Un com­mer­çant de ci­té ra­conte son cal­vaire

Le gé­rant d’une su­pé­rette à Cor­beil-Es­sonnes vient de dé­po­ser plainte pour les vols et les me­naces qu’il su­bit dans le cadre d’un ra­cket et dé­cide de par­ler, pour « que les choses changent ».

Le Parisien (Seine Saint Denis) - - LA UNE - PAR FLO­RIAN LOISY ET Y.F. UN AUTRE COM­MER­ÇANT @flo­rian­loi­sy

GÉ­RARD COL­LOMB, alors mi­nistre de l’In­té­rieur, avait choi­si d’y lan­cer son pro­jet de re­con­quête ré­pu­bli­caine au mois de sep­tembre. Ce­la n’em­pêche tou­jours pas les com­mer­çants de Cor­beil-Es­sonnes de su­bir des pres­sions. Et la plu­part pré­fèrent ne pas par­ler ou­ver­te­ment du pro­blème. Mais l’un d’eux a choi­si de bri­ser la loi du si­lence. Le res­pon­sable de la su­pé­rette Châ­teau-Rouge, im­plan­tée de­puis une se­maine seule­ment dans le quar­tier de Mont­con­seil, a dé­po­sé plainte en dé­but de se­maine après des me­naces et des vols et un har­cè­le­ment per­ma­nent. Une en­quête a été ou­verte pour ex­tor­sions, di­ri­gée par le com­mis­sa­riat lo­cal.

Le vendre­di 2 no­vembre, la su­pé­rette Châ­teau-Rouge ouvre pour la pre­mière fois. Sur la place où un jeune de 19 ans a été tué d’une balle dans la tête dans le cadre d’une guerre entre bandes ri­vales en 2016, au mi­lieu de barres d’im­meubles, les ri­deaux de fer bais­sés sont aus­si nom­breux que les bou­tiques ou­vertes.

Dès le len­de­main, le gé­rant re­çoit la vi­site de deux hommes du quar­tier. « Ils m’ont de­man­dé 30 000 €, et m’ont dit que si­non, ils brû­le­raient mon com­merce, sou­pire-t-il. Je leur ai dit que je n’étais pas d’ac­cord. » Le di­manche, cette équipe re­vient à la charge. En vain. « Ils m’ont vo­lé mon té­lé­phone por­table, souffle le gé­rant, qui es­sayait de fil­mer la scène. C’était un smart­phone ré­cent. »

Les mal­frats n’en ont pas ter­mi­né avec lui. Dès le lun­di soir, ils optent pour une autre mé­thode. « Ils sont al­lés voir mes em­ployés et ont de­man­dé à être payés 500 € par mois pour as­su­rer notre sé­cu­ri­té, en nous di­sant que si­non ça se pas­se­rait mal, re­prend le com­mer­çant. Je leur ai dit qu’on était en France, que ça ne se passe pas comme ça ici. Ils m’ont ré­pon­du : At­tends dix mi­nutes, tu vas voir. »

Et en ef­fet, quelques ins­tants plus tard, sur les images de la vi­déo­sur­veillance, on re­marque une dou­zaine de jeunes qui entrent tran­quille­ment dans le ma­ga­sin. Ils se servent en glaces et bois­sons et re­partent sans payer.

Les em­ployés tentent de les re­te­nir, mais la confron­ta­tion ver­bale vire à l’em­poi­gnade et les vo­leurs par­viennent à fi­ler. Près de 200 € de glaces ont été dé­ro­bées. « C’est dur parce qu’on ouvre un com­merce dans ce quar­tier, ça fait plai­sir aux gens, ils nous le disent, ils sont contents d’avoir des pro­duits frais, des fruits, des lé­gumes, lâche le res­pon­sable de la su­pé­rette. Moi, j’ai in­ves­ti pour 150 000 € de mar­chan­dises, et il y en a qui se croient tout per­mis. » Mar­di en­core, une vi­site est sui­vie du vol de bois­sons et de gâ­teaux.

« Ils me re­pro­chaient d’avoir ap­pe­lé la po­lice, mais je ne veux pas avoir peur d’eux, même si je sais qu’ils peuvent agir à tout mo­ment, peste le gé­rant. C’est du ra­cket. On ne se sent pas sou­te­nu, mais je re­mer­cie les po­li­ciers qui sont ve­nus en moins de cinq mi­nutes à chaque fois. Je parle pour que les choses changent. »

LA MU­NI­CI­PA­LI­TÉ S’EST MON­TRÉE SUR­PRISE

« Le pire, c’est que ce n’est même pas le quar­tier le plus mal fa­mé de Cor­beil », in­dique, sous cou­vert d’ano­ny­mat, un autre com­mer­çant de la place de Mont­con­seil qui re­fuse de dire s’il paye un « im­pôt ». Mais il pré­cise : « Ici, quand on ouvre, on re­çoit la vi­site des caïds avant celle des élus. » In­for­mée de ces faits ce jeu­di soir, la mu­ni­ci­pa­li­té (LR) de Cor­beil-Es­sonnes se mon­trait sur­prise. « C’est le pre­mier cas af­fir­mé de ce type qui nous re­monte dans ce quar­tier, com­mente Jean-Pierre Bech­ter, le maire. Mais je condamne fer­me­ment toute forme de ra­cket. »

“ICI,

QUAND ON OUVRE, ON RE­ÇOIT LA VI­SITE DES CAÏDS AVANT CELLE DES ÉLUS

Cor­beil-Es­sonnes (Es­sonne), hier. Ce com­mer­çant, ici dans son ma­ga­sin, dé­nonce la ten­ta­tive de ra­cket et les vols com­mis lors de l’ou­ver­ture de sa su­pé­rette.

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