« Je n’avais ja­mais connu une telle crise sa­ni­taire »

Gé­rard Bapt, mé­de­cin et ex-dé­pu­té

Le Parisien (Val de Marne) - - SOCIÉTÉ - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR FL.M.

de Hau­teGa­ronne AN­CIEN DÉ­PU­TÉ (PS) spé­cia­liste des ques­tions de san­té, le mé­de­cin Gé­rard Bapt est connu pour avoir été le pre­mier po­li­tique a sou­le­vé l’af­faire du Me­dia­tor (un an­ti­dia­bé­tique pris comme coupe-faim et soup­çon­né d’avoir pro­vo­qué des cen­taines de dé­cès).

Que vous évoquent des sites In­ter­net pro­po­sant du Le­vo­thy­rox à plus de 100 € ?

GÉ­RARD BAPT. De vives in­quié­tudes. J’avais dès le 2 sep­tembre aler­té le mi­nis­tère sur les ma­noeuvres frau­du­leuses qui se dé­ve­loppent sur In­ter­net. Le risque est que des pa­tients prennent des mé­di­ca­ments contre- faits avec des consé­quences très graves sur leur san­té. Mais si ce type de sites existe, c’est aus­si parce que les au­to­ri­tés n’ont pas pris la me­sure de la crise et ont fait preuve de contra­dic­tions, in­quié­tant les pa­tients. Même si des lots de l’an­cienne for­mule ont fi­na­le­ment été ré­in­tro­duits en France, cer­tains ont tel­le­ment peur de ne pas y avoir ac­cès qu’ils sont prêts à tout pour s’en pro­cu­rer. Mer­cre­di, l’Agence du mé­di­ca­ment a in­di­qué avoir re­çu

14 633 si­gna­le­ments d’ef­fets in­dé­si­rables, soit 0,6 % des pa­tients trai­tés…

Ce rap­port d’étape mi­ni­mise les faits. Il ou­blie les mil­liers de dos­siers en at­tente de trai­te­ment dans les centres de phar­ma­co­vi­gi­lance, dé­bor­dés ! La crise est loin d’être ter­mi­née. Com­ment en êtes-vous si sûr ? Hier en­core, j’étais au té­lé­phone avec un psy­chiatre qui m’in­di­quait avoir eu plu­sieurs hos­pi­ta­li­sa­tions à cause de troubles liés à la nou­velle for­mule du Le­vo­thy­rox. Nous sommes sol­li­ci­tés de toute part. Je n’avais ja­mais connu une telle crise sa­ni­taire.

Même avec le Me­dia­tor, dont vous avez por­té le dos­sier ?

Quand j’ai or­ga­ni­sé dans ma com­mune (NDLR : Saint-Jean, Hau­teGa­ronne) la pre­mière réunion Me­dia­tor avec Irène Fra­chon, il y avait 200 per­sonnes. Pour celle sur la Dé­pa­kine, il y avait 120 per­sonnes. Di­manche, j’ai or­ga­ni­sé celle sur le Le­vo­thy­rox, Nous avions pré­ve­nu à peine cinq jours avant et il y avait 900 per­sonnes, pas as­sez de places as­sises. Le Le­vo­thy­rox dé­passe tout en termes d’im­pact sur la po­pu­la­tion comme de mo­bi­li­sa­tion. Il faut une vraie ré­flexion sur les so­lu­tions à mettre en oeuvre et en fi­nir dé­fi­ni­ti­ve­ment avec le mo­no­pole de Merck sur ce mé­di­ca­ment.

SI CE TYPE DE SITES EXISTE, C’EST AUS­SI PARCE QUE LES AU­TO­RI­TÉS N’ONT PAS PRIS LA ME­SURE DE LA CRISE ET ONT FAIT PREUVE DE CONTRA­DIC­TIONS, IN­QUIÉ­TANT LES PA­TIENTS

Gé­rard Bapt a aler­té le mi­nis­tère sur le dé­ve­lop­pe­ment de ma­noeuvres frau­du­leuses dès sep­tembre.

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