Peine maxi­male re­quise contre le gendre de la mil­liar­daire

Hier, au pro­cès de l’as­sas­si­nat d’Hé­lène Pas­tor, riche hé­ri­tière mo­né­gasque, l’avo­cat gé­né­ral a de­man­dé la per­pé­tui­té contre Wo­j­cieh Ja­nows­ki, son gendre, pré­sen­té comme le com­man­di­taire du crime.

Le Parisien (Val de Marne) - - FAITS DIVERS - DE NOTRE EN­VOYÉE SPÉ­CIALE PAS­CALE ÉGRÉ À AIX-EN-PRO­VENCE (BOUCHES-DU-RHÔNE)

DANS LA PYRAMIDE des res­pon­sables du double as­sas­si­nat d’Hé­lène Pas­tor et de son chauf­feur Mo­ha­med Dar­wich, mor­tel­le­ment bles­sés le 6 mai 2014 à Nice (Alpes-Ma­ri­times), l’avo­cat gé­né­ral Pierre Cortes place tout en haut le gendre de la mil­liar­daire mo­né­gasque, Wo­j­ciech Ja­nows­ki. Il ba­laye ses pro­tes­ta­tions d’in­no­cence et « la thèse in­vrai­sem­blable » fai­sant de son en­traî­neur spor­tif Pas­cal Dau­riac « un coach as­sas­sin pour les be­soins d’un ra­cket ». C’est à l’en­contre de ce­lui dont le rôle de com­man­di­taire ne fait à ses yeux au­cun doute qu’il de­mande la peine la plus lourde : la per­pé­tui­té as­sor­tie de vingt­deux ans de sû­re­té.

« Ja­nows­ki crève le pla­fond de la dé­li­ca­tesse en payant ses tueurs à gage avec l’ar­gent de sa vic­time, as­sène-t-il. Il a joué avec la vie des autres en spé­cu­lant sur la vie d’Hé­lène Pas­tor et sur la vie de sa com­pagne Syl­via, dont il re­dou­tait qu’elle dis­pa­raisse en pre­mier. Vous lui di­rez échec et mat ! » tonne-t-il, tour­né vers les ju­rés.

Dans le box de la cour d’as­sises des Bouches-du-Rhône, l’in­té­res­sé cille à peine, fi­gé dans son im­muable cos­tume. Il a écou­té de même, la veille, sans bron­cher, le por­trait ac­ca­blant qu’a dres­sé de lui le re­pré­sen­tant de l’ac­cu­sa­tion, qui lui a consa­cré la plu­part des huit heures d’un mi­nu­tieux et im­pla­cable ré­qui­si­toire. « Un dan­dy oi­sif vi­vant aux cro­chets de Syl­via Rat­kows­ki », a dé­crit Pierre Cortes. Une « pièce rap­por­tée » ayant voué à sa belle-mère, « ver­rou » du ma­riage que lui re­fu­sait sa com­pagne, « une haine te­nace qui est al­lée en­flant ». Chez ce men­teur aux titres fal­si­fiés et aux af­faires « bru­meuses », cet im­pos­teur mû par « un be­soin exis­ten­tiel de re­con­nais­sance », l’idée cri­mi­nelle au­rait « pris ra­cine » en 2012, sou­tient l’avo­cat gé­né­ral. « L’an­née où Syl­via a un can­cer, l’an­née où il de­mande à Dau­riac de lui pro­cu­rer une arme», rap­pelle-t-il.

LE TUEUR SE REND EN TAXI SUR LES LIEUX DU CRIME

« Si tu meurs, je n’au­rais rien », dit Ja­nows­ki à Syl­via, qui ne l’a pas cou­ché sur son tes­ta­ment parce qu’elle le croit pros­père. Puis, après la mort d’Hé­lène Pas­tor : « En­fin, on va être heu­reux en­semble Sis­si ! » Pierre Cortes pour­suit par le bas de la pyramide, du cô­té des quar­tiers Nord de Mar­seille et des exé­cu­tants. Il re­quiert deux autres per­pé­tui­tés pour Sa­mine Said Ah­med, « le tueur di­rect et im­mé­diat », et Al Haïr Ha­ma­di, char­gé du guet de­vant l’hô­pi­tal Lar­chet.

Chez ce der­nier co­existent « im­pro­vi­sa­tion et dé­ter­mi­na­tion », note-t-il, en se mo­quant de ses er­reurs. Se rendre en taxi sur la scène de crime – « c’est in­ouï ! » ; je­ter la puce du té­lé­phone oc­culte mais conti­nuer à uti­li­ser son boî­tier ; se pro­me­ner avec le même sac, iden­ti­fiable sur les vi­déos re­trou­vées par les en­quê­teurs, comme avec « un gy­ro­phare sur la tête… ».

Puis l’avo­cat gé­né­ral re­vient à Mo­na­co, vers le coach spor­tif de Ja­nows­ki, Pas­cal Dau­riac, qui écoute tête bais­sée. Trente ans de pri­son, soit « une peine à temps », de­mande-t-il, pour cet homme dont les aveux constants ont mon­tré « une vo­lon­té d’as­su­mer » et dont il ad­met qu’il a su­bi « une forme d’em­prise psy­cho­lo­gique ». Mais, nuance-t-il, « le mo­bile de sau­ver Syl­via d’une mère ty­ran­nique » a cé­dé le pas aux « pro­messes » de Ja­nows­ki. Pour lui comme pour d’autres, « l’ar­gent n’est pas étran­ger », tacle Pierre Cortes, et Pas­cal Dau­riac « n’a pas beau­coup hé­si­té à se vendre au diable… ».

« Ap­pât du gain » il y a aus­si, pour­suit-il, chez Ab­del­ka­der Bel­kha­tir, le beau-frère du coach, « maillon in­dis­pen­sable » au crime, pour le­quel il re­quiert dix-huit ans de pri­son. Avant de dis­tin­guer, par­mi ceux que ce der­nier a re­cru­té, l’ex-gen­darme auxi­liaire four­nis­seur des mu­ni­tions (quinze ans re­quis), l’in­ter­mé­diaire ayant pré­sen­té le ti­reur (huit ans), l’ac­com­pa­gna­teur pour l’achat du fu­sil (deux ans). Pour l’ex-co­dé­te­nu de Ja­nows­ki, faux té­moin à 64 000 €, et sa nièce, « jouet de son oncle » dans ce qui signe « la dé­marche d’un cou­pable aux abois », six ans ferme et deux avec sur­sis ont été de­man­dés. Les plai­doi­ries de la dé­fense sont at­ten­dues en dé­but de se­maine pro­chaine, le ver­dict mer­cre­di.

“JA­NOWS­KI CRÈVE LE PLA­FOND DE LA DÉ­LI­CA­TESSE EN PAYANT SES TUEURS À GAGE AVEC L’AR­GENT

DE SA VIC­TIME

PIERRE CORTES, L’AVO­CAT GÉ­NÉ­RAL

L’avo­cat gé­né­ral de la Cour d’as­sises des Bou­ches­du-Rhône a re­quis la per­pé­tui­té avec vingt-deux ans de sû­re­té contre Wo­j­ciech Ja­nows­ki (à gauche). Pas­cal Dau­riac, le coach spor­tif de Ja­nows­ki, risque trente ans(à droite avec son avo­cat, mer­cre­di au pa­lais de jus­tice d’Aix-en-Pro­vence).

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