Un mé­ca­no dans les buts de Bobigny

Le gar­dien William Avo­gnan Ya­po­bi garde les cages de l’équipe du 93 le week-end et ré­pare des voi­tures dans un ga­rage pa­ri­sien le reste du temps.

Le Parisien (Seine Saint Denis) - - SPORTS - PAR AR­NAUD DETOUT

IL EST AUS­SI HA­BILE avec ses mains dans sa vie pro­fes­sion­nelle que sur un ter­rain de foot­ball. William Avo­gnan Ya­po­bi (23 ans), le gar­dien de Bobigny (Seine-SaintDe­nis), exerce quo­ti­dien­ne­ment la pro­fes­sion de mé­ca­ni­cien dans un ga­rage pa­ri­sien du XIIIe ar­ron­dis­se­ment. Un mé­tier dé­cou­vert par ha­sard alors qu’il était en 3e à l’Aca­dé­mie Ber­nard-Dio­mède, à Is­syles-Mou­li­neaux (Hauts-de-Seine). « Je n’étais pas très bon à l’école, avoue le lon­gi­ligne por­tier (1,98 m). Mon pro­fes­seur prin­ci­pal m’a pro­po­sé de me ré­orien­ter dans une 2de pro­fes­sion­nelle. La mé­ca­nique m’a im­mé­dia­te­ment plu ! J’adore le chal­lenge de faire re­dé­mar­rer un vé­hi­cule en panne. »

Après l’ob­ten­tion d’un bac pro, puis d’un BTS mé­ca­nique, le jeune homme a été em­bau­ché l’an der­nier en CDI dans un ga­rage où il avait fait ses stages. Ce jeu­di, dans l’ate­lier où il nous re­çoit, le der­nier rem­part mu­ni de son bleu de tra­vail s’af­faire sur une boîte de vi­tesses, puis s’oc­cupe dans la fou­lée du contrôle com­plet d’un autre vé­hi- cule. Ses par­te­naires de foot­ball sont évi­dem­ment par­fois ten­tés de pro­fi­ter des ta­lents de leur por­tier. « Mais ça va, ils n’abusent pas trop… Ils me de­mandent seule­ment de chan­ger leurs am­poules pour évi­ter de payer la main-d’oeuvre », ri­gole ce­lui qui se lève chaque ma­tin à… 5 h 30 pour al­ler tra­vailler.

IL RENTRE CHEZ LUI VERS 23 H 30 QUATRE FOIS PAR SE­MAINE

Do­mi­ci­lié en Seine-et-Marne, à La Fer­té-sous-Jouarre, William Avo­gnan Ya­po­bi part à 6 h 30 pour évi­ter les em­bou­teillages. Avec huit heures de tra­vail heb­do­ma­daire et les en­traî­ne­ments à Bobigny, il rentre chez lui vers 23 h 30, quatre fois par se­maine. Dif­fi­cile for­cé­ment de conci­lier sa vie pro­fes­sion­nelle et celle de spor­tif.

« C’est dur phy­si­que­ment, mais j’ai pris l’ha­bi­tude, as­sure-t-il. Il est ca­pi­tal de ne pas at­tendre d’avoir 35 ans pour ap­prendre et avoir un mé­tier. Si le foot ne marche pas, j’ai quelque chose à cô­té. Ce­la né­ces­site quelques sa­cri­fices. Je ne peux plus sor­tir et m’amu­ser car c’est du temps de per­du pour me re­po­ser. »

Ar­ri­vé à l’AF Bobigny du­rant l’in­ter­sai­son 2017 en pro­ve­nance du FC Is­sy (R 1), William a été l’un des prin­ci­paux ar­ti­sans de la mon­tée his­to­rique du club de la Sei­neSaint-De­nis en Na­tio­nal 2. Vain­queur la se­maine pas­sée de Croix (3-0), le pro­mu (11e) af­fronte cet après-mi­di Cré­teil, lea­der du groupe D, lors de la 6e jour­née. « On a mon­tré du­rant les pre­miers matchs que nous avions notre place dans ce cham­pion­nat, mais l’ob­jec­tif reste le main­tien, in­dique ce­lui qui ap­pré­cie Thi­baut Cour­tois et Gian­lui­gi Don­na­rum­ma, les por­tiers du Real Ma­drid et de l’AC Mi­lan. A titre per­son­nel, je sou­haite al­ler le plus haut pos­sible. Mon rêve se­rait de jouer un jour pour la Côte d’Ivoire, le pays de mes pa­rents. »

« William est un ga­min po­sé, tra­vailleur et pé­tri de qua­li­tés, loue Phi­lippe Le­maître, l’un de ses en­traî­neurs. Je lui tire un grand coup de cha­peau de pou­voir en­chaî­ner un mé­tier phy­sique la jour­née puis des en­traî­ne­ments spé­ci­fiques de gar­dien le soir. C’est un bel exemple de cou­rage et de per­sé­vé­rance. »

MES PAR­TE­NAIRES N’ABUSENT PAS TROP. ILS ME DE­MANDENT SEULE­MENT DE CHAN­GER LEURS AM­POULES [DE VOI­TURE] POUR ÉVI­TER DE PAYER ” LA MAIN-D’OEUVRE !

William Avo­gnan Ya­po­bi joue à Bobigny, vit en Seine-et-Marne et tra­vaille comme mé­ca­ni­cien dans la ca­pi­tale.

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