« Un sen­ti­ment de tra­hi­son »

Jean-Claude Blanc, di­rec­teur gé­né­ral dé­lé­gué du PSG, re­con­naît l’exis­tence de fiches, mais ré­fute la res­pon­sa­bi­li­té du club.

Le Parisien (Seine Saint Denis) - - FAIT DU JOUR - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR FRÉ­DÉ­RIC GOUAILLARD

JEAN-CLAUDE BLANC, le no 2 du PSG qui nous a re­çus hier après-mi­di au siège du club à Bou­logne Billan­court (Hauts-de-Seine), ex­plique avoir dé­cou­vert il y a un mois l’exis­tence des fiches in­cri­mi­nées et avoir di­li­gen­té une en­quête in­terne me­née par deux avo­cats ex­té­rieurs au club. Les ré­sul­tats sont at­ten­dus dans deux se­maines.

Le PSG a-t-il de­man­dé à cer­tains de ses re­cru­teurs de ren­sei­gner l’ori­gine eth­nique des jeunes qu’il sou­hai­tait re­cru­ter ?

JEAN-CLAUDE BLANC. En préa­lable, je sou­haite dire le sen­ti­ment de tra­hi­son qu’éprouve le Pa­ris Saint Ger­main. Les va­leurs de lutte contre toute forme de dis­cri­mi­na­tion sont celles qui nous ha­bitent de­puis long­temps. Le PSG est au cou­rant de­puis trente jours, après que des jour­na­listes nous ont ap­por­té la preuve d’un fi­chage sys­té­ma­tique. Ce­lui-ci in­té­grait des men­tions in­ac­cep­tables et illé­gales sur des joueurs au sein de la cel­lule de re­cru­te­ment hors Ile-de-France.

En tant que di­rec­teur gé­né­ral dé­lé­gué, vous n’avez ja­mais été au cou­rant de l’exis­tence de ces fiches avant le mois der­nier ?

En au­cun cas, la men­tion de fiche sys­té­ma­tique avec l’ori­gine eth­nique des joueurs réa­li­sée par cette cel­lule n’est re­mon­tée à la di­rec­tion gé­né­rale qu’il y a un mois.

L’ar­ticle de Me­dia­part fait état d’une réunion en juin 2014 où Cé­line Pel­tier, l’an­cienne DRH du PSG, vous en tient in­for­mé. Est-ce que vous vous sou­ve­nez de cette réunion ?

En au­cun cas, lors de cette réunion ou à d’autres mo­ments, la no­tion de fiche sys­té­ma­tique avec des men­tions ra­ciales n’a été men­tion­née. Si nous en avions eu connais­sance, les dé­ci­sions prises il y a quatre ans au­raient été bien dif­fé­rentes.

Fin avril 2014, vous avez lan­cé une en­quête in­terne. Comment ex­pli­quer qu’au­cun élé­ment sur ces fiches ne vous soit re­mon­té. Y a-t-il eu des né­gli­gences ?

Il y a quatre ans, nous avons re­çu une alerte sur des pro­pos ambigus te­nus lors d’une réunion du dé­par­te­ment for­ma­tion. J’ai convo­qué l’in­té­res­sé (NDLR : Marc Wes­ter­loppe) dans un cadre for­mel. Il a re­çu une lettre lui in­di­quant qu’il pou­vait être li­cen­cié au terme de cette pro­cé­dure. Il a nié les pro­pos et pra­ti­quer toute forme de dis­cri­mi­na­tion. En res­pec­tant le droit des sa­la­riés, j’ai dé­ci­dé de ne pas le sanc­tion­ner mais de faire un rap­pel à l’ordre. Et j’ai convo­qué l’en­semble des équipes de la for­ma­tion pour faire un rap­pel à la loi et à l’éthique.

Au­cun d’entre eux n’a alors fait men­tion de ces fiches ?

Dans cette réunion, au­cune men­tion de ces fiches n’a été faite. Et leur exis­tence n’est pas re­mon­tée par un autre ca­nal, ni le co­mi­té d’en­tre­prise, ni les res­sources hu­maines, etc.

Est-il pos­sible que les re­cru­teurs de la cel­lule Ile-de-France uti­lisent eux-mêmes des fiches ren­sei­gnant l’ori­gine ?

Non. Il y a un mois, nous avons im­mé­dia­te­ment lan­cé une en­quête in­terne qui se pour­suit. Elle vise à sa­voir qui uti­lise quelles fiches et pen­dant quelle pé­riode le sys­tème in­cri­mi­né a été uti­li­sé. Ce que montrent les pre­mières conclu­sions de cette en­quête, c’est qu’au dé­part du res­pon­sable de cette cel­lule hors Ile-de-France, ce fi­chage in­ac­cep­table s’est ar­rê­té.

« IL Y A QUATRE ANS, NOUS AVONS RE­ÇU UNE ALERTE SUR DES PRO­POS AMBIGUS »

« L’EN­QUÊTE IN­TERNE PER­MET­TRA DE DÉ­TER­MI­NER TOUTES LES PRA­TIQUES, PAS­SÉES ET AC­TUELLES »

Pour­tant il ap­pa­raît que les re­cru­teurs en Ile-de-France ont éga­le­ment uti­li­sé un type de co­dage : « BC » pour blanc, « BK » pour black, « AS » pour Asia­tique (voir ci-contre)…

L’en­quête in­terne per­met­tra de dé­ter­mi­ner toutes les pra­tiques, pas­sées et ac­tuelles Si des choses doivent en­core être cor­ri­gées, ce se­ra fait im­mé­dia­te­ment. Si le PSG est at­ta­qué sur plu­sieurs fronts en ce mo­ment, il y a une ligne rouge qui, pour nous, ne peut être fran­chie. Et si des in­di­vi­dus en­core au club ont eu des com­por­te­ments in­ac­cep­tables, ceux-ci se­ront sanc­tion­nés.

La res­pon­sa­bi­li­té d’Oli­vier Lé­tang, votre an­cien di­rec­teur spor­tif, au­jourd’hui pré­sident de Rennes, est-elle en­ga­gée ?

A au­cun mo­ment il n’a ex­po­sé à la di­rec­tion gé­né­rale du club que les cri­tères de re­cru­te­ment des jeunes étaient autres que des cri­tères uni­que­ment spor­tifs. Mais si l’en­quête in­terne dé­montre que des pra­tiques in­ac­cep­tables ont été mises en place par des gens qui ne sont plus au club, nous étu­die­rons les re­cours et les ac­tions ju­di­ciaires que nous pour­rions en­ga­ger.

Jean-Claude Blanc, le 5 no­vembre

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