« Les chants de la Ma­la­dre­rie » un do­cu sous une bonne étoile

Le court-mé­trage de Fla­vie Pi­na­tel, pré­sen­té de­main dans un fes­ti­val à Pa­ris, donne à voir et à en­tendre les ha­bi­tants de ce quar­tier po­pu­laire et aty­pique.

Le Parisien (Seine Saint Denis) - - SEINE-SAINT-DENIS - PAR AN­THO­NY LIEURES LePa­ri­sien_93

Tour­nées par un drone, des images de toits-ter­rasses et de ver­dure à n’en plus fi­nir. Les yeux d’un en­fant ap­pa­raissent, sous une ca­puche bleue. On en­tend une ligne de pia­no, une voix, puis plu­sieurs : celles des ha­bi­tants du quar­tier de la Ma­la­dre­rie, à Aubervilliers.

De­main, « Les chants de la Ma­la­dre­rie » se­ra pré­sen­té gra­tui­te­ment au pu­blic dans le cadre du fes­ti­val des Etoiles du do­cu­men­taire, or­ga­ni­sée par la Scam (So­cié­té ci­vile des au­teurs mul­ti­mé­dia), à Pa­ris. Une oeuvre si­gnée de la réa­li­sa­tri­ceF­la­vie Pi­na­tel, qui ha­bite de­puis quinze ans l’un des nom­breux ate­liers d’ar­tistes de cette éton­nante ci­té construite entre 1975 et 1984. Son court-mé­trage sonne comme une ode au vivre-ensemble et à l’ar­chi­tec­ture aty­pique du quar­tier, conçu par Re­née Gail­hous­tet pour fa­ci­li­ter les ren­contres entre ha­bi­tants. Sur ses images, se croisent des en­fants, des cou­leurs, des per­son­nages et leurs langues.

Le do­cu­men­taire a été tour­né quelques mois avant l’élec­tion présidentielle de 2017. Un temps où la réa­li­sa­trice, ori­gi­naire de Marseille (Bouches-du-Rhône), en avait « as­sez d’en­tendre des dis­cours nau­séa­bonds, no­tam­ment sur l’im­mi­gra­tion ».

Face aux pro­blèmes du quar­tier, com­pa­rables à ceux de beau­coup de ci­tés sen­sibles de ban­lieue pa­ri­sienne, elle a vou­lu y op­po­ser « le beau », et « la joie », dif­fu­sée par ses ré­si­dents et leurs chan­sons.

« Il y a un gros tra­vail à faire avec les ha­bi­tants qui, par­fois, se dé­va­lo­risent beau­coup et dé­con­si­dèrent de fac­to l’en­droit où ils vivent », ex­plique-t-elle. Dans son court-mé­trage de 26 mi­nutes, ils chantent des textes qu’ils ont pour la plu­part écrit eux-mêmes, en fran­çais, por­tu­gais, an­glais, créole, ka­byle… « Et je ne les ai pas fait beau­coup ré­pé­ter, pour­suit-elle. Je ne vou­lais pas que le ren­du soit trop for­ma­té. » Ca­bas de courses à la main, une re­trai­tée semble fuir la ca­mé­ra. Son texte pré­vient : « J’veux pas d’vi­site ! Parce que j’ai pas pas­sé l’ba­lai. Parce que j’ai pas d’li­queur au frais. J’veux pas d’vi­site ! » Elle re­prend là un texte de Lin­da Le­may.

Cette re­trai­tée, c’est Chan­tal, une an­cienne ins­ti­tu­trice du quar­tier, qui a ado­ré l’exer­cice, et le do­cu­men­taire, qu’elle a vi­sion­né : « Il m’a scot­ché, c’est un joyau, sou­rit-elle. J’ai re­trou­vé tout ce que je connais de mon quar­tier, des choses que l’on voit tous les jours, mais on ne s’y at­tarde pas. Toute la poé­sie du lieu est mise en va­leur. »

A la fin du court-mé­trage, on dé­couvre l’un des plus an­ciens ha­bi­tants du quar­tier, écharpe au­tour du cou. Lui dé­cide de s’ins­pi­rer de pa­roles de Pré­vert pour rendre hom­mage aux « gen­tils en­fants d’Aubervilliers ; gen­tils en­fants des pro­lé­taires ; gen­tils en­fants de la mi­sère ; gen­tils en­fants… du monde en­tier ».

Le film ne le dit pas, mais beau­coup re­con­naî­tront… l’an­cien mi­nistre et dé­pu­té et sé­na­teur-maire (PCF) d’Aubervilliers, Jack Ra­lite, dé­cé­dé en no­vembre 2017 et qui a vé­cu jus­qu’à la fin de sa vie dans le quar­tier.

UNE ODE À LA JOIE

▣ Les Etoiles du do­cu­men­taire, au­jourd’hui et de­main au Forum des images aux Halles, à Pa­ris (Ier). En­trée libre. Ré­ser­va­tion conseillée. Pro­gramme com­plet sur Scam.fr

DES PER­SON­NA­LI­TÉS EMBLÉMATIQUES

Aubervilliers, hier. Chan­tal (à g.), ap­pa­raît dans le court-mé­trage de la réa­li­sa­trice Fla­vie Pi­na­tel (à d.). « Il m’a scot­ché, c’est un joyau », s’en­thou­siasme cette an­cienne ins­ti­tu­trice de la Ma­la­dre­rie.

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