« Au­jourd’hui, les re­cru­teurs visent plus les 11-12 ans… »

Ali Mou­cer, di­rec­teur tech­nique ré­gio­nal de la Ligue de Pa­ris-Ile-de-France, dé­crypte la réus­site du vi­vier fran­ci­lien mais aus­si la né­ces­si­té de son en­ca­dre­ment.

Le Parisien (Seine Saint Denis) - - SEINE-SAINT-DENIS - FRANCK GINESTE

Comment ex­pli­quez-vous qu’il y ait au­tant de joueurs pros is­sus de la ré­gion pa­ri­sienne ?

ALI MOU­CER. La ten­dance s’est ac­cé­lé­rée dans les an­nées 2000. Dé­jà, il y a une den­si­té de po­pu­la­tion im­por­tante en Ile-deF­rance. C’est un des plus gros viviers au monde avec la ré­gion de São Paulo au Bré­sil. Un vi­vier qua­si­ment inépuisable. C’est aus­si dû au fait qu’on a des com­pé­ti­tions de bon ni­veau avec de grosses op­po­si­tions, beau­coup plus qu’en pro­vince. Les en­fants sont dé­jà dans un ni­veau d’exi­gence im­por­tant et font la dif­fé­rence, quand ils ar­rivent en centre de for­ma­tion, sur l’en­ga­ge­ment, la vi­tesse et le rythme. Même ceux qui ne partent pas en centre ar­rivent à de­ve­nir pros et in­ter­na­tio­naux. Re­gar­dez Kan­té, Mah­rez, Ntep ou Ben Yed­der.

As­sis­tez-vous à une re­cru­des­cence du nombre de re­cru­teurs au­tour des ter­rains ?

Ça s’est ac­cen­tué d’an­née en an­née. Au­jourd’hui, il y a en a tel­le­ment que c’est dif­fi­cile d’iden­ti­fier qui ob­serve et pour qui il ob­serve. Les clubs an­glais no­tam­ment sont très pré­sents. Ce qu’on peut re­gret­ter, c’est qu’avant ils ve­naient su­per­vi­ser des joueurs de 14-15 ans, mais comme ceux-là ont dé­jà qua­si­ment tous des en­ga­ge­ments dans des centres de for­ma­tion, au­jourd’hui, les re­cru­teurs visent plus des 11-12 ans… C’est très jeune. C’est un pa­ri. Et, au­pa­ra­vant, un jeune en centre de for­ma­tion avait de grandes chances de de­ve­nir pro. Au­jourd’hui, c’est plu­tôt l’in­verse car les clubs pros en prennent beau­coup pour ne pas ra­ter une pé­pite.

Comment ai­dez-vous les clubs à faire face aux sol­li­ci­ta­tions ?

Notre avan­tage, c’est la qua­li­té de l’en­ca­dre­ment. On a des bons édu­ca­teurs qui par­ti­cipent beau­coup aux for­ma­tions qu’on met en place. On leur donne des conseils et on évoque ces as­pects-là. On es­saie aus­si de conseiller les pa­rents lors des sé­lec­tions dé­par­te­men­tales et ré­gio­nales. Après, une fois qu’ils ont vi­si­té les ins­tal­la­tions des clubs pros, c’est sou­vent l’as­pect financier qui fait la dif­fé­rence dans leur choix.

Ce­la peut-il faire tour­ner la tête aux jeunes et à leurs proches ?

Beau­coup de pa­rents ont la tête sur les épaules, mais cer­tains perdent pied. Ils m’écrivent sou­vent. J’ai l’exemple d’un père qui m’avait fait en­voyer un cour­rier par son avo­cat car son fils n’avait pas été pris dans une sélection dé­par­te­men­tale U 13 ser­vant de test d’en­trée à Clai­re­fon­taine. Il y en a beau­coup aus­si qui chro­no­mètrent le temps de jeu de leur en­fant lors des sé­lec­tions ou détections et re­gardent s’il joue bien à son poste, pour sa­voir s’ils ont eu les mêmes chances que les autres !

“C’EST UN DES PLUS GROS VIVIERS AU MONDE AVEC LA RÉ­GION DE SÃO PAULO AU BRÉ­SIL. UN VI­VIER QUA­SI­MENT INÉPUISABLE.

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