Ces deux Qué­bé­cois nous laissent cois

L’un chante, l’autre ra­conte. Mais Pierre La­pointe et Fred Pel­le­rin par­tagent la même ori­gine, le Qué­bec, et se dis­tinguent par leur vrai ta­lent.

Le Parisien (Val de Marne) - - LOISIRS - PAR SYL­VAIN MERLE PAR EM­MA­NUEL MAROLLE

Fred Pel­le­rin, le « conteux » qué­bé­cois, re­prend son bâ­ton de… conteur pour un nou­veau voyage hors du temps. Di­rec­tion Saint-Elie-de-Cax­ton, son vil­lage na­tal qu’il ra­conte à lon­gueur de spec­tacles, dé­pei­gnant avec ten­dresse et drô­le­rie l’his­toire pas­sée, ac­tuelle ou ima­gi­naire d’une com­mu­nau­té. Il l’agran­dit à chaque fois, pré­sen­tant au pu­blic un ou deux nou­veaux per­son­nages. On peut connaître son uni­vers et re­trou­ver avec plai­sir ses marques, ou le dé­cou­vrir et se lais­ser em­bar­quer sans ré­serve, hap­pé par la force du ré­cit.

« TOUT CROCHE »

Dans « Un vil­lage en trois dés », ac­tuel­le­ment au Théâtre de l’Ate­lier, à Paris (XVIIIe), Pel­le­rin évoque Elie, le pre­mier cu­ré du bourg, et Alice, la pos­tière au grand coeur qui soi­gnait les plaies à l’âme en ré­pon­dant aux cour­riers adres­sés… aux morts. Re­mon­tant à la nais­sance of­fi­cielle de Saint-Elie, le 12 avril 1865, date de créa­tion de la paroisse, Pel­le­rin ra­conte les deux cu­rés jouant aux dés la purge d’al­ler éri­ger cette nou­velle église au mi­lieu des bois…

« Ad­mettre le ha­sard, c’est nier l’exis­tence de Dieu », re­fuse net le plus jeune, dé­si­gné d’of­fice. Il part donc à la ren­contre de ses fu­turs pa­rois­siens, une ga­le­rie de per­son­nages aus­si tru­cu­lents les uns que les autres. Mé­ho, le bar­bier qui boit trop et coiffe « tout croche » (NDLR : tout de tra­vers), le for­ge­ron qui « sacre » à tout-va — « sa­crer », c’est, en qué­bé­cois, ju­rer en usant d’un lexique re­li­gieux —, sa fille Lu­rette, la belle, ou en­core la veuve aux cent vaches, rousse, vive et « très bonne pour le mo­ral ».

Ti­gnasse blonde et pe­tites lu­nettes cer­clées, Pel­le­rin a des airs du Grand Du­duche de Ca­bu. Seul sur scène avec sa gui­tare pour quelques chan­sons, il livre un ré­cit très drôle dans une langue gour­mande, na­tu­rel­le­ment ima­gée et riche en néo­lo­gismes.

Ef­fleu­rant avec dé­li­ca­tesse le re­gistre de l’émo­tion au dé­tour d’une phrase ou d’un mot, il teinte de ce qu’il faut de fan­tas­tique son ré­cit — une femme avec 473 fils, un cu­ré croi­sant son double, une fillette res­sem­blant à tout le vil­lage — pour em­bal­ler l’ima­gi­naire d’un pu­blic sous le charme. Quel voyage !

Fred Pel­le­rin, « Un vil­lage en trois dés », au Théâtre de l’Ate­lier (Paris XVIIIe), jus­qu’au 5 no­vembre. De 10 à 33 €.

Pierre La­pointe est à Paris. Et ça lui fait des va­cances. « Il m’ar­rive d’être re­con­nu dans la rue ici, mais pas au­tant qu’à Mont­réal. Là­bas, je ne peux plus sor­tir sans faire des pho­tos au bout de trois mi­nutes. » Et ce grâce à « la Voix », le « The Voice » du Qué­bec. L’ar­tiste de 36 ans, qui vient de sor­tir son 6e al­bum, « la Science du coeur » et don­ne­ra un concert dif­fu­sé sur la page Fa­ce­book du « Pa­ri­sien », au­jourd’hui à 13 heures, a été coach de l’émis­sion, chez lui outre-At­lan­tique, pen­dant trois ans. « Ça n’a pas élar­gi mon pu­blic, mais ça a confir­mé mon sta­tut de ve­dette. »

Car à la mai­son, Pierre La­pointe est une star de­puis ses dé­buts fra­cas­sants, il y a plus de dix ans, no­tam­ment avec « la Fo­rêt des mal-ai­més », disque qui reste au­jourd’hui l’un des som­mets de la chan­son fran­co­phone. On y dé­cou­vrait un jeune homme in­so­lent de ta­lent, croi­se­ment entre Beck, Bar­ba­ra, Shel­ler, Pol­na­reff, Gains­bourg. Un jour seul au pia­no, le len­de­main en­tou­ré d’un or­chestre sym­pho­nique, ca­pable d’en­re­gis­trer un disque rock ex­plo­sif ou une bande ori­gi­nale ex­pé­ri­men­tale pour une ga­le­rie d’art contem­po­rain. Avec Pierre La­pointe, tout est pos­sible.

IL NE S’IN­TER­DIT RIEN

Va­ria­tions sub­tiles au­tour de l’amour, « la Science du coeur » est un disque à la fois so­phis­ti­qué et ac­ces­sible, im­pres­sion­nant et évident, in­tel­lo et ac­cueillant. Comme son au­teur. « Je me suis construit aux cô­tés d’une mère, prof d’arts plas­tiques. Elle m’em­me­nait souvent au mu­sée. Quand tu dé­couvres le tra­vail de Wa­rhol à 14 ans et qu’on te l’ex­plique, ça marque. J’ai as­sis­té à toute sorte de spec­tacles de danse, de théâtre, des gros shows in­ter­na­tio­naux, des mises en scène au­da­cieuses. Je me di­sais en voyant ça : Je peux faire ce que je veux. » De­puis, il ose, tente, cherche : « J’es­saie et j’es­saie en­core », dit-il. Pour « la Science du coeur », il a vou­lu cons­truire un pont entre « mu­sique clas­sique et chan­son des an­nées 1960, à la Brel, Bras­sens, Bar­ba­ra », avec l’aide de Da­vid-Fran­çois Mo­reau, brillant ar­ran­geur et le frère de Pa­trick Bruel.

On le fé­li­cite pour son al­bum. Pierre La­pointe voit for­cé­ment plus grand. « J’ai en­vie de lais­ser une trace. Vous ju­ge­rez mon oeuvre quand je se­rai mort. Si vous ne le faites pas, c’est que je n’au­rai pas été as­sez bon. »

Pierre La­pointe, « la Science du coeur ». En concert les 13 et 14 fé­vrier à la Ci­gale à Paris. Et le 3 fé­vrier à Nîmes, le 4 à Dé­cines, le 9 à Ce­non…

FRED PEL­LE­RIN, CONTEUR Star à Mont­réal, le chan­teur et an­cien coach de « la Voix » (« The Voice »), Pierre La­pointe, sort un 6e al­bum épa­tant. Le « conteux » Fred Pel­le­rin, comme on dit au Qué­bec, ra­conte son vil­lage na­tal, Saint-Eliede-Cax­ton, à tra­vers des per­son­nages hauts en cou­leur.

PIERRE LA­POINTE, CHAN­TEUR

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.