Le Par­ti so­cia­liste perd sa gauche

Le par­ti à la rose veut mi­ni­mi­ser le dé­part du dé­pu­té eu­ro­péen Em­ma­nuel Mau­rel, fi­gure de l’aile gauche. Mais il en res­sort af­fai­bli. Et Jean-Luc Mé­len­chon ren­for­cé.

Le Parisien (Val de Marne) - - POLITIQUE - PAR QUEN­TIN LAURENT @Quen­tin_­Laurent

C’EST UN PÉ­TALE DE MOINS, sur une rose qui n’en compte plus tant que ça. Em­ma­nuel Mau­rel, peu­têtre la der­nière fi­gure de l’aile gauche du Par­ti so­cia­liste, a an­non­cé qu’il dé­ser­tait. Le dé­pu­té eu­ro­péen de 45 ans tire un trait sur un quart de siècle de mi­li­tan­tisme au sein du par­ti de Jau­rès, non sans re­grets. Il rê­vait d’en être le pre­mier se­cré­taire, mais juge dé­sor­mais bon d’en par­tir, es­ti­mant que le PS « ne cor­res­pond plus » à l’idée qu’il se fait du so­cia­lisme. Et il fait un grand pas vers la France in­sou­mise, qui de­vrait l’ac­cueillir sur sa liste aux eu­ro­péennes.

Mé­con­nu du grand pu­blic, Mau­rel n’en de­meu­rait pas moins la der­nière in­car­na­tion de l’hé­mi­sphère gauche du PS. Be­noît Ha­mon est par­ti créer son mou­ve­ment Gé­né­ra­tion.s, Ar­naud Mon­te­bourg s’est mis à l’écart de la vie po­li­tique et les fron­deurs du quin­quen­nat pré­cé­dent se sont éva­nouis dans la na­ture. Qui dé­sor­mais pour in­car­ner, dé­fendre cette sen­si­bi­li­té, pe­ser dans les fu­turs dé­bats qui gui­de­ront les pas d’une for­ma­tion po­li­tique en­core conva­les­cente ? L’aile gauche so­cia­liste risque de de­ve­nir un membre fan­tôme.

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NE PEUT ÊTRE QUE TRISTE D’UN DÉ­PART, MAIS

” C’EST UN NON-ÉVÉ­NE­MENT PA­TRICK KANNER, PA­TRON DES SÉNATEURS

MA­RIE-NOËLLE LIENEMANN PART AUS­SI

Au PS, on serre les dents. Et les rangs. « L’aile gauche est tou­jours bien là », as­sure Ga­brielle Si­ry, porte-pa­role du PS. L’échap­pée de Mau­rel ne se­rait qu’une « aven­ture in­di­vi­duelle », c’est ce que mar­tèlent en choeur les so­cia­listes, quand l’in­té­res­sé as­sure qu’il s’agit bien d’une « scis­sion », qu’il part avec « des cen­taines de cadres, d’élus lo­caux, de maires ». « Au­cun res­pon­sable de fé­dé­ra­tion mau­re­liste ne part », main­tient Si­ry. La sé­na­trice Ma­rie-Noëlle Lienemann de­vrait en tout cas bien confir­mer qu’elle s’en va aus­si, au­jourd’hui.

« Il est loin d’em­me­ner la to­ta­li­té du cou­rant », af­firme de son cô­té l’an­cien dé­pu­té Laurent Bau­mel, membre du cou­rant de Mau­rel et, lui, bien dé­ci­dé à de­meu­rer au sein du par­ti. « Je suis tou­jours fa­vo­rable à me battre pour l’union de la gauche, mais ce­la ne doit pas pas­ser par un ral­lie­ment à Jean-Luc Mé­len­chon », pour­suit Bau­mel, pour qui le lea­der des In­sou­mis a re­non­cé à ras­sem­bler la gauche. « On ne peut être que triste d’un dé­part, mais c’est un no­né­vé­ne­ment dans la re­cons­truc­tion du PS », com­mente pour sa part le pa­tron des sénateurs, Pa­trick Kanner. C’est pro­ba­ble­ment le mes­sage que fe­ra pas­ser au­jourd’hui Oli­vier Faure, le pre­mier se­cré­taire du PS, jusque-là res­té muet sur le su­jet, qui a fait ce qu’il a pu pour re­te­nir Em­ma­nuel Mau­rel. Un obs­tacle de plus pour Faure, dont le lea­der­ship est contes­té. Il doit s’ex­pri­mer à l’oc­ca­sion du conseil na­tio­nal sur la stra­té­gie eu­ro­péenne des so­cia­listes.

Au siège des In­sou­mis dans le Xe ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris, c’est en tout cas Jean-Luc Mé­len­chon qui se frotte les mains. Il ré­cu­père son an­cien at­ta­ché par­le­men­taire et ami, désha­bille en­core un peu plus son an­cien par­ti. Le Mou­ve­ment ré­pu­bli­cain et ci­toyen (MRC), l’an­cien par­ti de Jean-Pierre Che­vè­ne­ment, de­vrait aus­si le re­joindre. Per­met­tant à la France in­sou­mise d’ap­pa­raître ac­tuel­le­ment comme le seul pôle at­trac­tif à gauche.

Em­ma­nuel Mau­rel s’était pré­sen­té pour le poste de pre­mier se­cré­taire du PS face à Oli­vier Faure, au­jourd’hui contes­té.

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