Les beau­tés ca­chées des grottes de l’Ariège

Son pa­tri­moine pré­his­to­rique est l’un des plus riches d’Eu­rope. Six grottes se vi­sitent en Ariège, cha­cune avec ses par­ti­cu­la­ri­tés.

Le Parisien (Seine Saint Denis) - - LA UNE - PAR GUYLAINE ROUJOL PE­REZ

De Niaux, on connais­sait jus­qu’ici le fa­meux Sa­lon noir, dont les pein­tures ru­pestres re­pré­sen­tant des cerfs, des bi­sons et des che­vaux réa­li­sées par les Mag­da­lé­niens il y a en­vi­ron 14 000 ans ont fait la ré­pu­ta­tion dans le monde en­tier. De­puis l’an­née der­nière, de nou­velles ga­le­ries ont été ou­vertes au pu­blic, une fois par mois pour un groupe de 12 per­sonnes, afin de ne pas dé­gra­der ce pré­cieux sanc­tuaire pa­rié­tal. La liste d’at­tente s’étire jus­qu’à deux ans ! La vi­site clas­sique, plus ac­ces­sible, dure une heure trente et son tra­jet al­ler et re­tour at­teint près de 2 km.

L’Ariège re­gorge de ca­vi­tés, cha­cune avec sa spé­ci­fi­ci­té. Celle du Mas-d’Azil, dans la chaîne du Plan­tau­rel, a même don­né son nom à une pé­riode de la pré­his­toire, l’azi­lien. La grotte or­née de Niaux fait par­tie d’un en­semble in­cluant celle de Lom­brives, tout près de là à Us­sat, qui a ser­vi de re­fuges à tra­vers les âges : hommes du néo­li­thique, prêtres et nobles pen­dant la Ré­vo­lu­tion, Ré­pu­bli­cains pen­dant le Pre­mier Em­pire… On y trouve même une ins­crip­tion da­tée du XVIe siècle. C’est la plus grande grotte vi­si­table d’Eu­rope. ans plus tard, on ne peut qu’émettre des hy­po­thèses au su­jet des pein­tures et gra­vures de nos an­cêtres

A quelques ki­lo­mètres de là, comme à Niaux, on n’a re­trou­vé au­cun ves­tige lié à l’ha­bi­tat hu­main à Bé­deil­hac. On ne sait fi­na­le­ment pas grand-chose des mo­ti­va­tions qui ont pous­sé l’Ho­mo sa­piens de l’époque mag­da­lé­nienne à des­si­ner, gra­ver, mo­de­ler des pa­rois ou le sol au plus pro­fond de grottes obs­cures, par­fois au prix d’in­croyables contor­sions pour em­prun­ter d’étroits gou­lets. A qui s’adres­sait-il ? La science peut da­ter, le cher­cheur dé­crit des com­por­te­ments, mais on doit se conten­ter d’hy­po­thèses quant aux mo­ti­va­tions de nos an­cêtres.

Les nom­breux restes d’os de per­drix dans la grotte de la Vache montrent qu’ils en man­geaient cou­ram­ment. Pour­tant, ce sont sur­tout des bi­sons qui ont été peints sur les pa­rois des grottes des en­vi­rons. Une hy­po­thèse est que Cro-Ma­gnon se se­rait abri­té à la Vache, et se­rait al­lé peindre à 500 m de là, de l’autre cô­té de la val­lée, à Niaux. On y re­trouve en ef­fet de nom­breuses traces d’oc­cu­pa­tion hu­maine : ou­tils, armes, ob­jets dé­co­rés… et même un coin « pou­belle » où s’en­tassent des cen­taines d’os d’ani­maux. Ces re­pré­sen­ta­tions au­raient donc plus à voir avec la spi­ri­tua­li­té qu’avec la chasse.

L’im­mense porche de l’en­trée de Bé­deil­hac a abri­té des ate­liers de l’in­dus­trie aé­ro­nau­tique fran­çaise au dé­but de la Se­conde Guerre mon­diale, puis un lieu de sto­ckage d’ap­pa­reils de l’ar­mée al­le­mande après la fin de la zone libre. Le ni­vel­le­ment de l’en­trée réa­li­sé à cet ef­fet a sû­re­ment dé­vas­té des vestiges ar­chéo­lo­giques. Le 1er juillet 1972, le pi­lote d’es­sai Georges Bon­net a réus­si à y at­ter­rir aux com­mandes d’un pe­tit avion de tou­risme dont une reproduction trône dans l’en­trée. A l’in­té­rieur, d’im­menses salles se suc­cèdent, avec des concré­tions géantes dont cer­taines ont été rom­pues par un trem­ble­ment de terre an­cien. Ici et là, presque ca­chées, par­fois à peine ac­ces­sibles, des mo­de­lages sur ar­gile, des pein­tures et des gra­vures.

Ce pa­tri­moine ex­cep­tion­nel — « cer­tains groupes ré­servent les vi­sites de­puis la Chine » nous ex­plique un guide —, a plus ou moins été pro­té­gé de­puis la deuxième moi­tié du XXe siècle. Mais des quatre mains po­si­tives de Bé­deil­hac — des pig­ments dé­po­sés sur une main en­suite ap­pli­quée sur la pa­roi —, as­sez rares en art pa­rié­tal —, on trouve plu­tôt des mains « né­ga­tives » réa­li­sées à la fa­çon d’un po­choir —, on n’en dis­tingue plus que deux. « Comme à Niaux, les pluies qui s’in­filtrent dans les ga­le­ries de­puis des mil­lé­naires, contri­buant à en­tre­te­nir les pein­tures en évi­tant qu’elles ne s’as­sèchent et cra­quellent, sont au­jourd’hui conta­mi­nées par une pol­lu­tion qui pour­rait bien avoir rai­son de cet hé­ri­tage », se dé­sole notre guide. Les lieux res­tent tou­te­fois spec­ta­cu­laires, l’Ariège n’étant pas une terre in­dus­trielle, l’en­vi­ron­ne­ment y est res­té re­la­ti­ve­ment sain. Con­trai­re­ment à d’autres grands sites de l’art pré­his­to­rique, on peut tou­jours ad­mi­rer les ori­gi­naux.

le Parc de la pré­his­toire, à Ta­ras­con-sur-Ariège, pro­pose des ani­ma­tions, des re­pro­duc­tions de Niaux et de la faune de l’époque. Une ap­proche lu­dique et cultu­relle pour les plus jeunes, les per­sonnes claus­tro­phobes ou à mo­bi­li­té ré­duite qui ne peuvent ac­cé­der aux grottes ou qui com­plé­te­ra les vi­sites dans la mon­tagne.

DES PEIN­TURES ORI­GI­NALES

http ://www.sites-tou­ris­tiques-ariege.fr, http ://www.grotte-de-be­deil­hac.org, http :/ /www.grotte-de-la-vache.org, https :// grot­te­de­lom­brives.com,

Comme à Niaux, on n’a re­trou­vé au­cun reste hu­main à Bé­deil­hac, grotte or­née de des­sins et de gra­vures, aux spec­ta­cu­laires concré­tions.

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