« Il faut ga­ran­tir le pro­grès so­cial »

Bri­gitte Bour­gui­gnon, dé­pu­tée LREM du Pas-de-Ca­lais, veut por­ter avec d’autres élus une ligne so­ciale of­fen­sive.

Le Parisien (Seine Saint Denis) - - Politique - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR JANNICK ALIMI

“JE

SOU­HAITE QUE LE VO­LET PRO­TEC­TION DES IN­DI­VI­DUS INS­CRIT DANS LE PRO­JET D’EM­MA­NUEL MA­CRON

SOIT RES­PEC­TÉ

EX-SO­CIA­LISTE, la pré­si­dente de la com­mis­sion des Af­faires so­ciales de l’As­sem­blée, dé­pu­tée LREM du Pas-de-Ca­lais, veut fé­dé­rer les par­le­men­taires de la ma­jo­ri­té à la « fibre so­ciale ». Au sein du groupe LREM cer­tains dé­pu­tés se ré­vèlent plus fron­deurs que pré­vu, no­tam­ment sur le su­jet des al­lo­ca­tions fa­mi­liales. Qu’en pen­sez-vous ?

BRI­GITTE BOUR­GUI­GNON. Ce dé­bat sur l’uni­ver­sa­li­té des al­lo­ca­tions fa­mi­liales au­ra lieu, mais pas dans le cadre de la dis­cus­sion bud­gé­taire que nous al­lons dé­mar­rer. C’est pour­quoi la com­mis­sion que je pré­side avait dé­ci­dé fin sep­tembre de lan­cer une mis­sion d’in­for­ma­tion sur les pers­pec­tives de la po­li­tique fa­mi­liale dans sa glo­ba­li­té. Le mois der­nier, vous aviez ap­pe­lé le gou­ver­ne­ment à plus de jus­tice so­ciale. Avez-vous été en­ten­due ? Je l’es­père. Je re­grette que le dé­bat pu­blic se fo­ca­lise sur l’ISF et passe sous si­lence les me­sures en fa­veur du pou­voir d’achat : la re­va­lo­ri­sa­tion des mi­ni­ma so­ciaux, de l’al­lo­ca­tion adulte han­di­ca­pé, de la prime d’ac­ti­vi­té. Or, ces me­sures so­ciales concernent des mil­lions de per­sonnes : les tra­vailleurs pauvres, la classe moyenne. Ce qui est im­por­tant, c’est de fa­vo­ri­ser tout ce qui per­met de créer des em­plois. Je viens d’un dé­par­te­ment où la souf­france est grande et qui a élu le plus im­por­tant nombre de dé­pu­tés FN. Et ce que me de­mandent les per­sonnes que je ren­contre sur le ter­rain, ce ne sont pas des aides mais du tra­vail et de la di­gni­té. Etes-vous ras­su­rée ? Si Em­ma­nuel Ma­cron avait été ce « pré­sident des riches » que l’on aime à ca­ri­ca­tu­rer, je ne l’au­rais ja­mais sou­te­nu. J’es­time que le pro­jet qu’il in­carne main­tient l’équi­libre entre exi­gence éco­no­mique et pro­grès so­cial. Cer­tains mi­nistres es­timent que la « jambe gauche du pré­sident » n’est pas as­sez forte… Le dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique n’est pas une fin en soi, il doit être un ac­cé­lé­ra­teur de pro­grès so­cial. Ce que je sou­haite, c’est que tout le vo­let pro­tec­tion des in­di­vi­dus ins­crit dans le pro­jet d’Em­ma­nuel Ma­cron soit res­pec­té. Je veille­rai à ce que les me­sures que nous por­tons ga­ran­tissent le pro­grès so­cial. Jus­qu’à pré­sent le groupe LREM use d’ar­gu­ments d’ordre plu­tôt éco­no­mique que so­cial… C’est vrai que les dé­pu­tés LREM qui portent ce dis­cours prio­ri­tai­re­ment éco­no­mique et bud­gé­taire sont, pour le mo­ment, ceux qui sont les plus vi­sibles. Mais il y a éga­le­ment ceux qui, comme moi, in­carnent une fibre ré­so­lu­ment so­ciale et qui en­tendent bien aus­si la faire connaître. Al­lez-vous re­grou­per les dé­pu­tés LREM de « fibre so­ciale » ? Nous sommes nom­breux sur cette ligne. Et pas seule­ment des élus is­sus du Par­ti so­cia­liste. A moi, en tant que pré­si­dente de la com­mis­sion des Af­faires so­ciales, femme is­sue d’un mi­lieu po­pu­laire qui a consa­cré sa vie à la pro­tec­tion des plus fra­giles, de por­ter une ligne so­ciale of­fen­sive. Dans un groupe de plus de 300 dé­pu­tés, il y a dif­fé­rentes sen­si­bi­li­tés, et moi, je veux que ces femmes et ces hommes soient en­ten­dus. Cette di­ver­si­té est sou­hai­tée par le chef de l’Etat. Vous vou­lez sus­ci­ter un cou­rant so­cial-dé­mo­crate au sein de LREM ? Je ne cherche pas à créer un sous-groupe de fron­deurs comme dans la lé­gis­la­ture pré­cé­dente. Ça n’a ser­vi à rien, même pas à eux. Et le pire, c’est que cette pos­ture, par son ir­réa­lisme, anéan­tit l’es­poir des gens. Je ne veux pas non plus par­ler de « cou­rant » car c’est in­ap­pro­prié. Je vois qu’il y a par­mi nous des élus qui ont en­vie de mettre en marche la « jambe so­ciale » du pro­jet du chef de l’Etat. Je veux tra­vailler très sé­rieu­se­ment sur des su­jets comme la pau­vre­té ou le vieillis­se­ment et être une force de pro­po­si­tions. Em­ma­nuel Ma­cron sait qu’il en va de la co­hé­rence et de l’ef­fi­ca­ci­té de son pro­jet. La meilleure fa­çon de pe­ser, c’est de pro­po­ser.

Pa­ris, mer­cre­di. Bri­gitte Bour­gui­gnon as­sure qu’un « dé­bat sur l’uni­ver­sa­li­té des al­lo­ca­tions fa­mi­liales au­ra lieu, mais pas dans le cadre de la dis­cus­sion bud­gé­taire » qui va dé­mar­rer.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.