonne ne lui a ja­mais dic­té ce qu’il avait à faire.

Son tes­ta­ment écar­tant Da­vid et Lau­ra, c’est sa dé­ci­sion ?

Bien sûr ! Dans les fa­milles d’ar­tistes, on a tou­jours le sou­ci du len­de­main. Et John­ny avait une an­goisse ter­rible : que sa femme et ses filles viennent à man­quer. Il fal­lait qu’il les mette à l’abri. Il me l’a dit : il es­ti­mait que Da­vid et Lau­ra n’avaient plus be­soin de lui à ce ni­veau. C’est rude, c’est vrai, mais John­ny avait aus­si ce cô­té rude. Il sa­vait que sa dé­ci­sion ren­drait la vie de Laeticia in­fer­nale.

Que pen­sez-vous de la ba­taille au­tour de son hé­ri­tage ?

Que c’est dur pour tout le monde. Pour Da­vid, Lau­ra, Laeticia, Jade et Joy. Mais j’ai été ex­trê­me­ment bles­sé qu’on at­taque avec au­tant de vi­ru­lence Laeticia, qui a vé­cu vingt-trois ans avec John­ny, qui l’a sau­vé, qui l’a sou­te­nu jus­qu’au bout… Elle a tou­jours cher­ché à le rap­pro­cher de sa fa­mille. Quand mon père et John­ny ont été en froid, c’est elle qui a or­ga­ni­sé un dî­ner pour qu’ils se parlent.

Vous res­tez en contact avec elle ?

Avec mon épouse, nous échan­geons avec Laeticia tous les jours. Ses mes­sages me donnent la chair de poule. C’est tel­le­ment dur, le deuil, alors se pas­ser de quel­qu’un qui pre­nait au­tant de place… Le plus ma­gni­fique, c’est ce que font ses filles. Tous les jours, Jade met des des­sins, des lettres et des poèmes sur l’oreiller de son pa­pa, et elle reste lui par­ler pen­dant une de­mi-heure… On ne les lais­se­ra ja­mais tom­ber.

“IL

SA­VAIT QUE SA DÉ­CI­SION REN­DRAIT LA VIE DE LAETICIA IN­FER­NALE

Pa­ris, hier.

Mi­chael Ket­cham Hal­li­day, sa soeur Ca­rol et leur cou­sin, John­ny Hal­ly­day.

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