Pour­quoi tant de vio­lence ?

Après une cam­pagne mar­quée par plu­sieurs agressions, une dé­pu­tée LREM a été frap­pée hier sur un mar­ché, sus­ci­tant conster­na­tion et in­quié­tude chez les po­li­tiques, de plus en plus ci­blés.

Le Parisien (Val d'Oise) - - POLITIQUE - PAR DOMITILLE ARRIVET @dar­ri­vet

ON SE SOU­VIENT que l’éprou­vante sé­quence élec­to­rale 2017 s’était ache­vée il y a un mois et de­mi par l’agres­sion de Na­tha­lie Kos­cius­ko-Mo­ri­zet. A peine le temps d’en­tendre un « bo­bo de merde » et de se voir ren­voyer ses tracts au vi­sage que la can­di­date LR aux lé­gis­la­tives à Pa­ris s’était re­trou­vée à terre, in­cons­ciente et contrainte d’ar­rê­ter sa cam­pagne.

L’agres­sion dont a été vic­time hier ma­tin la dé­pu­té LREM Lau­rianne Ros­si, sur un mar­ché de Ba­gneux (Hauts-de-Seine), res­semble fu­rieu­se­ment à celle contre NKM. Un homme, là en­core, a in­vec­ti­vé l’élue qui trac­tait, lui re­pro­chant la po­li­tique me­née par Ma­cron, avant de lui as­sé­ner un coup de poing à la tempe ! A peine bles­sée mais « par­ti­cu­liè­re­ment son­née », l’élue a re­çu le sou­tien una­nime de la classe po­li­tique, qui n’en fi­nit plus de s’alar­mer des vio­lences per­pé­trées à son en­contre. Un mes­sage Twit­ter du pré­sident, un ap­pel du Pre­mier mi­nistre Edouard Phi­lippe, et d’autres, beau­coup d’autres, ont af­flué hier de par­tout.

Pour des élus en proie à une dé­fiance gé­né­ra­li­sée, il faut donc de plus en plus comp­ter avec le risque de se voir en­voyer au ta­pis ou mal­me­né. Même en plein coeur de l’été, et pas seule­ment en pé­riode élec­to­rale, comme ce­la a été le cas ces der­niers mois. En jan­vier der­nier, Ma­nuel Valls, alors can­di­dat à la pré­si­den­tielle, avait re­çu une gifle, un mois après avoir été en­fa­ri­né. En mars, Em­ma­nuel Ma­cron avait éco­pé d’un oeuf sur la tête au Sa­lon de l’agri­cul­ture. En avril, c’était au tour de Fran­çois Fillon d’être as­per­gé à bout por­tant de fa­rine lors d’un dé­pla­ce­ment à Stras­bourg. Fin mai, l’ex-mi­nistre du Tra­vail My­riam El Khom­ri, can­di­date aux lé­gis­la­tives à Pa­ris, re­ce­vait un verre d’eau en pleine fi­gure. La liste est longue, aus­si, des per­ma­nences sac­ca­gées ou même cri­blées de balles, comme ce­la était ar­ri­vé au siège du PS gre­no­blois en 2016. Les in­sultes aus­si s’épa­nouissent al­lè­gre­ment, sur les mar­chés et sur­tout sur les ré­seaux so­ciaux. Porte-pa­role des dé­pu­tés LREM à l’As­sem­blée na­tio­nale, Aurore Ber­gé se sou­vient de l’ava­lanche de mes­sages « vul­gaires » pos­tés sur In­ter­net du­rant sa cam­pagne pour les lé­gis­la­tives. « Je n’ai ja­mais été agres­sée phy­si­que­ment, c’est très dif­fé­rent. Mais on se sent très dé­mu­ni. Et on voit que les femmes sont da­van­tage la cible que les hommes, constate l’élue. Ces per­sonnes qui at­taquent et qui s’en­fuient (NDLR : l’agres­seur de Lau­rianne Ros­si a été in­ter­pel­lé et pla­cé en garde à vue hier), quelle lâ­che­té ! Sur les ré­seaux so­ciaux, c’est pa­reil, ils uti­lisent des pseu­dos. » La jeune dé­pu­tée des Yve­lines dé­cèle dans cette hos­ti­li­té an­ti-élus « une so­cié­té sous ten­sion ».

Pour l’his­to­rien et pro­fes­seur à Sciences-po Jean Garrigues, cette agres­si­vi­té n’est pas nou­velle en po­li­tique mais elle a pris une tour­nure acé­rée. « Le rasle-bol des ci­toyens est très vif. Il a été ren­for­cé par le Pe­ne­lo­pe­gate qui a contri­bué à dé­lé­gi­ti­mer les po­li­tiques. Et il a été en­tre­te­nu par les dis­cours vi­ru­lents de Mé­len­chon et Le Pen. Ce n’est pas éton­nant que les dis­cours ex­trê­me­ment vio­lents aient des consé­quences phy­siques sur les élus », juge-t-il.

CE N’EST PAS ÉTON­NANT QUE LES DIS­COURS EX­TRÊ­ME­MENT VIO­LENTS AIENT DES CONSÉ­QUENCES PHY­SIQUES SUR LES ÉLUS JEAN GARRIGUES, HIS­TO­RIEN NOMS D’OI­SEAUX SUR LES RÉ­SEAUX SO­CIAUX

Stras­bourg (Bas-Rhin), le 6 avril. Fran­çois Fillon se fait en­fa­ri­ner.

Lam­balle (Côtes-d’Ar­mor), le 17 jan­vier. Ma­nuel Valls re­çoit une gifle.

Pa­ris, le 15 juin. NKM est agres­sée par un pas­sant.

La dé­pu­té LREM Lau­rianne Ros­si a re­çu un coup de poing.

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