Fio­na, le ré­cit des jours d’avant

A la barre sont ve­nues té­moi­gner les en­sei­gnantes de la pe­tite fille et les amies de sa mère.

Le Parisien (Seine Saint Denis) - - Faits Divers -

IL Y A, DANS LEURS PLEURS, dans leurs mots à la barre, l’émo­tion du sou­ve­nir de Fio­na, cette en­fant « vive, pé­tillante, qu’on ne pou­vait qu’ai­mer… » Et ces signes qu’elles ont cher­chés lors­qu’elles ont ap­pris sa mort après avoir cru au men­songe de sa dis­pa­ri­tion, ac­ca­blées de n’avoir rien pu em­pê­cher. Deux em­ployées de l’école où était sco­la­ri­sée la fillette à Cler­mont-Fer­rand (Puy-de-Dôme), ses maî­tresses de ma­ter­nelle, des voi­sines et co­pines de la mère, Cé­cile Bour­geon, ont té­moi­gné hier de­vant la cour d’as­sises d’ap­pel de la Hau­teLoire, cla­mant leur désar­roi, par­fois leur co­lère. « Dis la vé­ri­té Cé­cile ! C’est ta fille, ton sang ! Vous l’avez en­ter­rée comme un chien ! Main­te­nant tu l’aimes, dis où elle est ! », a crié l’une d’elle, une mère du quar­tier dont le fils était « l’amou­reux de Fio­na » et qui la gar­dait sou­vent.

Ce qu’elles dé­crivent du couple que Cé­cile Bour­geon, sé­pa­rée du père de ses deux filles, for­mait avec Ber­kane Ma­kh­louf ne laisse guère en­tre­voir les « coups mor­tels » sur l’en­fant dont ils ré­pondent au­jourd’hui et pour les­quels, lui, ju­gé seul res­pon­sable en pre­mière ins­tance l’an pas­sé, a pris vingt ans. « Ja­mais je n’ai vu Ka­der (NDLR : le pré­nom qu’il se don­nait) frap­per Fio­na », s’ac­cordent les voi­sines. « Elle l’ado­rait ! Elle cour­rait vers lui lors­qu’il ve­nait la cher­cher pour lui sau­ter dans les bras », dé­crivent les em­ployées de l’école. « C’était pas une pe­tite ti­mide. S’il y avait eu un sou­ci, elle m’en au­rait par­lé », as­sure sa pre­mière maî­tresse. « Il y avait des né­gli­gences, un manque de soins » mais « pas de traces de coups », en­chaîne sa der­nière ins­ti­tu­trice, qui s’était ce­pen­dant éton­née de son ab­sen­téisme crois­sant.

Les der­niers temps, « quelque chose avait chan­gé », as­surent les an­ciennes co­pines de Cé­cile Bour­geon. « Quand elle est tom­bée en­ceinte de son troi­sième (un gar­çon, dont Ma­kh­louf est le père), elle s’était dé­ta­si chée. Elle di­sait : Elle res­semble trop à son père. Je l’aime plus, elle a la tête de Ni­co­las », rap­porte l’une. « Avec le re­cul, on s’est dit qu’en fait elle mon­trait son dé­goût pour Fio­na », avance une autre, in­di­gnée de l’avoir en­ten­due dire à sa fille : « T’as pas honte d’être ha­billée comme une clo­charde. » « La Cé­cile que j’ai connue, c’est la Cé­cile qui se pose en vic­time, as­sène-t-elle. En fait, je me rends compte que c’est une très grande ma­ni­pu­la­trice. »

A l’école, le 7 mai 2013, soit quelques jours avant son dé­cès, la mine dé­sas­treuse de Fio­na in­trigue. « J’ai été cho­quée par son teint terreux et ses cernes », re­late une em­ployée. Mais la fillette « n’a pas de fièvre » et as­sure n’avoir « mal nulle part ». Le len­de­main, la cais­sière d’un cinéma est aler­tée par l’as­pect de la ga­mine. Elle suit un homme qui lui de­mande « s’il y a un film pour les en­fants ». Elle ne les iden­ti­fie­ra qu’après l’ar­res­ta­tion du couple, quatre mois plus tard. « Elle était très blanche, avec un cô­té de la tête dé­for­mé par une en­flure et un bleu sous l’oeil. » Son as­pect « inerte, plu­tôt triste », et le drôle de ban­deau jaune qui ceint son crâne l’in­ter­pellent. « J’ai eu en­vie de les suivre mais ma pause était plus tard… Je me suis dit : Calme-toi, elle a peu­têtre fait une chute. » De­puis le box, Cé­cile Bour­geon ad­met : « Il y avait eu un coup de Ber­kane. »

« J’AI ÉTÉ CHO­QUÉE PAR SON TEINT TERREUX ET SES CERNES »

UNE EM­PLOYÉE DE L’ÉCOLE DE FIO­NA PAS­CALE ÉGRÉ, NOTRE EN­VOYÉE SPÉ­CIALE AU PUY-EN-VELAY (HAUTE-LOIRE)

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