EST-CE RÉA­LISTE?

En 2030, il n’y au­ra plus de voi­tures à es­sence dans Paris. C’est l’ob­jec­tif af­fi­ché d’Anne Hi­dal­go. Mais le pa­ri peut-il être te­nu ?

Le Parisien (Val de Marne) - - LA UNE - PAR FRÉ­DÉ­RIC MOUCHON AVEC ÉMI­LIE TORGEMEN ET AU­RÉ­LIE LE­BELLE

es­telle LA JOUR­NÉE SANS VOI­TURES en passe de de­ve­nir à Paris un évé­ne­ment… quo­ti­dien ? La maire de la ca­pi­tale, Anne Hi­dal­go, a en tout cas confir­mé hier qu’elle ne vou­lait plus voir dans la ca­pi­tale de vé­hi­cules die­sels ni es­sence à l’ho­ri­zon 2030. Un simple ob­jec­tif, qui ne pas­se­ra pas par une in­ter­dic­tion.

L’élue es­time que les « grandes villes ont un rôle pres­crip­teur », et que la maire de Paris doit « en­voyer des si­gnaux » aux construc­teurs et aux ha­bi­tants.

LES CONSTRUC­TEURS SONT-ILS PRÊTS ?

Oui. Le groupe Re­nault va lan­cer douze nou­veaux mo­dèles élec­tri­fiés d’ici à 2022, dont huit se­ront « zé­ro émis­sion »

Chez PSA, long­temps consi­dé­ré comme le roi du die­sel, on dit chiche au tout-élec­trique en ville. « Nous nous sommes en­ga­gés à ce que 80 % de nos mo­dèles soient élec­tri­fiés en 2023 (en hy­bride re­char­geable ou en tout-élec­trique), ce qui per­met­tra à nos clients de rou­ler en ville au moins 60 km en mode zé­ro émis­sion », nous ex­plique le construc­teur fran­çais. Seul point noir : les prix. Ils com­mencent au­tour de 12 000 € pour une ci­ta­dine, mais peuvent at­teindre 70 000 € pour les mo­dèles de luxe comme la Tes­la. « Ces vé­hi­cules sont plus chers à l’achat au­jourd’hui, mais les ta­rifs vont bais­ser car on en pro­dui­ra de plus en plus et l’Etat vient d’an­non­cer de nou­velles aides pour chan­ger de vé­hi­cule, ajoute PSA. Mais les gens n’achè­te­ront pas de vé­hi­cules élec­triques si l’on ne construit pas da­van­tage de bornes de re­charge ra­pide, ce qui in­combe aux élus. »

EST-CE QUE CE­LA VA COÛ­TER PLUS CHER ?

Tout dé­pend du cas de fi­gure. En Ilede-France, le bud­get moyen an­nuel pour une voi­ture s’éle­vait en 2016 à 5 897€ par an (en­tre­tien, es­sence, ga­rage), soit plus de 490 € par mois. Pour les au­to­mo­bi­listes qui se sé­pa­re­ront de leur vé­hi­cule et pri­vi­lé­gie­ront le vé­lo ou la marche, ce se­ra au­tant d’éco­no­mi­sé.

Quant aux trans­ports en com­mun, l’abon­ne­ment men­suel Na­vi­go ne coûte que 75,20 € et per­met de se dé­pla­cer dans toute la ré­gion. A condi­tion de vivre dans une ville bien des­ser­vie.

LES TRANS­PORTS EN COM­MUN SONT-ILS AS­SEZ DÉ­VE­LOP­PÉS ?

D’après une étude sur la ré­duc­tion de la place de la voi­ture en cen­tre­ville réa­li­sée par des in­gé­nieurs de l’école Po­ly­tech de Tours (In­dreet-Loire) dans leur ag­glo­mé­ra­tion, « les ha­bi­tants du pé­ri­ur­bain souffrent en­core d’une des­serte en trans­ports en com­mun moins im­por­tante que les ha­bi­tants du centre ». En ré­gion pa­ri­sienne, le Stif, le Syn­di­cat des trans­ports d’Ilede-France, va in­ves­tir cette an­née plus de 1,6 Md€ pour amé­lio­rer le ré­seau. Autre pro­jet phare : la créa­tion du Grand Paris Ex­press, 200 km de lignes nou­velles de mé­tro en ban­lieue. Une né­ces­si­té, se­lon les cher­cheurs de Tours : « Les zones d’em­ploi des pé­ri­ur­bains sont res­treintes s’il ne leur est pas pos­sible d’uti­li­ser leur voi­ture. »

« Je suis obli­gée de gar­der ma Twin­go pour faire mes courses au su­per­mar­ché ou em­me­ner les en­fants au sport, ex­plique Laë­ti­tia, qui vit à San­nois (Val-d’Oise), une ville de grande cou­ronne. Du coup, c’est la double peine pour moi qui l’uti­lise aus­si pour al­ler tra­vailler dans le nord de Paris. »

LE TOUT-VOI­TURE EST-IL UN MO­DÈLE DÉ­PAS­SÉ ?

Les rues de Paris n’ont pas at­ten­du l’an­nonce d’Anne Hi­dal­go pour se vi­der pe­tit à pe­tit de leurs voi­tures. De­puis 2001, le tra­fic au­to a chu­té de 31 %. « La baisse a com­men­cé quand Jacques Chi­rac (NDLR : maire RPR de Paris de 1977 à 1995) a fait mettre des po­teaux pour que les au­tos ne grimpent plus sur les trot­toirs, si­gnale Fré­dé­ric Hé­ran, maître de confé­rences à l’uni­ver­si­té Lille-I. Comme quoi, ce n’est pas une vo­lon­té de la gauche bo­bo, ni même une spé­cia­li­té fran­çaise. Toutes les grandes villes oc­ci­den­tales ré­duisent la place du tra­fic au­to. » Sur l’en­semble de la France, l’Agence de l’en­vi­ron­ne­ment et de la maî­trise de l’éner­gie (Ademe) s’at­tend à ce que le nombre de vé­hi­cules passe de 35 à 22 mil­lions à l’ho­ri­zon 2050, quand le flux de voya­geurs en trans­ports col­lec­tifs de­vrait dou­bler.

PARIS VA-T-IL SE FER­MER

AUX BAN­LIEU­SARDS ?

« Cette dé­ci­sion risque de ré­duire l’ac­cès des ban­lieu­sards à la ca­pi­tale, dé­plore Laë­ti­tia, l’ha­bi­tante de San­nois (Val-d’Oise). Car pour sor­tir à Paris, il fau­dra payer le train ou, si c’est le soir et qu’il n’y a plus de trans­ports, dé­bour­ser plus de 50 € de taxi pour ren­trer chez soi ! Peu de gens pour­ront se le per­mettre. »

Dans leur étude, les in­gé­nieurs de l’école Po­ly­tech es­timent que « les per­sonnes n’ayant dé­jà pas les moyens de s’of­frir un lo­ge­ment en centre-ville fré­quentent de moins en moins ce der­nier lors­qu’il est ren­du moins ac­ces­sible. Par consé­quent, le centre s’em­bour­geoise et, sui­vant la même dy­na­mique, les in­éga­li­tés de mo­bi­li­té avec la pé­ri­phé­rie s’ac­croissent ».

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